Tullins
Histoire de Tullins
Tullins est une commune de Isère, en Auvergne-Rhône-Alpes, qui compte 7 706 habitants. Du latin, « Tullianum », nom d’un domaine gallo-romain en référence au nom de son propriétaire Tullius ou Tullus. En langue francoprovençale, la finale ianum produit la prononciation ien ou in, ainsi Tullianum devint Tullins.
La colline de Parménie qui domine Tullins est située dans la commune voisine de Beaucroissant. Proche du village de Beaucroissant, le visiteur peut découvrir une pierre à cupules, dénommée localement « pierre pucelle ». Selon Pierre Bische, auteur d’ouvrages historiques locaux, il s’agirait du seul monument de l’époque néolithique subsistant dans la région. L’histoire de Tullins commence il y a environ, à l’âge de bronze moyen; un poignard de bronze à rivets, daté de 1500, a été trouvé dans l’ancien gué historique de la Fure avec le « Grand Chemin » passant à Fures et Tullins. Ce chemin reliait la vallée du Rhône à Moirans par la rive droite de l’Isère qui allait à Genève, liant les civilisations des lacs helvétiques et du Haut Danube aux civilisations méditerranéennes. Le nom actuel de Grand Chemin à Vourey et de Grand Chemin Royal à Morette, les deux communes voisines concernées sur ce chemin, en est témoin.
Ce poignard est exposé au Musée Archéologique de l’ancien Evêché de Grenoble. La région est progressivement occupée par les allobroges, peuple gaulois venu du Nord de l’Italie et d’Helvétie, conquis par Rome. Ils développent une civilisation métissée avec les peuples vivant sur place, civilisation marquée par l’agriculture et la métallurgie Les rives de la Fure et des rivières qui se jettent dans l’Isère deviennent peu à peu des secteurs de culture céréalière, entraînant la construction de moulins à eau pour le grain et de forges et où habitent les familles des cultivateurs, artisans forgerons. Le développement de l’artisanat, grâce à la force hydraulique, à un réseau de canaux et à un aqueduc exceptionnels à Fures, fait apparaître des ateliers de meuneries, de tissage de laine et de soie, de toilerie de chanvre, de forges, d’huileries, de scieries et, plus tard, de production de papier à partir de chiffons Au début du, le comté de Tullins est intégré au comté de Sermorens.
Durant le siècle suivant, le premier membre de la famille suzeraine de Tullins aurait été apparenté à la Famille de Poitiers-Valentinois, se dénommait Aténulphe. Durant le, une dénommée Humilie est la dernière représentante de cette famille. La terre de Tullins revient dès lors à son neveu, Jacquemet de Roussillon. Le successeur de Jacquemet de Roussillon est Claude. Celui-ci meurt sans postérité en 1428. À la mort du dernier seigneur de Tullins en 1428, le Dauphin hérite de la seigneurie de Tullins.
Après le rattachement en 1349 du Dauphiné au royaume de France, la ville est donnée en engagement à différentes familles de la région pendant plus de deux siècles (de 1428 à 1650) Gaspard de Fléard est nommé seigneur engagiste de la terre de Tullins à la fin. C’est à son frère, François Fléhard, partisan de la Ligue catholique et évêque de Grenoble que l’on doit la création du couvent des minimes. Les Clermont-Tonnerre, famille originaire de la paroisse de Clermont en Dauphiné, petit village dont le château domanial domine le lac de Paladru et la vallée de la Fure, obtiennent la charge héréditaire de Tullins jusqu’à la Révolution. Au, de riches familles s’installent à Tullins et restaurent des maisons médiévales dont la commune garde encore la trace grâce à la présence de nombreuses portes d’entrées inscrites à l’inventaire des Monuments historiques. L’agriculture de polyculture-élevage et de vigne domestique se développe sur les terres des coteaux et des bords de l’Isère.
