Villers-Cotterêts
Histoire de Villers-Cotterêts
Villers-Cotterêts est une commune de l’Aisne, en région Hauts-de-France, qui compte environ 10 454 habitants. Le nom de la localité est attesté sous les formes Vilers-Coldereist en 1174, Villare-Colderest en 1196, Villiers-Coste-Rest en 1328, Villers-Costeretz en 1418, Villers-Cotterel en 1573 et Bourg de Villiers-Cotterets en 1703. Le terme Villa, à l’origine de Villers, indique qu’un domaine gallo-romain est probablement à l’origine de ce territoire. Il s’y forma un hameau qui porta d’abord le nom de Villers-Saint-Georges, en souvenir du prieuré bénédictin élevé par saint Valbert. Cotterêts est issu du mot celte cot signifiant « forêt » et du nom Retia donné par les Romains à la forêt voisine, attestée sous les formes Boscum de Rest en 1239 et Foresta Resti en 1265.
Une simple clairière de l’immense forêt des Sylvanectes servait de lieu de rassemblement aux plus lointains ancêtres des Cotteréziens, qui vivaient le plus souvent à l’abri des grands bois. Les historiens locaux ont démontré que cette clairière correspond au centre actuel de la ville. Il faut attendre une métairie, une villa entourée de quelques chaumières attribuée par Clovis à l’un de ses lieutenants, pour que le site apparaisse dans les sources. En 632, Dagobert chassa dans la forêt et y posséda un pied-à-terre puis une résidence royale, le palatium; l’histoire de la ville se confondit dès lors avec celle de son château, d’abord simple rendez-vous de chasse. En 715, année de la mort de Dagobert III, plusieurs guerres civiles éclatèrent et une bataille sanglante se déroula dans la forêt de Villers-Cotterêts, alors appelée forêt de la Côte ou Cuice.
Au Moyen Âge, le château fut surnommé la Malemaison, mauvaise demeure dont les seigneurs étaient des brigands pillant les voyageurs s’aventurant en forêt. Propriété des seigneurs de Crépy, le château fut agrandi et embelli en 1165 par Philippe d’Alsace, comte de Flandre, époux d’Élisabeth, fille de Raoul IV. En 1214, le comté de Valois fut réuni à la Couronne et la Malemaison devint propriété royale. En 1284, Philippe III le Hardi la concéda à son fils cadet Charles, qui prit le titre de comte de Valois et fut à l’origine de la branche royale des Valois. Il fit alors rebâtir et orner le château avec une magnificence et un luxe dont parlèrent avec admiration tous les chroniqueurs du temps. La guerre de Cent Ans ravagea le Valois et le Chastel de Villers-Cotterêts resta désert pendant de longues années.
Après son accession au trône en 1498, Louis XII donna le Valois à son jeune cousin et futur gendre, François d’Angoulême, à charge pour lui de rétablir le Chastel. François n’avait pas encore cinq ans, et ce n’est qu’en 1506 qu’il vint pour la première fois chasser avec le roi à Villers-Cotterêts. Monté sur le trône en 1515 sous le nom de François Ier, il fit renaître le duché de Valois, qui surpassa alors son ancienne splendeur. De 1530 à 1535, le roi veilla lui-même à la rapidité des travaux. À cette époque, Villers-Cotterêts n’était encore qu’un village, dont la population s’était accrue pendant la guerre de Cent Ans des réfugiés de Crépy, Pierrefonds et Vivières. La ville actuelle doit son origine au roi: ses fréquents voyages, accompagnés de toute sa suite, attirèrent une foule de marchands, d’aubergistes et d’artisans qui s’établirent près du château dans des maisons élevées le long de la route, et il fallut loger et nourrir les ouvriers nombreux occupés à la construction de l’édifice. En 1535, le château fut terminé. Des réunions fastueuses et des fêtes littéraires y furent organisées, avec François Rabelais et Clément Marot. C’est là que le roi signa la célèbre ordonnance de Villers-Cotterêts, qui imposait l’usage du français de langue d’oïl à la place du latin pour les actes notariaux et judiciaires. Henri II succéda à son père en 1547 et fit entreprendre d’importants travaux dirigés par Philibert Delorme, dont une orangerie et un amphithéâtre. Diane de Poitiers, maîtresse du roi, y maintint la « Petite bande des Dames de la Cour », et c’est à cette époque que l’on situe l’origine du dicton « s’amuser comme à Villers-Cotterêts », le jeu du lancer de renard y étant alors en vogue.
L’ordonnance de Villers-Cotterêts, signée en 1539 par François Ier, fait de la commune l’un des hauts lieux de la mémoire administrative et linguistique française. En imposant l’usage de la langue maternelle française, et plus précisément du français de langue d’oïl, à la place du latin pour les actes notariaux et judiciaires, ce texte a marqué une étape décisive dans la constitution de l’État moderne et dans la normalisation de la langue. Il prescrivait également la tenue obligatoire de registres paroissiaux des baptêmes, prélude à l’état civil. Au-delà de cet épisode, la longue continuité d’occupation du site — de la clairière des Sylvanectes au palatium mérovingien, du rendez-vous de chasse capétien au château Renaissance — illustre l’attachement durable du pouvoir royal à ce point d’appui de la forêt de Retz. La massivité des bâtiments construits sous François Ier puis sous Henri II, la profusion des fêtes et les travaux successifs de Philibert Delorme dotèrent la cité d’un patrimoine architectural exceptionnel pour une localité de cette taille. Les héritages successifs de la branche des Valois et les fortes interventions des souverains ont ainsi modelé l’urbanisme de Villers-Cotterêts, qui se développa autour des accès au château et le long de la route royale. La forêt environnante, autrefois domaine de chasse, demeure l’un des massifs forestiers les plus vastes du nord de la France et conserve la trace des grandes battues qui, du Moyen Âge à l’Ancien Régime, furent un instrument privilégié de la sociabilité aristocratique.