Tournon-sur-Rhône
Histoire de Tournon-sur-Rhône
Tournon-sur-Rhône est une commune de l’Ardèche, en région Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte 11 191 habitants. Anciennement appelée Tournon, la commune a ajouté la mention sur-Rhône en 1989. Les formes anciennes du toponyme apparaissent comme castro Turnone en 814, vicaria Tornonensis en 1064 puis Tornon en 1188. Le linguiste Ernest Nègre les interprète comme une formation latine derivée avec le suffixe -one du nom de personne romain Turnus. Une autre hypothèse, qui s’appuie sur la situation de la ville sise sur un piton rocheux au pied d’un coteau de 200 mètres de dénivelé surplombant le Rhône et sur les vestiges archéologiques, attribue à Tournon une origine gauloise issue de turno signifiant hauteur, complété du suffixe locatif gaulois -one.
Durant l’Antiquité, Tournon ou plutôt Tournus constitue le faubourg résidentiel de la cité romaine voisine de Muzolium, l’actuelle Muzols. Le quartier du Cornilhac, au nord de la ville, livre la majeure partie des vestiges: thermes et villas de riches familles romaines y ont été identifiés. Au centre-ville, à l’emplacement de l’actuel château, se trouvait un castrum, forteresse romaine destinée à abriter les habitants de Muzolium lors des invasions barbares. Tournon bâtit sa fortune sur le commerce de son vin, qui aurait été apprécié de Charlemagne et même évoqué par Victor Hugo dans Le mariage de Roland où il en attribue, sans doute pour la rime, le goût à Pompée.
Au Moyen Âge, la population s’agglomère autour du château et donne naissance à un bourg castral. Le château était alors le centre politique de la seigneurie de Tournon, qui regroupait également Tain, Plats, Vion et Glun, à ne pas confondre avec La Roche de Glun située rive gauche du Rhône. Eudes ou Odon rendit hommage pour toutes ses terres à Philippe Auguste au Puy en 1188, et celles-ci relevèrent dès lors du royaume de France. Cette alliance précoce avec la couronne valut à la cité d’entrer dans le cercle rapproché de la famille royale à la Renaissance. Au XIIIe siècle, le premier couvent de la ville, celui des Carmes, s’établit hors les murs non loin de la porte de Mauves. La vie religieuse y fut intense, puisque pas moins de quatre couvents furent créés, ainsi qu’une collégiale; les pères jésuites s’y installèrent et enseignèrent dans le collège du Cardinal. En 1463, le roi Louis XI autorisa par lettres patentes deux foires annuelles à Tournon, contribuant à l’essor de la cité. Cette politique commerciale, conjuguée au commerce du vin et au péage sur la traversée du Rhône, contribua à la prospérité durable de la ville et à son rôle de carrefour entre les deux rives du fleuve à une époque où aucun pont ne reliait encore les berges.
Au XVIe siècle, le cardinal François II de Tournon, issu de la famille seigneuriale, rencontre le roi François Ier en 1515 à Lyon. Le roi le conserva comme principal conseiller pendant trente ans, jusqu’à sa mort en 1547. Le cardinal appréciait le vin de Tournon et contribua à son rayonnement. C’est à cette époque que la famille seigneuriale obtint le privilège d’arborer la fleur de lys sur fond azur sur le côté dextre de son blason, symbole habituellement réservé au roi, illustrant la proximité acquise avec la couronne. La famille seigneuriale est connue dès la fin du XIe siècle avec Pons de Tournon, lié à Durand, à Hugues et à saint Anselme abbé de La Chaise-Dieu en 1094 puis évêque du Puy en 1102, ainsi qu’à son frère Gilbert, croisé en 1096; mais sa filiation suivie ne remonte qu’à 1188, lors de l’hommage lige prêté par Odon Ier à Philippe Auguste pour son château de Tournon. Les Tournon possédaient également Glun, Mauves et Plats sur la rive droite du Rhône, et Tain en Viennois sur la rive gauche, contrôlant ainsi le fleuve par un péage perçu sur les traversées par bacs et sur le trafic terrestre des deux rives. Leur écu portait: parti d’azur semé de fleurs-de-lys d’or, au second de gueules au lion d’or. Une branche cadette, les Tournon de Meyres puis les Tournon-Simiane, prolongea la lignée. Alexandre de Tournon, fils naturel légitimé de Jacques II et d’Antoinette de Saint-Priest, fut mêlé à la vie de la province en tant que bailli de Viviers et de Tournon, attesté en 1524 et 1525, et membre des États du Vivarais de 1514 à 1532, dont il présida plusieurs assemblées en 1529; chevalier preux, il fut aussi compagnon de Bayard. La place stratégique occupée par les seigneurs de Tournon, qui contrôlaient à la fois le passage sur le Rhône et les liaisons terrestres entre les deux rives, explique la longue insertion de la famille dans l’aristocratie royale et religieuse aux XVIe et XVIIe siècles, ainsi que le maintien de Tournon comme centre judiciaire et administratif du bailliage du Vivarais septentrional jusqu’à la Révolution française.