Villé (67)

Histoire de Villé

Villé est une commune de Bas-Rhin, en Grand Est, qui compte 1 775 habitants. Le nom du chef-lieu de canton est dérivé de villare qui désigne un domaine rural à l’époque franque. La première mention du lieu, Wilre, est relevée dans une fausse charte du XIIIe siècle. On trouve également mention de Wilre in Valle Alberti (1241), Wihr (1303) dans le terrier des Habsbourg, Wihr encore en 1371, 1419 et 1464, Villiers en 1525, Weiler en 1633, Weyler en 1685, Weiller au XVIIIe siècle, Weyller en 1793, Villé en 1870, Weiler pendant les périodes d’occupation allemande.

À partir de 829, il est fait état de « Weiler », « Wilre » et « Willer » qui deviendra « Villé ». En l’an 1000, Villé était sous la domination d’un seigneur nommé Wernher qui résidait au « château d’Ortenoerg ». Cette ancienne seigneurie appartint aux Habsbourg, aux Fugger, puis à une branche de la maison de Choiseul. La localité se situe à la bifurcation de l’antique route du Sel et du chemin de Saint-Dié par le col d’Urbeis. En position stratégique, le bourg commande ainsi l’accès aux deux vallées supérieures et à leur col. Cette situation a peut-être conféré à Villé un rôle important dès le haut Moyen Âge.

Le village s’est probablement formé autour d’une « cour » carolingienne prenant le relais d’une occupation gallo-romaine établie sur la route évoquée ci-dessus. Les premières mentions du lieu ne sont guère fiables; toutes figurent dans de fausses chartes, comme cet acte de 1120 du pape Calixte II confirmant, pour les besoins du faussaire ou de son commanditaire, la donation faite par Adelaïde, nièce de Werner de Hurningen (fondateur de l’abbaye de Honcourt), de l’église, des rentes et dîmes de Villé. Le centre historique du bourg se situe probablement sur la butte portant l’actuel presbytère. À son pied, l’église et l’ancien cimetière fortifié, entouré d’un profond fossé comblé au lors de la reconstruction de l’église. Ce quartier est aujourd’hui encore connu sous l’appellation de « Schloessel » (le petit château). La tradition populaire veut qu’un castel y ait été implanté, résidence des Hurningen-Hohenberg-Ortenberg avant la construction du château d’Ortenberg (château de l’Ortenbourg, 1624).

Aucune preuve historique ou archéologique ne peut toutefois sérieusement étayer cette hypothèse. Le bourg, ayant acquis une certaine importance, est doté d’une enceinte portant neuf tours. La première mention de ces fortifications date de 1471. Il est possible toutefois qu’elles soient beaucoup plus anciennes (certains auteurs avancent, sans preuves, les dates de 1290 ou de 1330). Les trois quarts du fossé sont directement constitués par les lits des deux Giessen d’Urbeis et de Steige. On accède à l’intérieur des murs par l’Obertor (porte de Bassemberg, démolie en 1814) et l’Untertor (porte du Faubourg, rasée en 1857).

De ces fortifications ne subsistent aujourd’hui que de rares pans de murs et l’ancienne « prison », rue de l’Abattoir. Le terrier des Habsbourg établi en 1303 par Von Fricke, relève les contributions versées par la localité. Y figurent par exemple 40 chapons et 5 livres de poivre que le bourg prélève sur les épiciers et marchands. On peut supposer que Villé possède déjà le statut de « Marktflecken » (place de Marché). Corvées diverses (entretien de l’ancienne route du Sel et dîmes versées à Honcourt) grèvent également les revenus. L’administration communale revient au « Meier » (du latin major), fonctionnaire seigneurial.

