Saumur
Histoire de Saumur
Saumur est une commune de Maine-et-Loire, en Pays de la Loire, qui compte 26 215 habitants. Le nom est attesté sous les formes latinisées Salmuri en 968, puis [castrum] Salmurum, Salmurius, Salmuria et pour les premières formes françaises [Pétronille de] Salmur en 1209, Salmeur en 1240, Saumur en 1793 et 1801. L’origine de cette formation toponymique reste obscure. Albert Dauzat y voit sans conviction un préceltique sala.
Village de Saint-Florent: Saint Florent en 1793. Village de Bagneux: Bagneux en 1793 et 1801. Village de Dampierre-sur-Loire: Dampierre en 1793 et 1801, puis Dampierre-sur-Loire en 1927.
Village de Saint-Hilaire-Saint-Florent: Saint Hilaire en 1793, Saint-Hilaire et Florent en 1801, pour devenir ensuite Saint-Hilaire-Saint-Florent. Village de Saint-Lambert-des-Levées: Saint Lambert des Levées en 1793 et 1801.
La présence de monuments mégalithiques comme le dolmen de Bagneux montre l’existence d’une présence humaine dès le néolithique. de septembre dans Les Très Riches Heures du duc de Berry, vers 1440, musée Condé, Ms.65, f.9v. En 845, Saumur est pillée par le chef viking Hasting. Vers 960, Thibaut le Tricheur fait construire le château de Saumur. À la fin du, Gelduin, seigneur de Saumur, est vassal des comtes de Blois, ce qui en fait un ennemi du puissant comte d’Anjou. Alors que Foulque est sur le point d’assiéger Saumur, Gelduin obtient une trêve.
C’est à cette occasion que Foulque, prenant son adversaire au mot, entame la construction d’une tour sur la rive gauche de la Loire qu’il aurait baptisée Trève. En 1026, Foulque Nerra s’empare de Saumur. Le monastère Saint-Florent est détruit. Un nouveau monastère est consacré cinq ans plus tard par l’évêque d’Angers. La ville est prise en 1203 par Philippe Auguste, qui l’incorpore au domaine royal. Saint Louis y donne en 1241 une fête si fabuleuse qu’on l’appela la « Non-Pareille ».
En 1343, le sel devient un monopole d’État par une ordonnance du roi, qui institue la gabelle, la taxe sur le sel. L’Anjou fait partie des pays de « grande gabelle » et comprend seize tribunaux spéciaux ou « greniers à sel », dont celui de Saumur. Bertrand Du Guesclin, chevalier et connétable de France, reprend Saumur aux troupes anglaises. En 1446 est tenu un célèbre pas d’armes (joute chevaleresque suivant un scénario théâtral) hors les murs du château, à l’initiative du roi René contre le duc d’Alençon. Le siècle de la Réforme est la grande époque historique de Saumur. Les idées nouvelles y furent promptement et vivement accueillies car la bourgeoisie de Saumur était arrivée à un état très développé de richesse, de commerce actif, de liberté municipale.
Le protestantisme représenta donc pour Saumur spécialement une doctrine et un effort d’affranchissement. Quand les partis en arrivèrent à un état de lutte matérielle, Saumur prit fait et cause pour la religion réformée. Les églises furent pillées et dévastées; les représailles passionnées de la population frappèrent surtout l’abbaye de Saint-Florent. En 1565, Charles IX et Catherine de Médicis vinrent en Anjou. Saumur étant occupé par le prince de Condé et par ses troupes protestantes, le roi et sa mère ne purent y entrer, et passèrent outre.
Plus tard, Saumur fut enlevé au prince de Condé par le duc de Montpensier. Saumur subit ainsi les vicissitudes de la lutte entre catholiques et protestants, mais resta invariable dans son esprit et dans ses sympathies protestantes. La Saint-Barthélemy y passa sans éteindre plus qu’ailleurs le protestantisme dans le sang qu’elle y fit pourtant abondamment couler. En 1576, quelques années après ce massacre, le roi Henri de Navarre (futur Henri IV), échappé de Paris, vint se réfugier à Saumur, où il fut reçu avec empressement. Il s’y établit pendant plusieurs semaines, vivant sans religion, le roi ne se pressant pas de retourner au protestantisme. En 1589, par le traité conclu entre lui et Henri III, Saumur lui fut cédé comme place de sûreté et comme passage sur la Loire.
