Villeneuve-sur-Yonne
Histoire de Villeneuve-sur-Yonne
Villeneuve-sur-Yonne est une commune de Yonne, en Bourgogne-Franche-Comté, qui compte 5 136 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Villa-Longa (avant le XIIe siècle); Villa Franca Regia (1163); Villa Nova super Yonam (1163); Villa Nova super Equanam (1183); Villa Nova Regis (1186); La Villeneuve-lou-Roy (1285); Villeneuve-le-Roi (XVIIIe siècle); Villeneuve-sur-Yonne (1793).
La charte de 1163 de Louis VII évoque Villeneuve et Villefranche (villafranca régis) et c’est Villefranche-le-Roi qui fut le premier nom de la cité jusqu’en 1175.
Lorsque de 1187 à 1204, Adèle de Champagne reçut la ville en douaire, celle-ci s’appela Villeneuve-la-Reine.
De la langue d’oïl ville (village) et de l’adjectif féminin neuve. Une villeneuve est une ville nouvelle. Villeneuve est un nom générique pour des localités ayant bénéficié de franchise octroyée par une charte, équivalent de villefranche, bastide, sauveterre, salvetat.
Ce mouvement commencé au XIIe siècle se développe considérablement au XIIIe. LYonne est une rivière de la moitié nord de la France. Elle coule principalement à l’ouest de la région Bourgogne-Franche-Comté.
Elle a donné son nom au département de l’Yonne.
La ville de Villeneuve-sur-Yonne, située dans la basse vallée de l’Yonne, fut habitée dès le Néolithique. Un camp défensif gaulois (début du ) existait à proximité de Villeneuve (cf Château), qui fut pris par Jules César lors de sa campagne contre les Sénons. On y découvrit des monnaies gauloises et romaines, ainsi que des poteries. L’oppidum du « Camp du château », avec ses, était ceint d’un rempart. Un sondage a livré des amphores et des potins qui semblent indiquer une occupation à l’époque La Tène (civilisation celtique du second âge du fer). Cet oppidum inspiré des organisations urbaines méditerranéennes surveille de vastes territoires. Son apparition correspond à une réorganisation complète des pôles d’exploitation agricole. En 52, un combat eut lieu au « Champ-Château » entre les Sénons (ou Sénones) (sous les ordres de leur chef Drappès et les légions romaines (envoyées par Jules César) commandées par Larenius et qui triomphèrent.
À Villeneuve, les découvertes attestent qu’un ensemble gallo-romain, appelé « Villa longa parce qu’il ne s’étendait que sur une seule rue le long de la plaine des Égriselles (un peu au-dessus de la ville actuelle), précéda la fondation de la Villa nova par le roi Louis VII en 1163. On trouva notamment en 1931, à l’angle de la rue Valprofonde et de la rue Carnot, pièces de bronze. Dans la rue Carnot, on a également trouvé les fondations d’établissements artisanaux. Sur la rive gauche de l’Yonne, une voie romaine allant de Sens (Agedincum) à Autun (Augustodunum et antérieurement Bibracte) passait par Villeneuve (villa longa). Sur la rive droite, une piste gauloise reliait Villeneuve à Joigny en passant par Armeau. Un pont de bois remplacé par un pont de pierres au franchissait l’Yonne. Pendant près de quatre siècles ce fut une vie simple, mais constamment perturbée par d’autres groupes. Notamment, en 451 pendant les guerres barbares: les hordes d’Attila détruisirent Villeneuve et ses environs en déferlant de Troyes vers Orléans et lors de leur repli.
À l’arrivée au trône de France des Capétiens descendants du comte Eudes, défenseur de Paris contre les Normands, la région de Sens fut entraînée vers le domaine capétien alors que Joigny et Auxerre continuaient à dépendre du duc de Bourgogne. Cinq cents ans plus tard, Villeneuve continuait à dépendre du roi de France. La mort du comte de Blois, Thibaud le Grand, en 1152 permet un rapprochement entre Louis VII et Henri le Libéral, comte de ce qui prend désormais le nom de Champagne. Deux mariages cimentent les relations jusque-là désastreuses. En épousant Adélaïde de Champagne, Louis VII épouse la culture économique qui propulse la Champagne au centre du négoce mondial (les foires de Champagne). Par une série d’accords mutuels, il lève les hypothèques politiques bloquant le développement économique du Sénonais. Un chemin nouveau, partant de Gien, passant par Courtenay, se dirige vers Troyes, la principale des villes de foire de la Champagne. Les marchands du Val de Loire retrouvent ainsi les Lombards montés d’Italie et les Flamands descendus de la Mer du Nord.
