Salins-les-Bains
Histoire de Salins-les-Bains
Salins-les-Bains est une commune de Jura, en Bourgogne-Franche-Comté, qui compte 2 471 habitants. Salins-les-Bains doit son nom à ses sources salées. D’abord nommée simplement « Salins », elle prend en 1926 son nom actuel à la suite du développement des thermes. La cité est mentionné dès le sous la forme Salinum (515), puis in Salinis en 943.
Deux facteurs expliquent le peuplement précoce de Salins-les-Bains: sa situation géographique et ses ressources minérales. En effet, la reculée de la Furieuse permettant le franchissement du massif du Jura, la ville se situe sur deux axes commerciaux Est-Ouest de première importance reliant la Bourgogne d’une part à la Suisse et à l’Italie par Pontarlier, et d’autre part à Lyon et Genève par la vallée de l’Ain. De plus, Salins-les-Bains possède une richesse naturelle de première importance: le sel. Les recherches menées par l’archéologue Pierre Pétrequin dans les années 1990 ont permis de montrer, avec certaines retenues, la corrélation entre les phases d’occupation de la région et les périodes supposées de pics d’exploitation du sel. Son étude ethnoarchéologique s’appuie sur la méthode de production du sel en Nouvelle-Calédonie où des cendres salées sont produites en jetant de la saumure sur un bûcher. Dans le Jura, il réalise une série de forages et de sondages autour des sources salées potentielles et découvre des couches très denses en carbone, datées ensuite au carbone 14. Ses travaux suggèrent une première exploitation des sources salées dès le. Si les données sur la Préhistoire restent assez lacunaires, elles sont nombreuses pour la Protohistoire.
Le site le plus connu est incontestablement le camp du Château étudié par l’archéologue Maurice Piroutet dès le début du (1906 – 1934), puis par Jean-François Piningre de 2004 à 2009. Situé sur un éperon calcaire à d’altitude, il occupe une position stratégique de contrôle des voies de circulation. Parmi les périodes d’occupation identifiées (Néolithique Moyen, âge du bronze entre 1350 et 800 av. J.-C., premier âge du fer entre le et le, Haut Moyen Âge), la plus spectaculaire est sans doute celle de l’âge du fer. La découverte de nombreux fragments de céramiques attiques, étrusques et provençales atteste d’une activité économique intense à travers des échanges avec le bassin méditerranéen. Deux autres types de sites ont été découverts et étudiés: des dépôts de métaux et surtout des tumuli dans la forêt des Moidons et le Bois de Parançot avec notamment trois tombes à char. L’occupation ancienne sous la ville de Salins-les-Bains elle-même est plus difficile à étudier en raison de la densité du bâti ancien et de l’enfouissement des couches archéologiques sous les rejets de cendres de l’exploitation du sel. L’époque gallo-romaine reste discrète, même si l’on reconnaît une agglomération sous la ville actuelle.
Au, l’ermite Anatoile fait ressurgir l’eau salée des sources taries lors du « miracle des eaux salées », qui lui vaudra le titre de saint patron de la ville. Les données textuelles et archéologiques sont de nouveau plus abondantes pour le Haut Moyen Âge. Des premières fortifications sont attestées, quelques sépultures et sarcophages à proximité d’établissements religieux ont été découverts, et une opération d’archéologie programmée dirigée par Philippe Gandel est en cours sur le site du camp du Château. La propriété des terres salinoises est assez complexe jusqu’à l’arrivée des comtes de Bourgogne au Bourg-Dessus. Le 5 à Saint-Jean-de-Losne, par des jeux d’alliances et d’échanges avec le duc Hugues IV de Bourgogne, Jean de Chalon parvient à mettre la main sur la baronnie de Salins. Mesurant l’importante richesse du territoire, il s’organise pour le maîtriser économiquement et politiquement et en faire le centre de son pouvoir. Il assoit son autorité sur la source principale de revenus: la Grande saline. Jusqu’en 1241, la saline est la propriété d’une centaine de rentiers possédant chacun une berne à son nom.