Cette ville fut donc, en quelque sorte, pour le futur roi la première marche du trône de France. Henri de Navarre confia la garde de Saumur à un de ses fidèles amis, l’une des figures les plus élevées et les plus expressives du protestantisme, Philippe Duplessis-Mornay, et en maintint le gouvernement quand il fut devenu roi. Décrit comme possédant la distinction du gentilhomme qu’il était de naissance, l’austérité d’un plébéien, la science et la forme des plus lettrés de son temps, le courage d’un soldat et l’habileté d’un capitaine à la guerre, le zèle d’un apôtre pour sa religion et la mesure d’esprit d’un homme politique, Duplessis-Mornay a exercé une immense influence sur Saumur et sur son développement. Sous le gouvernement de celui que les catholiques appelaient « le pape des huguenots », Saumur en devint naturellement la métropole, autant qu’il pouvait en être le pape. Il y fit construire à ses frais un temple pour l’exercice du culte réformé. Il y fonda l’académie protestante, dont la renommée s’étendit non seulement en France, mais dans toute l’Europe, et à laquelle furent attachés comme professeurs les hommes les plus distingués du dedans et du dehors, et qui fut un foyer puissant de haut enseignement destiné à la jeunesse de la nouvelle religion.
Des érudits à la renommée internationale comme Marc Duncan, Moïse Amyraut, Louis Cappel, Josué de la Place ou Tanneguy Le Fèvre, le père d’Anne Dacier, née à Saumur en 1654, figurèrent, entre autres, au nombre des professeurs de cette prestigieuse institution qui accueillit en outre de très nombreux étudiants étrangers, dont William Penn, le fondateur de la Pennsylvanie. Les établissements de Duplessis, son influence et son administration, donnèrent une grande importance à la ville, et y attirèrent de toutes parts les familles protestantes. Catherine de Navarre, sœur de Henri IV, tant que l’avènement de son frère fut contesté par la Ligue, fixa sa résidence à Saumur. En 1596, les protestants y tinrent un synode national sous la direction et sous les auspices de Duplessis-Mornay. Bodin estime que la population de la ville s’éleva rapidement, et qu’elle atteignit jusqu’à habitants. Le château fut réparé par Duplessis, qui l’habitait, et reçut de lui ses dernières augmentations et les compléments importants qui l’ont mis à peu de chose près dans l’état où il est encore.
La mort de Henri IV émut vivement les protestants, qui tinrent, en 1611 une assemblée générale à Saumur, où toutes les provinces envoyèrent des députés, parmi lesquels figuraient les ducs de Bouillon, de Sully, de Rohan, etc. Duplessis fut le président de cette assemblée qui dura quatre mois et pendant lesquels Saumur offrit l’aspect et l’animation d’une capitale. Duplessis-Mornay conserva, sous le nouveau règne de Louis XIII, le gouvernement de Saumur jusqu’en 1621, époque à laquelle, la querelle des protestants et des catholiques jugée éteinte, on le lui enleva. On aurait peut-être pu ménager la position de Duplessis en considération de l’homme, mais on ne le fit pas. On lui offrit des compensations, le bâton de maréchal de France et qu’il refusa avec hauteur. Profondément blessé de la défiance dont il était l’objet, il se retira au fond du Poitou, dans une de ses terres, où il mourut deux ans après.
Au temps de la Fronde, Saumur resta fidèle au roi. Mazarin et toute la cour y vinrent, en 1652, pour agir contre Angers, un moment révolté. Turenne, abandonnant la Fronde, y rejoignit la cour et y fit sa réconciliation avec elle. La révocation de l’édit de Nantes, en 1685, frappa cruellement Saumur. C’est la plus grande calamité dont cette ville ait été atteinte dans tout le cours de son histoire. Les protestants émigrèrent en masse et la population tomba à habitants, c’est-à-dire qu’elle diminua dans la proportion des deux tiers, ces deux tiers renfermant la partie prépondérante par ses lumières, son activité, son industrie et ses richesses.
L’édifice de prospérité élevé par Duplessis-Mornay s’écroula complètement. La ville de Saumur passa, par cet événement, à un état de tristesse, de vide et de silence qui dura jusqu’à 1763. À cette époque, il y vint en garnison un régiment de carabiniers, corps d’élite formé sous les auspices de Louis XIV, qui avait voulu en être le premier maître-de-camp, qui en avait donné le commandement au duc du Maine, son fils naturel, et qui l’avait décoré de sa devise Nec pluribus impar. Ce corps était recruté dans tous les régiments de cavalerie et composé des plus beaux hommes de l’armée et de ses officiers les plus distingués. Dans l’état lamentable où était Saumur, l’arrivée de ce régiment fut une révolution importante pour la ville qui lui doit sa physionomie actuelle. Les maris furent plus que retenus, les femmes le furent aussi d’abord; mais elles persévérèrent moins, et le point de contact entre les carabiniers et la bourgeoisie saumuroise s’établit par elles.
Les carabiniers se mirent à jouer la comédie; on alla les voir. Ils donnèrent des fêtes, on leur en rendit; peu à peu l’union devint parfaite, et on se félicita de posséder le régiment. Les carabiniers restèrent à Saumur jusqu’à la Révolution. Ils y construisirent un très beau quartier pour se loger. Une école d’équitation, à laquelle furent envoyés des officiers de tous les corps, où vinrent comme amateurs un grand nombre de jeunes gens des familles riches, et qui fut le premier germe de la grande école de cavalerie que possède actuellement Saumur, fut créée et organisée dans le régiment. Pendant les vingt-cinq ans que Saumur eut le régiment de carabiniers, sa population s’éleva péniblement de à.
