Saint-Rémy-de-Provence
Histoire de Saint-Rémy-de-Provence
Saint-Rémy-de-Provence est une commune des Bouches-du-Rhône, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui compte environ 9 619 habitants. Le nom de la ville fut longtemps « Saint Remi », devenant « Saint-Rémy » au cours du XIXe siècle; le conseil municipal adopta plus récemment, par délibération, la forme actuelle de Saint-Rémy-de-Provence. L’absence initiale d’accent sur le « e » de Remi vient de Reims et du prénom de l’évêque Remi, version originelle prononcée de la sorte par les Rémois. Cet usage fut très longtemps respecté à Saint-Rémy, où au début du XXe siècle les habitants continuaient de dire « Saint Remi » en français. En provençal, le nom de la commune est Sant Roumié de Prouvènço.
Le territoire est habité depuis la Préhistoire, comme en témoignent les gravures rupestres trouvées dans la grotte Otello, que les archéologues qualifient de grotte ornée. Les peintures remontent au Néolithique final et à l’âge du bronze; elles consistent en signes anthropomorphes et géométriques. D’autres grottes ornées se trouvent sur le territoire de la commune, comme la grotte Baldouin, dont les parois représentent des guerriers casqués datés de l’âge du fer. Le mont Gaussier se peupla également, alors qu’il était à l’écart de l’agglomération en formation sur le site de Glanum, avant d’y être finalement intégré. La ville antique de Glanon, outre son centre monumental, s’étendait jusqu’au mont Gaussier, sur une superficie totale importante.
Le peuplement de quartiers périphériques est observé au même moment dans d’autres endroits des Alpilles, comme aux Caisses de Jean-Jean à Mouriès, en retrait de Tericiae. Alors que la Protohistoire est marquée dans les Alpilles par le pastoralisme et l’agriculture, la pierre calcaire commença à être extraite dans des carrières aux alentours de Saint-Rémy. Le processus d’installation permanente est à mettre en parallèle avec l’intensification des échanges économiques avec les commerçants méditerranéens. Une tradition prétend que les rois de France étaient sacrés avec de l’huile provenant de ces domaines, donc de Saint-Rémy.
Rostaing Andrée de Mayronis, noble habitant de Sisteron, coseigneur de Meyronnes, Tournoux, Gleisoles et probablement de Larche dans la baillie de Barcelonnette en 1328, fut chargé avec Pierre Audiberti par le sénéchal de procéder au bornage de Saint-Rémy et de Lagoy, ce dernier fief restant indépendant de Saint-Rémy jusqu’à la Révolution. Saint-Rémy faisait alors partie du diocèse d’Avignon, ce qui demeura le cas jusqu’à la fin du Moyen Âge. Cette appartenance lui valut une certaine aisance, en particulier pendant le séjour des Papes à Avignon. C’est dans ce contexte que se situe l’érection de l’église paroissiale en collégiale par le pape Jean XXII en 1331, qui finança aussi la construction de son clocher.
La mort de la reine Jeanne Ire ouvrit une crise de succession à la tête du comté de Provence, les villes de l’Union d’Aix entre 1382 et 1387 soutenant Charles de Duras contre Louis Ier d’Anjou. Le roi de France Charles VI intervint et envoya le sénéchal de Beaucaire, Enguerrand d’Eudin, auquel se rallia Guillaume-Roger de Turenne. Saint-Rémy, tenu par ce dernier, fut neutre en début de guerre, puis du côté angevin à la fin de la décennie. Dès la période médiévale, Saint-Rémy jouit du privilège d’être une ville comtale, dépendant directement du prince et ne pouvant être aliénée par lui. C’est de là que proviennent les armoiries de la cité, dans lesquelles figurent le sang et l’or de la maison princière des Raymond-Bérenger. Les historiens estiment que cet insigne ne provient pas de Catalogne mais de la bannière pré-héraldique de l’ancien royaume de Bourgogne ou d’Arles. Bien que ce statut ait déjà été quelque peu rogné par le roi René, il fut maintenu de manière formelle lors de l’annexion de la Provence à la France à la mort du dernier prince provençal, Charles V d’Anjou, désigné en Provence sous le nom de Charles III.
Comme dans toute la Provence, l’annexion française entraîna l’expulsion de la communauté israélite locale, dont était issue la famille du fameux Nostradamus, convertie au catholicisme dès la fin du Moyen Âge puis anoblie. Cela explique la naissance à Saint-Rémy de Michel de Nostredame. Sous l’Ancien Régime, Saint-Rémy était considérée comme une ville à part entière, et non comme un simple village. La proximité immédiate du site antique de Glanum, dont les vestiges monumentaux marquent l’entrée sud de la commune, et la dépendance vis-à-vis du diocèse d’Avignon ont donné à la cité un statut singulier au sein de la Provence. Le rattachement à un évêché situé hors du comté provençal, dans le Comtat Venaissin pontifical, lui valut une relative autonomie sur le plan ecclésiastique et économique pendant tout le bas Moyen Âge. La proximité de la cour pontificale d’Avignon explique la décision de Jean XXII en 1331 d’ériger l’église paroissiale en collégiale et de financer la construction de son clocher, prolongeant l’investissement papal dans le maillage religieux de la région. La résistance de Saint-Rémy aux divers prétendants pendant la crise de succession qui suivit la mort de Jeanne Ire, puis son ralliement au parti angevin, témoignent d’une diplomatie locale soucieuse de préserver les privilèges acquis. Le maintien du statut de ville comtale, qui garantissait à la cité de ne pouvoir être aliénée par le prince, demeura un trait distinctif jusqu’à l’annexion française en 1481. La famille Nostradamus, dont le nom le plus célèbre demeure celui du médecin et astrologue du XVIe siècle, illustre la trajectoire de communautés juives provençales contraintes de se convertir au catholicisme à la fin du Moyen Âge avant d’être progressivement intégrées à la société chrétienne et anoblies.