Vitry-sur-Seine
Histoire de Vitry-sur-Seine
Vitry-sur-Seine est une commune du Val-de-Marne, en Île-de-France, qui compte 96 205 habitants. Son nom est attesté sous la forme latinisée Victoriacum, puis Vitriacum, Vitrii-les-Parisii et Vitri-lèz-Paris. Il s’agit d’un type toponymique gallo-romain fréquent: l’anthroponyme latin Victorius, suivi du suffixe gaulois -acum marquant la propriété, ce qui correspond au « domaine de Victorius ». La mention « les-Parisii » renvoie soit au peuple gaulois des Parisii, soit à la proximité de Paris, le terme « lèz-Paris » ayant en ancien français le sens de « près de Paris ». Comme pour beaucoup de localités proches de grandes villes, l’usage de « Vitry-près-Paris » prévaut à la fin du XVIIIe siècle, avant que les registres paroissiaux et les actes notariés ne portent fréquemment la mention « Vitry-sur-Seine ». La place prise par les pépiniéristes au XIXe siècle fit même un temps envisager le nom de « Vitry-aux-Arbres », avant que le conseil municipal n’opte définitivement, en 1897, pour Vitry-sur-Seine. En 1280, les Langlois, anciens serfs du chapitre Notre-Dame, s’installent au bord de la Seine, y construisent une ferme et y creusent un port qui prend le nom de « Port à Langlois », devenu plus tard « Port à l’Anglais ».
Le territoire est occupé depuis une période très ancienne. Les fouilles ont mis au jour un squelette de Palaeotherium, sorte de tapir, et les restes d’un Anoplotherium, lointain parent de l’antilope, datant tous deux de l’ère tertiaire et conservés au Muséum national d’histoire naturelle. Des outils paléolithiques et néolithiques ont été retrouvés autour du Port à l’Anglais et dans les carrières de Gournay. Dans le parc des Lilas, des sites de l’âge du bronze et de l’âge du fer ont livré des fosses complexes, des structures de combustion et un vase entier de plusieurs millénaires, suggérant une mise en culture dès le Néolithique. Une sépulture isolée et une vaste nécropole ont été retrouvées dans la plaine de Vitry, accompagnées de nombreuses épées, dont l’une conservée au musée Carnavalet, ce qui démontre l’existence d’une élite guerrière parisii sur le territoire. À la fin des années 1990, plusieurs structures agricoles et une inhumation antérieures à l’invasion romaine ont été fouillées dans le parc des Lilas. Plusieurs indices situent dans la plaine de Vitry, en 52 av. J.-C., la bataille opposant les légions de Titus Labienus à la coalition gauloise des Sénons, Parisii et Aulerques Éburovices conduite par Camulogène, qui y trouva la mort. Une voie romaine empierrée, dont les traces apparaissent sous l’avenue de Choisy à Paris et dans une sablière à Orly, traversait Vitry au niveau de l’actuelle rue Constant-Coquelin; elle est devenue la route nationale 305.
À la mort de Clovis, le village fait partie du domaine royal de Neustrie. Au IXe siècle, les Vikings attaquent et brûlent les faubourgs de Paris ainsi que les campagnes alentour, et pillent Vitry en 886 et 887, détruisant l’église Saint-Gervais-et-Saint-Protais. Au Moyen Âge, la presque totalité des biens appartient à des ordres religieux; à la fin du XIVe siècle, Vitry jouit déjà d’une administration municipale. Une visite archidiaconale de 1462 indique que les deux paroisses comptent environ quarante-sept feux, soit deux cent onze habitants. À partir du XVe siècle, des laïcs commencent à acheter des terres aux communautés religieuses et forment des fiefs dont les détenteurs sont dits « en partie seigneurs de Vitry ». Lors de la Grande Jacquerie en 1358, les rebelles parisiens unis aux Jacques parcourent la banlieue de Paris pour dévaster les propriétés des conseillers de Charles II de Navarre; Vitry est l’une des localités les plus éprouvées. Lors de la lutte du dauphin Charles contre Étienne Marcel, le Port-à-l’Anglais est le théâtre de combats sanglants; en réparation des dommages subis, le dauphin rend une ordonnance exemptant les habitants de prises. En 1434, des combats opposent Armagnacs et Bourguignons autour du port, et la ville est mise à sac par des bandes de brigands. En 1465, lors de la guerre du Bien public entre Louis XI et certains grands seigneurs, les Bourguignons assemblent au Port-à-l’Anglais un pont de bateaux pour traverser la Seine, sans parvenir à débarquer.
Patrimoine religieux
Au cours de son histoire, Vitry a connu deux églises majeures. L’église Saint-Gervais-et-Saint-Protais, construite au Moyen Âge, fut brûlée par les troupes de Charles II de Navarre, reconstruite aux frais de Charles V, fermée à la Révolution puis démolie peu après en raison de sa vétusté. L’église Saint-Germain, dont la construction commença au XIIe siècle pour s’achever au XIIIe à la même époque que la cathédrale Notre-Dame de Paris, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1862. Un hôtel particulier du XIXe siècle, situé au 1 rue Édouard-Tremblay, est inscrit au titre des monuments historiques: il a d’abord appartenu à Pierre Lamouroux, maire de Vitry-sur-Seine de 1825 à 1861, puis à une famille de pépiniéristes pendant près d’un siècle, avant d’être acquis par la ville en 1979; les travaux de construction et de restauration dirigés par l’architecte Louis Soria ont commencé fin 1988 et le bâtiment, devenu bibliothèque municipale, a été inauguré ensuite. Un château avait été construit en 1708 par Claude François Paparel, trésorier des guerres sous Louis XIV; occupé notamment par le maréchal d’Alègre, il fut proposé en 1907 comme hôtel de ville à la municipalité, mais l’achat fut repoussé à la suite d’un référendum, puis le château fut démoli en 1912 et ses terres vendues en lotissements. Seul vestige: la grille qui se trouvait au bout de l’allée des marronniers, encore visible en bout de la place des Martyrs de la Déportation.