Thiers
Histoire de Thiers
Thiers est une commune française située dans le Puy-de-Dôme, en région Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte 11 633 habitants. La totalité des linguistes voit dans le toponyme Thiers le mot gaulois tigerno, signifiant chef ou seigneur, lecture déjà retenue par Xavier Delamarre, Joseph Vendryes et Albert Dauzat. La ville est mentionnée au début du Moyen Âge sous la forme Castrum Thigernum par Grégoire de Tours au VIe siècle. Apparaissent ensuite les graphies Tihernum en 1373, après lénition du g intervocalique, puis Tiernium en 1392; le toponyme est encore Tiarn ou Tièrn en norme classique de l’auvergnat, ou Tiä ou Tïé en écriture auvergnate unifiée. La version médiévale Thiart est attestée dans l’armorial de Guillaume Revel vers 1450.
Aucun travail de recherche ou de fouille archéologique n’a, jusqu’ici, mis en évidence une occupation humaine de la région thiernoise pendant la préhistoire ancienne. Toutefois, dix-sept objets préhistoriques sont conservés dans les collections du Musée de la Coutellerie de Thiers, parmi lesquels trois pierres taillées de type nucleus en silex et quatorze pierres polies. Certaines proviennent de Dorat, Orléat, Saint-Rémy-sur-Durolle ou Chapet, mais la plupart sont sans information précise sur leur contexte de prélèvement. Ces pierres, en grande majorité des haches ou des herminettes, font remonter l’implantation humaine de la région au Néolithique. Les zones d’implantation s’étendaient probablement de la plaine de la Dore jusqu’à l’arrière-pays, sur les premiers contreforts du Forez. Pendant longtemps, et jusqu’aux années 2022-2023, l’origine de Thiers était localisée dans le quartier du Moûtier, en ville basse. Cette hypothèse reposait sur la présence de l’église Saint-Symphorien du Moûtier, datée des XIe et XIIe siècles et mentionnée par Grégoire de Tours dans des textes hagiographiques de la fin du VIe siècle, qui faisait coïncider le castrum mérovingien avec l’emprise de l’église et de l’abbaye. La toponymie indiquait une possible racine celte au sens de seigneur ou chef et donc une occupation gauloise plus ancienne, mais aucune preuve archéologique n’était venue étayer ces suppositions sur la position basse de la ville, dans le débouché de la vallée de la Durolle vers la plaine de la Limagne.
En 2022, le site archéologique des Millières, dans les Margerides sur les premiers contreforts du Forez, a été mis en lumière en rive gauche de la Durolle. Des sondages effectués en 2023 et 2024 par une équipe de l’Université Lumière Lyon-II ont confirmé la présence d’une forteresse de hauteur de plus d’un hectare de surface intra-muros, sur un éperon dominant un méandre de la Durolle. Les premiers résultats ont montré que la forteresse a été bâtie vers le début du Ve siècle, voire la fin du IVe siècle, et exploitée au moins jusqu’au VIIe siècle, ce qui permet d’identifier ce site au Thigernum castrum, également appelé Tigernensi castello dans les textes de Grégoire de Tours. Des céramiques protohistoriques de la Tène récente attestent une occupation gauloise de l’éperon des Millières aux IIe et IIIe siècles avant notre ère, confirmant l’origine gauloise de Thiers dans la zone des Margerides, sans toutefois prouver une occupation pendant le Haut-Empire. Au niveau des sources écrites les plus anciennes, deux textes hagiographiques de Grégoire de Tours offrent de précieuses informations sur le contexte géographique et historique du castrum primitif de Thiers au début de l’époque mérovingienne. La cité connaîtra ensuite, autour de l’abbaye Saint-Symphorien et du site du Moûtier, un développement religieux et seigneurial qui structurera durablement la ville haute et la ville basse.
Patrimoine religieux
Le patrimoine de Thiers ne se signale pas par des éléments isolés à grande renommée mais par des ensembles cohérents d’édifices, dont beaucoup sont répertoriés aux monuments historiques et font partie du secteur sauvegardé de la ville; la commune compte 23 monuments et 325 objets répertoriés à l’inventaire des monuments historiques. Le plus grand édifice religieux est l’église Saint-Genès, qui mêle l’art gothique et l’art roman et possède la plus grande coupole d’Auvergne. Construite à partir du XIe siècle et achevée en 1120, elle doit son nom au martyr Genès, décapité au lieu-dit du Creux de l’enfer; elle a été remaniée à plusieurs reprises et a perdu au cours du temps son porche original, qui abritait un grand escalier d’accès à la porte principale. L’autre édifice majeur est l’église Saint-Symphorien du Moûtier, reconstruite en dur intra-muros et dépositaire des reliques de Symphorien préservées de l’incendie. Le transfert de l’église Saint-Symphorien du castrum des Millières vers le site du Moûtier s’est probablement déroulé à l’époque carolingienne, à une date inconnue. Une fois construite, l’église romane du Moûtier dépendra de l’abbaye bénédictine voisine; elle sera elle aussi remaniée et perdra, lors de la restauration de 1882, près de quinze mètres en longueur, sa nef étant abaissée. Le chœur actuel est situé au niveau de l’ancien carré du transept, et la communauté offrit, avec le consentement du seigneur de Thiers, sa soumission à Odilon, abbé de Cluny, en 1011. Le contrat de pariage passé avec Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis, en 1251, assura ensuite la protection royale et l’indépendance de l’abbaye, qui put exercer ses droits seigneuriaux et de justice sur la partie basse de la ville.