Le premier avait autorité sur la partie supérieure de l’Albrechtstal (de Saint-Martin à Colroy), le second sur la vallée inférieure (de Triembach à Urbeis). Les « Meier » président notamment les réunions des bourgeois et organisent l’élection des fonctionnaires communaux et des sept échevins (Schoeffen ou Sybner). Le tribunal de Villé veille à l’observation du droit coutumier, plus tard à celui du « Fleckenrecht ». L’existence d’un gibet (Galgen) qui a donné son nom à un lieu-dit (Galgenrain) peut laisser supposer qu’on exerce également la haute justice. Celle-ci n’est toutefois pas du ressort du tribunal de Villé, mais plutôt de celui du bailli (Vogt) de l’Ortenberg, siégeant avec quelques assesseurs pris dans les localités de la seigneurie. L’histoire de Villé est jalonnée par plusieurs épisodes militaires qui, à défaut d’être scrupuleusement attestés par les archives, figurent dans la mémoire collective ou la tradition.

Les destructions du sont probables, lorsque Walter de Geroldseck, évêque de Strasbourg, fait ravager les territoires des Habsbourg. On peut supposer que le bourg souffre également en 1374 lorsque le duc se venge des incursions menées par les Müllenheim de Strasbourg, alors engagistes de l’Abrechtstal. On peut également imaginer que les Armagnacs (les Schinder = écorcheurs) s’intéressent aux richesses du bourg lors de leurs incursions de l’hiver 1444-1445. Placé sur la route directe reliant l’Alsace centrale à la Lorraine, Villé voit le passage des troupes bourguignonnes de Pierre de Hagenbach (1470) et, en 1525, de l’armée d’Antoine de Lorraine. Celui-ci campe entre le bourg déserté par ses habitants et les ruines de Honcourt, au retour de la bataille de Scherwiller où il écrase les paysans révoltés réunis sous la bannière du « Bundschuh ». Villé est d’ailleurs condamnée l’année suivante à Ensisheim pour sa participation au sac de Honcourt.

Comme pour le reste de la vallée, la guerre de Trente Ans est certainement source de dévastations, en particulier lors du passages des « Suédois » en. C’est en 1648 que Villé et la seigneurie autrichienne de la vallée passent à la couronne de France. Ce sont successivement Conrad de Zurlauben (1681) et son héritier Henri-Louis de Choiseul-Meuse (1711) qui administrent la seigneurie. Ils possèdent une résidence au bourg. La Révolution marque la fin de l’ordre seigneurial. La municipalité est instituée le.

On élit un maire, un procureur, cinq fonctionnaires municipaux et douze notables. L’église, reconstruite peu avant, est même coiffée d’un bonnet phrygien en tôle sur sa tour. Lorsque le Premier Empire s’effondre, Villé connaît de nouveaux passages de troupes et l’occupation par les troupes alliées, autrichiennes en l’occurrence (1814-1816). Le territoire communal a connu une exploitation de houille au à la suite de l’accord d’une concession. Après la guerre de 1870 avec son cortège d’optants et de réfractaires, la fin du voit enfin une « modernisation » progressive du bourg: raccordement du chemin de fer (1891), construction de deux ateliers textiles relayés au début du par les premières usines (voir Industrie et Économie (à venir), plus bas), arrivé du télégraphe, de l’électricité. De violents combats entre armées française et allemande ont lieu au Klosterwald (cimetière militaire).

La gare de Villé devient le point de départ de la « Lordonbahn », voie ferrée exclusivement militaire ravitaillant le front, alors fixé sur les crêtes, en hommes et matériel. Villé retourne à la France le. Après quelques combats, Villé tombe sous le joug nazi et abrite la nouvelle hiérarchie politique et administrative de l’occupant. Des filières d’évasion vers la France (réseaux Sengler et Haubtmann) acheminent des centaines de prisonniers évadés, résistants ou réfractaires au-delà de la nouvelle frontière. La Libération s’annonce par un premier bombardement aérien sur le carrefour de la fontaine (Stockbrunna); plusieurs maisons sont endommagées ou détruites. Les combats des 26 et provoquent à nouveau d’importants dégâts.

Paul Mathéry comptait parmi les fondateurs du réseau Vélite-Thermopyles. Il a été admis parmi les 4281 Justes parmi les nations de France pour avoir sauvé des personnes juives persécutées par le régime nazi et le gouvernement de Vichy.

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Population

1.775 habitants

Région

Grand Est

Département

Bas-Rhin
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