Le roi construit un pont sur l’Yonne (premier monument connu de la ville neuve), provoquant l’abandon d’un bac utilisé un peu en amont à Rousson. Le succès est foudroyant, d’autant que Louis VII freine le parasitisme de la chevalerie propriétaire des rives. Louis VII accorde son nom et les coutumes de Lorris à la ville neuve. Les patronymes traduisent l’arrivée des nouveaux venus. En somme la ville doit son origine à un axe routier est-ouest et non à un axe fluvial nord-sud. Pour se procurer des terrains qu’il n’avait pas, Louis VII offre une rente sur ses moulins de Sens à des moines du voisinage contre leurs terrains proches de l’Yonne. En 1163, un abbé de l’abbaye Saint-Marien d’Auxerre, Milon de Trainel, soucieux de protéger ses religieuses de l’ordre des Prémontrés de (Valprofonde aujourd’hui, à Villeneuve) contre les incursions de toutes sortes, offrit au roi de France Louis VII de France dit Louis le Jeune des terres de l’abbaye de Villeneuve à la condition que le roi fît bâtir des fortifications. C’est à cette époque que Villeneuve, devenue bastion avancé de Sens, permit de protéger les limites du domaine royal face au comté de Champagne et perdit son appellation de pour (ville franche du Roi) puis (Villeneuve-le-Roi).
Pour qu’elle s’accroisse rapidement, le roi lui donne les privilèges de Lorris. C’est aussi cette année que les serfs de Villeneuve furent affranchis. Villeneuve est située au débouché d’un gué de l’Yonne commandant le pont. La ville qui s’édifie se construit à la romaine, sur un plan quadrillé rigoureux, à l’intérieur de remparts protecteurs et dominée par son église. Villeneuve fait partie des villes dotées d’un donjon royal « la Grosse Tour », attribut de la puissance et de la gloire de Philippe Auguste dans le droit fil de la tour du Louvre, qu’il édifie de 1205 à 1211 à l’angle de l’enceinte dressée par son père Louis VII. Au cours du, la ville accueille un prévôt royal. Il coordonne l’activité des sergents royaux (sorte d’huissiers) qu’il lance sur les terres en amont: comté d’Auxerre, seigneurie de Donzy, comté de Tonnerre, Vézelay. Le prévôt, aux ordres du bailli royal de Sens, fait progresser à vive allure l’autorité royale sur les terres des vassaux de la Couronne, eux-mêmes disposant d’administrations archaïques.
À la fin du, le tabellionage complète les services offerts par la prévôté royale. Il permet à des sujets étrangers à la Couronne de rédiger des actes dont la force probante est égale à celle de l’autorité reconnue aux administrations royales. La perception du droit du sceau gonfle les recettes de la prévôté. Au même moment, la Couronne institue une châtellenie basée à Villeneuve-le-Roi, regroupant les hommages féodaux de plusieurs fiefs, en particulier ceux dont la suzeraineté a été nouvellement acquise en amont. Dès la destruction de l’ordre du Temple en 1307 par Philippe le Bel et l’arrestation des templiers, ces derniers furent emprisonnés dans les prisons royales dont celle de Villeneuve-le-Roi. Jean Menier, châtelain de Villeneuve-le-Roi, a géré les biens confisqués aux templiers dans toute la région. C’est à côté de la grosse tour, et à l’intérieur de l’enceinte, que fut bâti le château royal des Salles). Philippe Auguste en fait une des huit résidences royales et y tient Parlement en 1204.