On était encore loin des de l’époque de la splendeur protestante, mais son commerce reprit de l’activité dans la même proportion, son aspect se releva et la ville éteinte de 1685 se remit en mouvement pour devenir la ville d’aujourd’hui. Après que l’Assemblée constituante eut décidé la création des départements, des réunions se tinrent aussitôt dans l’hôtel du duc Antoine-César de Choiseul-Praslin député de la noblesse de la sénéchaussée d’Angers: une trentaine de députés (des trois provinces) envisagent de rétrocéder des territoires au Poitou et de subdiviser le domaine restant en quatre départements (soit environ 324 lieues carrées, ou actuel) autour des capitales traditionnelles que sont Tours, Angers, Le Mans, et autour de la ville de Laval qui récupérerait des terres du Maine et de l’Anjou. 25 députés (des trois provinces) approuvent ce partage, mais les deux représentants de Saumur, Jean-Étienne de Cigongne (pour le tiers état) et Charles-Élie de Ferrières (pour la noblesse) se dissocient de cette décision: ils plaident en faveur d’un département de Saumur situé au carrefour des trois provinces de l’Anjou, de la Touraine et du Poitou, avec Loudun pour le partage des pouvoirs, et accusent les représentants d’Angers de s’entendre avec leurs collègues du Maine et de Touraine pour le dépeçage de la sénéchaussée de Saumur, les accusent également d’abandonner à la Touraine 24 paroisses anciennement angevines autour de Château-la-Vallière et de Bourgueil: le mécontentement grandit, la population de Bourgueil manifeste pour son maintien dans l’Anjou et se solidarise avec Saumur, pendant que les représentants de Chinon tentent également de créer leur propre département. L’Assemblée nationale décrète que, intégrés dans le département de « Mayenne-et-Loire » (futur « Maine-et-Loire »). Le lundi, Angers devient préfecture, le nouveau département est définitivement constitué: l’Assemblée constituante entérine cette structure le et le Roi le. Afin de calmer la susceptibilité des Saumurois, les 36 membres du nouveau conseil du département portent à leur présidence Gilles Blondé de Bagneux, ancien maire de Saumur.
Ainsi, jusqu’en, le premier président du conseil général de Maine-et-Loire sera saumurois. Cigongne est désigné président du tribunal de commerce de la ville. Après la prise de Bressuire le et de Thouars le, la bataille de Saumur a lieu le. L’ Armée catholique et royale de Vendée reprend la ville et y fait prisonniers 11000 « bleus » et un butin de 15000 fusils, 80 canons. Lors de la Terreur Angevine, du 13 au, 29 prisonniers sont guillotinés à Saumur, 403 sont fusillés, 19 acquittés. Parmi les 99 martyrs d’Angers, cinq Saumuroises d’origine sont fusillées le à Avrillé.
Une plaque commémorative est visible en l’église Saint-Nicolas ainsi que des reliques dans le nouvel autel. devant la gare de Saumur-Rive-Droite. Durant la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de la campagne de France en 1940, les troupes allemandes arrivent aux portes de la ville: les 786 élèves officiers de réserve de l’École de cavalerie, rejoints par les élèves sous-officiers de l’école de Saint-Maixent et une compagnie de tirailleurs nord-africains, soit environ hommes sous les ordres du Colonel Charles Michon, tentèrent d’interdire le passage du pont à la première division de cavalerie allemande (1. Kavallerie-Division (Wehrmacht)). Dépourvus d’armements lourds et antichars, de blindés et d’appui aérien, ils résisteront à un ennemi bien supérieurement armé durant 36 heures, jusqu’au ou l’ordre de retraite sera ordonné par le général Pichon. La résistance des officiers et de leurs élèves ont impressionné le général Feldt, commandant la division allemande, raison pour laquelle il fit libérer les prisonniers français début juillet, ce qui leur permit de rejoindre la zone libre.
Saumur fut considérablement endommagée lors des bombardements de 1940, et eut des dizaines de morts civils, mais le château et la vieille ville ne furent pas touchés par les combats. Le jeudi et le lendemain, deux grands bombardements anglo-américains ont lieu: la gare est hors d’usage, les voies ferrées sont coupées, les arches du pont des Sept-Voies se sont effondrées. Des bombes à retardement explosèrent pendant vingt heures, tuant ou blessant nombre de résidents sortis des abris. Le bilan s’élève à 87 morts, et beaucoup plus de blessés. Après avoir absorbé Saint Florent, entre 1790 et 1794, le Saumur fusionne avec Bagneux, Dampierre-sur-Loire, Saint-Hilaire-Saint-Florent et Saint-Lambert-des-Levées (fusion association).
Patrimoine religieux
Saumur est une ville fleurie ayant obtenu trois fleurs au concours des villes et villages fleuris au palmarès 2006. Elle a été rétrogradée à deux fleurs lors du palmarès 2013.