Saintes
Histoire de Saintes
Saintes, sous-préfecture de la Charente-Maritime en région Nouvelle-Aquitaine, compte environ 25 518 habitants. La ville est l’héritière directe de Mediolanum Santonum, qui devint sous le principat d’Auguste la première capitale de la province romaine d’Aquitaine. Ce statut de métropole régionale se lisait dans l’ampleur de ses monuments: l’arc de Germanicus, érigé vers l’an 18 ou 19 par un notable santon nommé Caius Iulius Rufus en hommage à la famille impériale, et l’amphithéâtre achevé sous le règne de Claude, qui pouvait accueillir plusieurs milliers de spectateurs et demeure l’un des mieux conservés de l’ancienne Gaule. Un aqueduc amenait l’eau à la ville dès l’an 20, et les thermes de Saint-Saloine attestent d’une infrastructure urbaine développée pour une cité de province. Vers le milieu du IIe siècle, Saintes comptait sans doute entre 15 000 et 20 000 habitants et s’étendait sur près de cent hectares.
La christianisation de la ville remonte au IIIe siècle, associée à la figure d’Eutrope, que la tradition tient pour le premier évêque et martyr de Saintes. Au XIe siècle, les clunisiens édifièrent en son honneur la basilique Saint-Eutrope, consacrée en 1081, qui s’imposa rapidement comme une étape sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Sa crypte romane, l’une des plus vastes d’Europe, est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999 au titre des chemins jacquaires de France. Son clocher gothique flamboyant, dû aux libéralités du roi Louis XI, surmonte l’ensemble d’une flèche élancée. Dans le même temps, l’abbaye aux Dames, fondée en 1047 sur la rive droite de la Charente, accueillit une communauté bénédictine dont l’église Sainte-Marie, avec sa façade tripartite et son clocher à écaille en pomme de pin — héritage probable de l’architecture antique — constitue une référence de l’art roman saintongeais.
Le Moyen Âge central plaça Saintes à la frontière entre les domaines capétien et plantagenêt. Aliénor d’Aquitaine, duchesse dont le mariage avec Henri II d’Angleterre intégra la Saintonge à l’empire Plantagenêt, pesa durablement sur le destin politique de la ville. En 1242, la bataille de Taillebourg, livrée sous les remparts de Saintes, vit Louis IX défaire Henri III d’Angleterre, amorçant le lent retour de la Saintonge septentrionale dans l’orbite française. La ville ne fut définitivement rattachée à la France qu’en 1404. Les guerres de Religion au XVIe siècle endommagèrent plusieurs monuments, dont la cathédrale Saint-Pierre, dont l’architecture atypique — clocher coiffé d’un dôme de cuivre à 58 mètres — porte encore les traces des destructions de cette période.
La Révolution fut particulièrement rude pour le clergé saintais. L’évêque Pierre-Louis de La Rochefoucauld, refusant le serment constitutionnel exigé par l’Assemblée, fut arrêté et assassiné lors des massacres de Septembre 1792 à Paris — il a été béatifié par Jean-Paul II le 24 novembre 1996. Les édifices religieux furent vendus comme biens nationaux et reconvertis en greniers ou en étables. Parmi les enfants illustres de Saintes figure Joseph Guillotin, médecin né en 1738, dont le nom reste attaché à l’instrument d’exécution qu’il préconisa pour humaniser la peine de mort. Gabriel Richard, prêtre saintais né en 1767, traversa l’Atlantique pour devenir l’un des cofondateurs de l’université du Michigan. Le bombardement du 24 juin 1944 fit près de 300 victimes civiles dans le quartier cheminot de la ville, dont la reconstruction s’acheva en décembre 1956.
Toponymie de Saintes
Le nom de Saintes est issu de celui du peuple gaulois des Santones, maîtres de la région depuis au moins le IIIe siècle avant notre ère. Mediolanum Santonum — le Mediolanum des Santons, terme que l’on retrouve dans le nom de plusieurs cités antiques — fut progressivement remplacé par Santonica Urbs dès le IVe siècle, puis le nom du peuple seul suffit à désigner la ville: Sanctonas, puis Sanctone au Xe siècle, avant d’aboutir à la forme Saintes. La ville fut brièvement rebaptisée Xantes sous la Révolution, pour éviter un nom évoquant les saints catholiques.