Saint Louis y réside avant de partir pour la huitième croisade pendant laquelle il meurt à Tunis. Ces peuvent avoir été des bâtiments de bois. Elles ont été très rarement fréquentées par les souverains. À partir de la commise des domaines continentaux du roi d’Angleterre, Jean Sans Terre (donc la seconde moitié du règne de Philippe Auguste), les visites sont rarissimes. Les lieux n’en sont pas moins desservis par une chapelle royale dotée d’un chapelain. En 1421, les Anglais d’Henri V, qui n’avaient pu se rendre maîtres de Melun et de Montereau, réussirent à prendre Villeneuve et y logèrent une garnison, chassée en 1430. Durant ces neuf années, les habitants de la région subirent les réquisitions, les pillages et les exactions des occupants. Après la reddition de Troyes et celle de Sens, la ville est reprise par Arnault Guilhem de Barbazan, un des plus grands capitaines au service de Charles VII, libérateur du Sénonais et du Troyen.
Une garnison est maintenue car le duc de Bourgogne n’a pas encore signé le traité d’Arras de 1435. Charles VII et Louis XI n’ont de cesse d’étrangler l’Auxerrois bourguignon (le duc de Bourgogne est comte d’Auxerre de 1435 à 1477): militairement lors des phases de rupture; judiciairement lors des phases de paix. La prévôté royale de Villeneuve-le-Roi joue un rôle essentiel dans ce dispositif de harcèlement. Lorsque imprudemment, Louis XI se constitue prisonnier à Péronne en 1468, le duc de Bourgogne exige pour le laisser sortir une série de reculades, dont plusieurs concernent directement l’activité juridictionnelle de la prévôté (immatriculation de bourgeoisie, etc.). Une fois tiré de ce mauvais pas, Louis XI réactive toutes les pratiques de son prévôt. En 1477, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire meurt devant Nancy.
Pour arracher le ralliement à sa cause des Auxerrois, Louis XI leur promet de hisser leur bailliage à un niveau jamais atteint par le passé, en insérant dans son ressort tous les villages plus proches de la cité d’Auxerre que de la prévôté de Villeneuve-le-Roi. Bien entendu, le bailliage de Sens vole au secours de sa prévôté, avec le concours inespéré des justiciables de l’Auxerrois qui refusent l’amateurisme des juges du bailliage d’Auxerre. La décision de Louis XI attendra un demi-siècle pour être appliquée sous François. Dès lors, la prévôté administre son voisinage et le comté de Tonnerre, avec l’assentiment du bailliage de Sens. Pour acheter le ralliement des Auxerrois et leur abandon de la cause de Marie de Bourgogne, Louis XI promet de les doter d’une institution judiciaire renouvelée. Le bailliage d’Auxerre se verra rattacher tous les villages les plus proches de la cité épiscopale que de la prévôté de Villeneuve-le-Roi. Pendant une cinquantaine d’années (1477-1523), les populations de l’Auxerrois refuseront de payer ce prix du rattachement du comté à la Couronne. L’amateurisme des magistrats d’Auxerre était de notoriété publique.
La bourgeoisie d’Auxerre pouvait remercier son ancien évêque Jean Baillet, issu du milieu parlementaire parisien, et le roi François, avide d’argent. Dès lors, la prévôté ne régente que les villages les plus proches de Villeneuve-le-Roi et le comté de Tonnerre, en plein accord avec le bailliage de Sens. La ville est dans l’orbite économique et judiciaire de Sens. On remarque la poursuite d’activité de tannerie connue depuis la guerre de Cent Ans; le poids du vignoble. Villeneuve suivra le choix de Sens de s’opposer radicalement aux huguenots, puis aux louvoiements de la politique de Catherine de Médicis. La ville sera prise par les partisans royaux à la fin du conflit, de nuit, ce qui vaudra le surnom de aux habitants. Lors des guerres de religion, Villeneuve est pillée, incendiée et prise par les huguenots de Champlost et de Tonnerre, tandis que les garnisons de Saint-Julien-du-Sault et de Dixmont restent fidèles au roi Henri III. L’apaisement revient à Villeneuve, réduite à deux cents foyers, avec l’avènement du roi Henri IV.
