Sommières
Histoire de Sommières
Sommières est une commune de Gard, en Occitanie, qui compte 5 040 habitants. Le nom est mentionné sous les formes latines Sumerium (1039), Somerium (1086), Saumerium (1094), Summidrium (1310); un texte de 1243 parle des castrum et villa Smidrii. En français, ville de Sommieres (1435), Somyeres (1557) et Saumieres (1582).
Les plus anciennes traces de peuplement à proximité de Sommières se trouvent à Fontbouïsse (commune de Villevieille), site éponyme d’une civilisation de l’âge du cuivre (2400 ans avant notre ère). Un oppidum proto-historique se développe vers 500 avant notre ère sur le plateau de Villevieille. Abandonné sans doute vers 350 avant J.C., il est remplacé, à l’époque de la colonisation romaine de la Gaule méridionale (125-118 avant J.C.) par une agglomération gallo-romaine. Le quartier des Terriers à Villevieille conserve des vestiges de plusieurs maisons gallo-romaines. La date de construction du pont au-dessus du Vidourle, traditionnellement attribuée à l’empereur Tibère, n’est pas connue, mais doit se situer entre la fin du Ie siècle avant J.C. et la fin du Ie siècle après J.C. Il était vraisemblablement situé sur une voie romaine reliant Nîmes à Lodève et aux Causses. Initialement constitué de plus de vingt arches pour une longueur totale de plus de deux cents mètres, il enjambe le lit du Vidourle et assure la liaison entre les deux rives, malgré les nombreuses crues du fleuve.
L’agglomération de Sommières se construit dans le lit mineur du Vidourle autour du pont romain vraisemblablement vers l’an mil. Sur la rive gauche un sanctuaire attaché à Saint-Amant est cité par un cartulaire de l’abbaye Psalmody en 850. Le territoire de Sommières est cédé par le comte de Toulouse à son cousin Bernard d’Anduze et de Sauve en 1024. Jusqu’au, différents Bermond issus de cette famille se succèdent comme seigneurs de Sommières. C’est à cette époque que le château et les fortifications de Sommières sont bâtis. Au, les Bermond installent à Sommières un atelier monétaire, qui devient atelier royal en 1243. En 1340 donne l’ordre de réunir l’atelier de Sommières avec celui de Montpellier. Depuis le début du, la rive droite du Vidourle relève d’une baronnie de Montredon.
La date de destruction du château de Montredon, dont les ruines sont toujours visibles aujourd’hui, n’est pas connue. Sommières entre dans le domaine royal en 1248, les Bermond étant privés de leurs possessions du fait de leur proximité avec les comtes de Toulouse lors de la croisade contre les Albigeois. Toujours en 1248, échange avec les moines de Psalmody un terrain à Sommières (aujourd’hui La Condamine) contre des terrains lui permettant d’agrandir Aigues-Mortes. Le château de Sommières devient alors une forteresse royale qu’un viguier général, gouverneur de Sommières, administrera jusqu’à la Révolution. L’administration de Sommières est gérée par des consuls depuis le, élus par des représentants des principales corporations. En plus de l’agriculture (céréales, vignes, oliviers), la présence du Vidourle permet de développer une importante activité économique: moulins bladiers (traitement des céréales) ou drapiers (foulage des étoffes) et travail du cuir. L’autorisation de tenir des marchés à Sommières est accordée par un arrêt du 21 novembre 1254 (confirmant une charte de 1222 qui ne nous est pas parvenue). Ultérieurement d’autres lettres patentes, conservées dans les archives de la ville, confirmeront ces privilèges.
Les marchés (du mardi et du samedi) et les foires (trois foires annuelles au, six au début du ) font la prospérité de Sommières jusqu’au début des guerres de religion. La fortune de Sommières s’explique également par la présence du grenier à sel installé depuis le. Le sel, acheminé à partir des salins de Peccais à Aigues-Mortes y est stocké avant d’être distribué vers le nord du royaume. L’obligation d’emprunter le « chemin du sel » contrôlé et gardé jusqu’à la Révolution, sera un important facteur de développement urbain. La Réforme est prêchée à Sommières par Pierre Viret en 1562, et une partie importante de la population est rapidement convertie. A la suite du massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) les protestants de Sommières prennent possession du château le 13 novembre 1572. En réponse, le maréchal de Damville, gouverneur du Languedoc, fait le siège de Sommières à partir du 11 février 1573. A cette occasion la tour Montlaur est détruite et celle de la Vignasse, gravement endommagée.
Un nouveau temple sera construit en 1639 place Saussine. Dans le cadre de la Contre-Réforme, un couvent de Récollets est créé à Sommières le 18 août 1630. La même année le couvent de Cordeliers (établi en 1226), détruit lors des guerres de religion, est reconstruit. En 1660 un couvent d’Ursulines est créé. Celui-ci aura notamment la charge d’éduquer dans la religion catholique les filles issues de familles réformées. Le temple protestant est détruit, en 1685, peu après la révocation de l’Édit de Nantes. Sous la pression du pouvoir royal, les protestants de Sommières se convertissent en masse au catholicisme. L’église Saint-Pons est agrandie pour accueillir tous les nouveaux convertis.