Jean de Chalon met fin à ce système et prend à sa charge toute la production du sel en devenant propriétaire majoritaire. Pour mieux maîtriser la commercialisation de cet « or blanc », il se rend également détenteur du péage de Jougne. Par la suite, au, ses successeurs mettent en place le monopole progressif de la Grande saline de Salins sur la production du sel franc-comtois. Parallèlement, il entreprend la fortification de la ville. Une couronne de sites fortifiés protège la ville: au château de Bracon déjà existant, s’ajoutent entre autres les châtels Belin et Guyon, ainsi que le fort Saint-André édifié en 1255, de Frontenay et de Nozeroy. Enfin, Jean de Chalon accorde une charte de franchises aux habitants du Bourg-Dessus en 1249. La domination religieuse de Salins s’affirme par ailleurs, Jean de Chalon fondant notamment vers 1230 le couvent des Cordeliers, où il sera inhumé en 1267. Le voit aussi la reconstruction de la collégiale Saint-Anatoile, puis de celle de Saint-Maurice.
Attirées par le sel et la vigne, les communautés religieuses sont nombreuses à s’installer sur le territoire. Dans le courant du, Salins passe progressivement sous la domination des ducs de Bourgogne. La ville entre notamment en possession de Philippe le Hardi lors de l’union des deux Bourgognes, à la mort de Louis de Male, le 30. L’évolution de la cité devient dès lors intimement liée à la politique expansionniste du duché qui s’affirme progressivement comme le plus puissant et le plus moderne État d’Occident. Au, Salins joue un rôle de poumon économique du duché, les revenus de la Grande saline représentant environ la moitié de ce que la Comté lui rapporte. Ainsi, les ducs affirment leur mainmise sur la Grande saunerie. Le fonctionnement administratif de la saline est renforcé avec la création de différents postes d’officiers spécialisés, avec à leur tête un pardessus. À la suite d’un incendie en 1409, Jean sans Peur ordonne la reconstruction en pierre de l’ensemble des bâtiments.
C’est un acte fonctionnel pour éviter les incendies à répétition, mais également politique: la pierre et les matériaux rares et coûteux employés expriment la puissance du Duché. L’aire de vente du sel de Salins est élargie, notamment vers la Suisse. Dans la ville, les fortifications sont remaniées et complétées. La cité devient une forteresse dotée de plus de 25 tours d’enceinte, signe de son importance stratégique. L’activité salifère participe à enrichir de puissantes familles qui contribuent à l’évolution du paysage urbain. Par exemple, Jean de Montaigu, issu d’une famille dont l’enrichissement est lié à l’administration de la saline et proche de la cour de Philippe le Bon, est à l’initiative de la construction de l’hôpital du Saint-Sépulcre. En 1442, une halle aux blés, draps, viandes et poissons est également construite grâce à des revenus issus de la saline. La situation se ternit à la fin du: la Franche-Comté est le théâtre de guerres qui opposent Charles le Téméraire aux Suisses et aux Autrichiens, puis Marie de Bourgogne aux troupes françaises de Louis XI.
Si la politique expansionniste a jusque-là bénéficié au développement de Salins et de ses salines, la situation se retourne et l’activité industrielle tend à la paralysie. La commanderie de Salins est une commanderie hospitalière d’origine templière, édifiée au Moyen Âge, à Salins-les-Bains. Elle est dévolue aux Hospitaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem à la suite de la disparition des Templiers. La commanderie de Salins se composait de la maison de Salins-les-Bains et de ses dépendances aux Usiers, à Vacaz, et pendant un temps à L’Étoile, Villette-lès-Arbois et Changin. Elle comprenait également les maisons de Saizenay, Amancey et Vuillecin (aujourd’hui dans le Doubs). À cette époque, les souverains de Franche-Comté exercent toujours leur mainmise sur les affaires de la Grande saline. Nicolas Perrenot de Granvelle, grand chancelier des Flandres, garde des sceaux de Charles Quint, est ainsi nommé « pardessus » de la saline en 1534. Signe de la prospérité de la ville, une tenture en quatorze pièces est commandée à l’atelier de Jean Sauvage à Bruges en 1502 par les chanoines de la collégiale Saint-Anatoile afin de décorer l’édifice, la ville va connaître des heures difficiles tout au long.