Au, il y avait des tuileries dont la qualité de l’argile était tellement réputée qu’elles fournissaient des matériaux pour Villeneuve, mais aussi pour Paris. En 1836, lorsqu’on creusa les fondations du presbytère on trouva à de profondeur un carreau du qui portait le nom du potier (Antonies) qui l’avait fait pour lui-même. On trouva un autre carreau qui provenait du couvent Saint-Joseph de Valpronfonde. Ce couvent fondé dans la maison d’un bourgeois par l’archevêque de Sens Octave de Saint-Lary de Bellegarde en 1643 a disparu avant la Révolution pour cause de jansénisme. La première supérieure fut Marie de Belleciel et la dernière Madame du Fourny. Elles disposaient d’une chambre dont le carrelage émaillé était semblable à celui qui fut retrouvé. En 1840, on comptait neuf tuileries à Villeneuve dont la tuilerie du faubourg Saint-Savinien qui la première est passée du chauffage des fours au bois à la houille ou la tuilerie de la Haute-Épine réputée pour la pureté de son argile. Après la guerre de 1914-1918, le mode de construction ayant évolué, les tuileries ont peu à peu disparu.
Au début du, Villeneuve-le-Roi est gratifiée par l’élection (administration fiscale) d’un siège particulier pour un élu, un greffier et un procureur du roi. Sous prétexte de se rapprocher des sujets fiscaux, on multipliait des détenteurs d’offices. L’expérience fut arrêtée sous Louis XIV. La prévôté avait été réformée au cours. Le prévôt incarnait la résistance à la dégradation judiciaire de la prévôté: il est supprimé. La prévôté est attachée au bailliage de Sens qui contourne la difficulté pour les justiciables locaux en instituant un siège particulier du bailliage de Sens à Villeneuve-le-Roi, doté. des mêmes officiers que par le passé. Au Villeneuve s’enrichit et se développe, comme en témoigne la nouvelle façade de l’église Notre-Dame par l’architecte jovinien Jean Chéreau, ainsi que ses nouveaux vitraux.
On peut admirer le dessin original au musée. La ville devient un centre commercial et artisanal actif avec l’exploitation et le travail du bois, les tanneries (du tan, chêne broyé de la Forêt d’Othe), le commerce du vin, les tuileries. Sur la rivière, les coches d’eau circulent le long du chemin de halage. Au cours du, la bourgeoisie villeneuvienne, aiguillonnée par les affairistes parisiens, découvre enfin le potentiel de sa rivière. L’approvisionnement en bois est un des sujets principaux qui agitent les ministères parisiens. Il faut du combustible abondant et pas cher. Les plein-pouvoirs sont donnés à diverses autorités pour atteindre cet objectif en brisant la résistance provinciale. Des moulins à eau sont détruits pour assurer le flottage sur les rivières, des bateaux sont réquisitionnés à certains moments.
Paris vaut déjà tous les sacrifices. Des marchands de bois pour la provision de Paris prennent place en ville. Même issus de la bourgeoisie locale, ils ne sont que les agents locaux de parisiens. La tannerie prend un essor nouveau (le tan est tiré de l’écorce de chêne de la forêt d’Othe). Les métiers de la batellerie (mariniers, charpentiers de bateaux) recrutent des dizaines de nouveaux membres. Toute la ville prend un nouveau visage, opulent et industrieux. Villefolle (le faubourg Saint-Laurent) devient un grand faubourg fluvial. La ville profite peu de la route de poste: les diligences ne font que relayer et ne mobilisent qu’une poignée de postillons.
Le transport de passagers par voie d’eau (le coche) est piloté depuis Auxerre et le bureau principal se situe à Sens. Par contre, la ville vit le traumatisme du combat de l’État contre le jansénisme, avec notamment la mort programmée des bénédictines de la ville, si estimées par la population. Les futurs députés de Villeneuve-le-Roi, Menu de Chomorceau et Martineau (père de la Constitution civile du clergé), en tireront des enseignements pour la mise en œuvre de la politique anti-chrétienne de la Révolution. Opulente et industrieuse, la bourgeoisie locale aura des exigences. Vers le milieu du, la réorganisation par le ministre Trudaine de l’ensemble du réseau routier de la France fit passer sur la rive droite de l’Yonne la grand-route qui, depuis lors, relie Sens à Auxerre et Avallon. Sur la carte de Cassini, qui date de cette époque, la route qui allait sur la rive gauche de Joigny à Sens a disparu complètement. Seule une route subsiste, qui depuis lors a été désignée sous le nom de nationale 6. Sur l’Yonne, des transports fluviaux par « coches d’eau » (coches) ont été organisés.