Lors de la guerre des Camisards, Jean Cavalier tente en vain de pénétrer dans Sommières le 2 octobre 1703. Il incendie des maisons aux faubourgs du Pont et du Bourguet, et 7 ou 8 habitants sont tués. Pendant toute la période du Désert, Sommières est un centre important de la persécution religieuse. Le château est utilisé comme prison, notamment pour les femmes. En 1788, à la suite de la publication de l’Édit de Versailles qui accorde un état-civil aux non-catholiques, plus de 800 déclarations de mariage « au Désert » sont enregistrées à Sommières. Malgré les perturbations politico-religieuses la prospérité commerciale de la ville se poursuit. Grâce à la présence de nombreux troupeaux de bêtes à laine, Sommières est un important lieu de production textile: cadis et molletons, dont la qualité est contrôlée par un inspecteur nommé par le roi, sont vendus dans tout le royaume. Les manufactures de bas, de soie ou de coton fournissent du travail en abondance.
La crise économique qui a frappé le royaume à la veille de la Révolution n’épargne pas Sommières. Beaucoup de manufactures ont fermé, entrainant ainsi un chômage important. L’agriculture a beaucoup souffert du « grand hiver » 1788-1789 qui a causé beaucoup de dommages aux oliviers, à la vigne et aux diverses récoltes. La misère qui augmente provoque des griefs contre l’Ancien Régime. La vie sommiéroise à l’époque révolutionnaire a été riche en incidents de toutes sortes. Sommières est chef-lieu de district de 1790 à 1795. Dans le cadre de la Constitution civile du clergé, les deux anciennes paroisses catholiques (Saint-Amant et Saint-Pons) deviennent une unique paroisse de Sommières. Ignace Cardon y est élu curé constitutionnel.
Les religieux et religieuses sont expulsés de leurs couvents devenus des « biens nationaux » et l’église Saint-Pons devient un « temple de la Raison » en mars 1794. Après la promulgation du Concordat du 1801, Saint-Pons est rendue au culte catholique. L’ancien couvent des Cordeliers deviendra un temple protestant en 1806. Plusieurs Sommiérois s’illustrent pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire: Charles Pascalis de Martignac, Raymond César Oubxet, Jacques Louis Vialla et Jean Pierre Joseph Bruguière. Le château qui ne servait plus de prison depuis 1800 est démembré et mis en vente en 1806. Il est en partie transformé en habitations. En 1813 les restes des remparts de Sommières, déjà partiellement détruits, sont mis en vente et transformés en habitation. L’urbanisation des faubourgs va se développer avec la création de la rue Neuve (aujourd’hui rue du Général Bruyère) et la construction du quai Nord (aujourd’hui quai Frédéric Gaussorgues).
Pendant le, Sommières connait une réelle prospérité économique fondée sur l’industrie textile, la viticulture, l’oléiculture, une huilerie-savonnerie, la fabrication de tapis, de simili-cuir, la distillerie d’herbes aromatiques et la viticulture. L’arrivée du chemin de fer favorise l’activité économique, notamment l’expédition de la terre de Sommières (extraite à Salinelles) et du vin. En 1882, depuis la gare de Sommières le réseau ferroviaire permet d’atteindre Nîmes, Montpellier, Lunel, Alès, Le Vigan. Une importante usine de coton (la SOCOMI), créée en 1924 subsistera jusqu’en 1985. Sur les 3173 habitants que compte la ville à la veille de la Grande guerre, 540 sont mobilisés pendant le conflit. 95 seront déclarés « Morts pour la France ». Plus de 70% des morts ont moins de 35 ans. Sommières accueillera des réfugiés en provenance du nord et de l’est de la France.
L’ancien couvent des Ursulines est transformé en hôpital militaire. De juin à août 1940 Sommières accueille plus de 900 réfugiés d’un centre de recrutement belge ayant fui l’invasion allemande. Sommières est occupé par les troupes allemandes à partir du 9 mai 1943. Dans la ville à tradition radicale-socialiste, un embryon de résistance s’organise dès 1941 autour du maire Raoul Gaussen, de Marcel Benoit (dit Fauvette), d’ouvriers de l’usine Sud-Électrique et de la section communiste de la ville. Ces résistants sommiérois entretiendront des rapports étroits avec les maquis des Cévennes, notamment le maquis Aigoual-Cévennes dirigé par René Rascalon qui obtiendra la libération d’otages capturés par les Allemands en réponse à l’entrée en clandestinité du maire. Sommières est définitivement libéré de l’occupation allemande le 24 août 1944, après des escarmouches causant la mort de trois personnes. Le 28 août 1944, une colonne de soldats allemands qui tentaient d’évacuer la région est interceptée par des maquisards près de Salinelles. Après le mitraillage de cette colonne par des avions de l’armée américaine, plusieurs centaines de militaires allemands sont faits prisonniers.
La plupart des entreprises industrielles de Sommières disparaissent dans la deuxième moitié du XXème siècle. L’exploitation de la terre de Sommières, à Salinelles, cesse en 1981. En 1987, la gare de Sommières est désaffectée, la voie de chemin de fer est transformée en voie verte. Tandis que l’urbanisation de la rive droite du Vidourle se développe, Sommières garde une importante activité commerciale et touristique.