À la Grande saline, en 1601, le mode d’exploitation change avec la mise en location. Le pouvoir central s’éloigne et la saline est moins bien entretenue. Les guerres incessantes fragilisent la cité. La guerre de Dix Ans, qui oppose de nouveau la France à l’Espagne des Habsbourg, met à mal l’activité industrielle de la ville qui résiste néanmoins aux troupes françaises. La chapelle Notre-Dame-Libératrice témoigne de cet épisode douloureux. En 1639, sous la houlette du père Marmet, Salins formule le triple vœu d’être épargné de la guerre, de la peste et de la famine et se place sous la protection de la Vierge. La chapelle est construite de 1640 à 1662. Les guerres contre la France reprennent en 1668.
Les troupes de Louis XIV envahissent la Franche-Comté en 1674 et le traité de Nimègue proclame le rattachement définitif de la région à la Couronne française en 1678. Malgré les difficultés, Salins est en plein essor et passe de en 1614 à en 1688. De nombreuses communautés religieuses s’installent dans la ville: les capucins en 1582, les jésuites en 1623, ou encore les carmes déchaussées en 1625. En 1593, les capucins fondent la première bibliothèque publique à Salins. L’intégration de Salins au royaume de France marque un nouveau souffle pour la cité. La Grande saline est intégrée dans le bail des Fermes et Gabelle et devient manufacture royale. De nouvelles installations favorisent l’accroissement de la production: dans les souterrains, à partir du milieu du, quatre roues hydrauliques actionnant dix pompes remplacent les norias. En 1773, l’administration de la Ferme générale décide de construire une nouvelle saline à Arc-et-Senans en bordure de la forêt de Chaux pour faire face à l’épuisement du bois autour de Salins et répondre aux demandes croissantes de sel en direction de la Suisse.
Ce nouveau site étant dépourvu de sources salées, la saumure y est acheminée depuis Salins par un saumoduc long de. La ville poursuit sa croissance: elle compte en 1790. Peu après, la crise du phylloxéra donne un coup d’arrêt définitif à la production viticole de Salins, alors la plus importante du Jura. Contrairement à ses voisines, la ville choisit de ne pas replanter de vignes sur ses reliefs afin de se consacrer à la production de sel. Au en effet, l’activité industrielle de Salins est encore à son comble. À la saline, malgré les destructions liées à l’incendie de 1825, des changements profonds insufflent une nouvelle dynamique. Dans les années 1830, la technique du sondage et du forage est introduite. La saumure étant désormais captée directement au niveau du banc de sel gemme, elle atteint un niveau de concentration proche de la saturation.
Mais l’heure n’est déjà plus au monopole salinois sur la production du sel: les forages se multiplient en Franche-Comté et de nouvelles salines de développent, comme à Miserey ou Montmorot. À la suite de la dénationalisation des salines comtoises, les établissements de Salins, Arc-et-Senans et Montmorot sont achetés en 1843 par l’homme d’affaires Jean-Marie de Grimaldi. L’introduction de capitaux privés favorise la réalisation de travaux de modernisation visant à augmenter le rendement. À Salins, la forme et le fonctionnement des poêles sont améliorés. Ainsi, la production de sel est en constante augmentation tout au long. Sous l’impulsion de Grimaldi et du docteur Claude-Marie Germain naissent également les premiers thermes, en 1854, dans un Second Empire où l’engouement pour le thermalisme est exceptionnel. On cherche à faire de la ville une élégante station thermale: le premier casino est ouvert en 1890 pour répondre aux désirs de curistes aisés et Salins devient « Salins-les-Bains » en 1926. Une ligne ferroviaire de est ouverte en 1857 afin de la relier à Dole par Mouchard.
L’espoir est alors de mise pour l’avenir de la cité, comme l’affirme le maire de l’époque lors de l’inauguration des bains le 6:. Le long de la Furieuse, les usines hydrauliques sont nombreuses: meuneries, gypseries, scieries et tanneries utilisent la force de l’eau pour exploiter les ressources naturelles locales. Ces industries se concentrent au faubourg Saint-Pierre. Elles sont rejointes en 1857 par la faïencerie des capucins.