Un port fluvial a été créé à Auxerre avec un relais coche à Villeneuve exploité par la corporation des Nautes. Vers 1780, la rivière, que l’on a successivement appelée à partir du, « Iconi », « Icauna », « Imgana », « Icaunis », « Yona », « Yone » puis Yonne, fut draguée pour favoriser le passage des péniches plus importantes avec traction par mulets ou par chevaux sur un chemin de halage bordant la rivière. La Révolution française marque le changement en 1792 de « le-Roi » en « sur-Yonne ». Grâce à la protection de son représentant à Paris, les troubles sont essentiellement symboliques, le plus marquant étant l’emprisonnement de ses notables dans la, qui devient la mairie en 1975., dernier seigneur de Villeneuve-sur-Yonne, et sa propriété du château de Chaumot, 1772.Xavier de Saxe, prince royal de Pologne et de Lituanie et oncle maternel de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, est le dernier seigneur engagiste de la ville, un seigneur libéral, protecteur de Villeneuve de 1772 à 1792, seigneur de Chaumot près de la ville. Le prince Xavier obtint d’ailleurs de son royal neveu l’exclusivité de la chasse et de la justice, ce qui lui coûtera son château de Chaumot le 7 septembre 1792, lorsque les Villeneuviens, avant d’aller assiéger le château de Palteau, le prirent d’assaut sous les ordres des bandes noires, malgré les nombreux gardes nationaux qui tentèrent en vain d’en préserver les toitures et la machine hydraulique, manquant même d’incendier le vaste monument pourtant inhabité depuis 1775. Mais en 1792 deux commissaires, Claude Fauchet (1744-1793) et Mallard sont envoyés par la Convention dans le département de l’Yonne pour rétablir l’ordre car, selon Fauchet, des émissaires de la Commune de Paris sèment la terreur à Villeneuve mais aussi à Sens, Joigny et Auxerre. À Villeneuve, le juge de paix est destitué, les plombs des toitures arrachés, et les châteaux sont donc pillés.
En 1793, Lombard, le président local du Club des Jacobins, est destitué et Nicolas Maure qui est passé à Sens installer la guillotine vient à Villeneuve et convoque Lombard, mais Thermidor arrive et Lombard sauve sa tête, alors que Maure, impliqué plus tard dans l’insurrection de prairial an III, se fera sauter la cervelle en laissant un mot:; en fait, à Villeneuve, Lombard et Maure s’enivraient de paroles très révolutionnaires, mais étaient bien plus modérés dans les faits. Le philosophe Joubert, fuyant la Révolution, vient se réfugier chez un parent à Villeneuve. Il y fait la connaissance d’Adeline Moreau, qu’il épouse en juin 1793. Il cherche et trouve au 18 de la rue du Pont (actuellement rue Joubert), où il reçoit de nombreux amis dont Fontanes, Chateaubriand, venu lors du sacre de Napoléon à Paris puis à plusieurs reprises. Il recueille également Madame de Beaumont qui avait échappé à l’échafaud, et qu’il présente à Chateaubriand. Entre 1810 et 1815, la région fut une nouvelle fois troublée par les troupes de passage (tant napoléoniennes que prussiennes ou cosaques) à qui elles devaient fournir des vivres et des fournitures. La route fut élargie et prit le nom de route impériale pour devenir de nos jours route nationale puis départementale dans le cadre de la décentralisation des compétences de voirie. Le 8 mars 1814, lors de la Sixième Coalition contre la France de Napoléon, une colonne de cosaques et hussards hongrois venant de Joigny stationna à Villeneuve.
Le 19 mars 1815, à son retour de l’île d’Elbe, l’empereur Napoléon suivi de sa garde passe à Villeneuve aux cris de, alors que le conseil municipal avait juré fidélité au roi le 12 mars. En tête roulait la voiture du général Drouot et immédiatement la calèche de l’empereur, ornée de fleurs et de rubans tricolores. Deux colonels galopaient à hauteur des portières. Deux cents cavaliers seulement constituaient l’escorte. Le 9 décembre 1855, les Villeneuviens virent encore passer avec enthousiasme le de voltigeurs de la Garde impériale qui revenait de la guerre de Crimée. Lors de la guerre de 1870, l’invasion prussienne, sous les ordres du major Lehmann, déferla sur la région. Le vendredi 18 novembre 1870, une troupe allemande forte de six cents hommes et six canons vint occuper Villeneuve. Des francs tireurs de la garde nationale sédentaire de l’Yonne se placent sur le plateau de Chaumes et tuent trois Prussiens avant de s’enfuir.