Après l’endiguement de l’Isère à la fin du XIXe siècle, la plaine de Tullins se prête alors aux cultures céréalières ainsi qu’à l’élevage bovin. La production de noix (noix de Grenoble AOC) s’étend jusqu’en plaine, où la mécanisation permet une exploitation plus facile. Succédant à l’artisanat et aux ateliers pré-industriels, mêlant activités agricoles et artisanales, l’industrialisation apparaît à Fures au cours du avec les usines de forges, de métallurgie, de construction mécanique. La toilerie de chanvre est remplacée par des ateliers et usines pensionnats de soierie. Des papeteries importantes puis la production de chaussures succèdent aux forges le long de la Fure. Des chemiseries s’installent à Tullins.
Les conséquences de la crise de 1929 affecteront ensuite de façon importante les soieries qui disparaissent au profit d’activités d’effilochage. Un pont routier suspendu, achevé durant l’année 1853 permet de relier directement le bourg de Tullins avec la rive gauche de l’Isère, dont notamment la commune de Saint-Quentin-sur-Isère. Celui-ci sera endommagé lors d’une crue en 1928 et remplacé par un nouveau pont en 1931. Le magazine Regards, consacré à l’histoire locale du pays de Tullins, a publié un article en 1997, intitulé « Tullins Fures, la déchirure » relatant l’existence d’un conflit entre certains habitants du hameau (ou village) de Fures (dénommés furatiers), se sentant délaissés et l’administration municipale de la commune envisageant à cette occasion la création d’une commune séparée. Fures avait vu ses activités se développer très vite, avec l’apparition de plusieurs papeteries, soieries et usines d’effilochage, avec un accroissement de population jusqu’à avec de nombreux commerces et artisans. Les furatiers veulent avoir une église et un cimetière pour ne plus avoir à faire aller et retour à pied pour enterrer et pour aller saluer les morts.
« En 1853 s’organise une collecte d’argent pour construire une église à Fures ». « En 1854, le préfet et l’évêque donnent leur autorisation ». de Bressieux, issu d’une ex-famille noble du pays, fait don d’un terrain au conseil paroissial de Fures pour y établir le cimetière » La majorité des élus municipaux, majoritairement tullinois, le refuse par un vote en 1856 car « cela serait préjudiciable aux diverses professions industrielles du bourg de Tullins » (archives des comptes rendus du conseil municipal de la commune »). Tullins fut brièvement occupé durant la campagne de France en 1940, l’armée allemande ayant été stoppée à l’entrée de la cluse de Voreppe. L’armistice du 22 juin 1940 entraînera son repli jusqu’à la ligne de démarcation.
La Résistance marque fortement Tullins-Fures. Le Maire, Gaston Valois, médecin des pauvres, s’y engage entièrement et devient le chef des MUR (Mouvements unis de la Résistance) pour toute l’Isère. Localement, se regroupent les résistants armés dans le Groupe Franc du Vert de la plaine de Tullins-Fures, ayant à sa tête Roger Perdriaux, placé sous Jules Cazeneuve, chef du secteur 3 de l’Armée Secrète. Les maquis de Montferrier à Cras, puis de La Rivière, se mettent en place, ayant André Bellemain comme agent de liaison avec Gaston Valois. Toute une activité de renseignements et de liaisons radios clandestines avec Londres se développe grâce aux fermes et villages des collines du secteur. Durant la « Saint-Barthélemy grenobloise », Gaston Valois est arrêté à Grenoble par les miliciens et remis à la Gestapo.
Torturé par la police nazie, il se donne la mort pour ne pas risquer de trahir sous la torture. La Résistance se réorganise et augmente sa pression et ses harcèlements sur les troupes allemandes et les transports de guerre ennemis. Jean Valois, fils de Gaston, et Marcel Mariotte, rejoignent les maquis du secteur qui participeront à la libération de Lyon puis de l’Est de la France jusqu’en Allemagne. Tullins Fures a été libéré le 23 août 1944 avec les troupes américaines. Après la guerre les différentes activités industrielles se développent vivement mais, après 1970, elles amorcent un déclin progressif jusqu’en 2017.