Apparue au, l’activité faïencière est en plein développement. Avec le rachat en 1912 par Édouard Charbonnier, la faïence salinoise vit un âge d’or: sa production est saluée par une médaille d’or en 1925 à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris. Progressivement, le met un terme à l’activité industrielle de la ville. Face à la concurrence du sel de Méditerranée importé à moindre coût et face à l’absence de mécanisation des installations, les salines comtoises ferment les unes après les autres à partir de 1920. Les sauniers de Salins-les-Bains tirent le sel une dernière fois en 1962; ceux de Montmorot ferment le bal en 1966. Vers le milieu du siècle, l’activité des différentes usines hydrauliques établies le long de la Furieuse s’éteint également. La fermeture définitive des faïenceries en 1995, puis de la fabrique de meubles Sanijura en 2005 marquent un coup d’arrêt dans l’économie de la ville. La ligne ferroviaire ferme au trafic voyageurs en 1952 et au fret en 1975 sont autant de signes du déclin de Salins-les-Bains.
En mai 2005, c’est au tour du tribunal de commerce de fermer ses portes, conséquence du décret. Il s’agit également d’une grande page de l’histoire de la ville qui se tourne, puisqu’elle abritait historiquement un présidial très influent, qui avait des compétences sur les bailliages de Salins, Quingey, Arbois, Poligny et Pontarlier. En 1785 par exemple, étaient ainsi inscrits au barreau de Salins. Enfin, à la suite du redécoupage cantonal de 2014 et de la loi NOTRe, la ville perd le titre de chef-lieu de canton et le siège de sa communauté de communes. Confrontée à un déclin démographique autant qu’économique, Salins-les-Bains se tourne désormais vers le tertiaire. Le thermalisme et le patrimoine sont deux piliers de l’activité de la ville aujourd’hui. Propriétaire des thermes depuis 1955, la commune inaugure un nouvel établissement, plus moderne et performant, en février 2017. En 1966, la ville rachète également les bâtiments de la Grande saline.
De premières visites y sont organisées en 1968. Elle attire aujourd’hui environ chaque année, notamment à la suite de son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco le 27, en extension de la Saline royale d’Arc-et-Senans.
Patrimoine religieux
La Grande saline de Salins-les-Bains est un rare exemple de site industriel antérieur. Seuls 20 % des bâtiments existent encore aujourd’hui: la porterie du désormais occupée par l’office de tourisme, la galerie souterraine, deux tours de fortifications, et l’un des anciens bâtiments d’exploitation. En lieu et place des bâtiments disparus, des espaces urbains se sont développés: parkings, espaces verts, place du marché, promenade. Depuis 2009, à la suite de l’inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, le site est intégralement classé au titre des monuments historiques: bâtiments de surface et galerie souterraine, ainsi que le sol et les vestiges archéologiques qu’il contient. De plus, le puits à muyre, ancien puits de la petite saline, situé sous l’actuel établissement thermal, a été intégré à l’arrêté.
En 2012, l’ancienne ZPPAUP est transformée en AVAP et assure la protection des abords de la Grande saline. Le périmètre considéré est celui de la vieille ville fortifiée, avec les deux forts dominant Salins-les-Bains. Aujourd’hui, ce site industriel se découvre en visite guidée. Le parcours permet de comprendre le processus de production du sel ignigène: le rassemblement et le pompage des eaux salées dans les souterrains, leur élévation à la surface, leur évaporation pour obtenir du sel dans la salle des poêles, et enfin leur stockage dans les magasins des sels. Riche d’une ressource précieuse, et située sur un axe commercial stratégique, la ville de Salins-les-Bains a besoin de se protéger efficacement.
De l’ensemble des forteresses construites dans ce but, seuls deux forts subsistent aujourd’hui, encadrant la vallée. À l’ouest, le fort Saint-André est reconstruit par Vauban entre 1674 et 1677 sur les bases d’un fort plus ancien. Il se caractérise par la façade de sa chapelle d’influence baroque. À l’est, le fort Belin est rebâti au à la place d’un ancien château avec une structure en casemates. La première enceinte de la ville est construite au et complétée.
Il en reste aujourd’hui quelques vestiges. La porte Oudin, au sud, répondant à l’ancienne porte de Malpertuis au nord, est en partie conservée. À partir de cette porte, le rempart est encore lisible sur environ avec les bases des tours. Quelques tours sont d’ailleurs conservées: la tour dorée et la tour de Chambenoz à l’ouest, et la tour d’Andelot au nord. Sur la partie commune avec les remparts de la Grande saline, il reste la tour de Flore et la tour de Reculoz.