Le lieutenant E.B.Veillot, pris les armes à la main, fut fusillé. Les Prussiens pointent quatre canons sur Villeneuve et exigent francs de rançon. Les habitants de Villeneuve ne purent verser que francs et obtinrent jusqu’au jeudi pour verser le restant. Les officiers prussiens dînaient à l’hôtel du Dauphin lorsqu’on vint leur annoncer que quatre gardes nationaux (qui en fait regagnaient leur domicile) avaient été arrêtés. L’officier supérieur répondit, ce qui se fit immédiatement devant une maison de Villeneuve. Une stèle, située dans le faubourg Saint-Nicolas, porte le souvenir des otages fusillés. Contraire au droit de la guerre (les gardes nationaux portaient au moins des éléments d’uniformes), cette exécution est sans doute une réplique à la capture, le 14 novembre 1870, d’un fourgon postal transportant des correspondances militaires, du courrier, divers objets (bagues, ceintures, uniformes, mitaines, cigares, etc) et pour 19 592,35 francs de diverses monnaies. Dans l’entre-deux-guerres mondiales, Villeneuve se donne pour maire le sinistre docteur Petiot (1926-1931: révoqué), catalogué radical-socialiste, qui sera également conseiller général du canton (1928-1934).
S’il fait évoluer la ville, il marque néanmoins les esprits par un certain nombre de malversations qui entraînent sa révocation et son départ pour Paris, vers un destin qu’il rendra tragique. Il laisse un souvenir mitigé aux habitants partagés entre leur admiration d’un docteur soi-disant dévoué aux pauvres, mais profitant des prestations qui leur faisait obtenir,et des rumeurs sur la disparition de sa bonne et d’une gérante de laiterie, dans un incendie criminel. La Résistance est importante à Villeneuve en raison de la proximité des maquis de la forêt d’Othe. L’écrivain résistant espagnol Jorge Semprun est arrêté par la police allemande près de Joigny, avec des papiers au nom de Gérard Sorel, jardinier à Villeneuve-sur-Yonne. La bibliothèque municipale de la ville porte son nom. Depuis les années 1960, Villeneuve-sur-Yonne fait preuve d’un dynamisme qui l’a transformée en une petite ville accueillante et ouverte, avec des résidences secondaires dans les alentours. Villeneuve-sur-Yonne a fait par deux fois l’objet de la chronique judiciaire En 1924, les habitants de Villeneuve voient s’installer un jeune médecin originaire de Joigny qui plaît beaucoup par son dynamisme.
Il avait abandonné ses études de médecine pour s’engager durant la première guerre mondiale en 1916, puis les avait reprises sous une forme accélérée réservée aux Anciens combattants, jusqu’à son doctorat en médecine en 1921. Il devient maire en 1927 et conseiller général de l’Yonne en 1928, année où il se marie. Franc-maçon, il détruit de nuit clandestinement la croix du cimetière. Il vole de l’essence dans le parc des véhicules municipaux. En, 1932 condamné pour vol d’électricité après avoir trafiqué son compteur, il perd ses soutiens d’Auxerre et est déchu de ses fonctions de maire. Il abandonne son cabinet villeneuvien et s’installe à Paris. À l’époque, on s’interrogea sur la disparition de sa servante Louise en 1927, du détournement des prestations de patients qu’il inscrivait à l’aide médicale, ou de la disparition en 1930, dans un incendie criminel, de la gérante de la coopérative laitière que la rumeur publique donnait pour sa maîtresse. À Paris, il poursuit ses activités médicales.
Pendant, l’Occupation, il se met à voler et assassiner de façon sadique un nombre important de personnes juives tentant de fuir les persécutions. L’emballement accidentel de sa cheminée jette l’alarme dans le voisinage, inquiet des odeurs de viande carbonisée. Arrêté, il nie et se prétend résistant. À l’instar d’un Landru, Petiot est l’archétype de l’assassin en série. Condamné à mort par la guillotine, il est exécuté le 25 mai 1946 à Paris.