Saint Brice — L'évêque indigne devenu saint malgré lui

Portrait de saint Brice de Tours, évêque gallo-romain du Ve siècle

Comment un homme arrogant, cupide, et publiquement accusé d’avoir engendré un enfant illégitime, finit-il par être vénéré comme saint ? L’histoire de Brice de Tours est l’une des plus surprenantes du calendrier chrétien, et aussi l’une des plus humaines.

Le protégé ingrat de saint Martin

Brice est né vers 370, probablement dans la région de Tours. Orphelin ou abandonné, il fut recueilli et élevé par saint Martin lui-même dans son monastère de Marmoutier. On aurait pu s’attendre à une gratitude sans faille. Ce fut tout le contraire.

Grégoire de Tours, notre source principale, dresse le portrait d’un jeune homme brillant mais insupportable. Brice se moquait ouvertement de son maître, le traitant de vieillard sénile et de superstitieux. Il lui reprochait sa simplicité vestimentaire, ses manières rustiques, son refus du confort. Martin, dit-on, supportait ces affronts avec une patience qui exaspérait davantage encore son protégé.

Un jour que Brice venait de l’insulter particulièrement, un visiteur demanda à Martin pourquoi il tolérait un tel disciple. L’évêque répondit avec un sourire : « Si le Christ a bien supporté Judas, je peux bien supporter Brice. »

Un épiscopat chaotique

À la mort de saint Martin en 397, c’est pourtant Brice qui lui succéda sur le siège épiscopal de Tours. Comment ? Les historiens s’interrogent encore. Il semble que Brice, malgré ses défauts, avait du charisme et des appuis parmi le clergé local. Mais son élection ne fit pas l’unanimité.

Les premières décennies de son épiscopat furent un désastre. Brice vivait avec un faste que les fidèles jugeaient indécent. Il élevait des chevaux, entretenait une domesticité nombreuse, et son train de vie ressemblait davantage à celui d’un sénateur romain qu’à celui d’un successeur de Martin l’ascète.

En 430, le scandale éclata : une religieuse de son entourage tomba enceinte, et la rumeur accusa Brice d’être le père. L’évêque protesta de son innocence, mais le peuple de Tours se souleva. Brice fut chassé de sa ville et contraint à l’exil. Il se réfugia à Rome, où il plaida sa cause devant le pape.

L’exil et la conversion

Cet exil dura sept longues années. Et c’est la que le récit prend un tournant inattendu. Loin de Tours, dépouillé de ses privilèges, Brice semble avoir vécu une véritable conversion intérieure. Les sources sont discrètes sur les détails, mais lorsqu’il revint en 437, après la mort de ses deux successeurs éphémères, c’était un homme transformé.

Le Brice des dernières années n’avait plus rien de l’arrogant prélat d’autrefois. Grégoire de Tours rapporte qu’il gouverna son diocèse avec humilité et compétence jusqu’à sa mort, le 13 novembre 444, après un épiscopat total de quarante-sept ans, le plus long de l’histoire de Tours.

Une sainteté paradoxale

La canonisation de Brice peut surprendre. Mais au fond, son histoire illustre une idée très ancienne dans le christianisme : la grâce peut toucher n’importe qui, même les plus rétifs. Brice n’est pas un saint malgré ses défauts, il est saint à travers eux, parce que son parcours chaotique rend sa conversion finale d’autant plus éclatante.

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Le saviez-vous ?

  • En Angleterre, le 13 novembre est connu sous le nom de « St. Brice’s Day ». C’est ce jour-là, en 1002, que le roi Ethelred II ordonna le massacre de tous les Danois vivant en Angleterre, un événement resté dans l’histoire comme le « massacre de la Saint-Brice ».
  • Saint Martin avait prophétisé que Brice lui succéderait et qu’il souffrirait beaucoup. La prédiction s’avéra exacte sur les deux points.
  • L’épiscopat de Brice (47 ans) est l’un des plus longs de l’histoire de l’Église de France. Il couvre la période trouble de l’effondrement de l’Empire romain en Gaule, ce qui explique en partie le caractère chaotique de son mandat.