Saint François de Paule — L'ermite calabrais qui fit trembler

Portrait de saint François de Paule, ermite calabrais du XVe siècle

Le roi de France le plus retors de son siècle, l’homme qui avait mis l’Europe à ses pieds par la ruse et l’intimidation, est en train de mourir. Il a tout essayé — médecins, reliques, prières commandées. En dernier recours, il envoie chercher un ermite calabrais dont on dit qu’il fait des miracles. L’ermite vient. Mais au lieu de guérir le roi, il lui apprend à mourir. Cette confrontation entre le pouvoir absolu et le dépouillement total résume toute la vie de François de Paule.

L’enfant voué à saint François

Francesco Martolilla naît le 27 mars 1416 à Paola, un bourg de Calabre accroché aux montagnes qui dominent la mer Tyrrhénienne. Ses parents, âgés et longtemps sans enfant, l’ont obtenu par l’intercession de Saint François d’Assise — d’où son prénom. À treize ans, ils l’envoient passer un an chez les Franciscains. Le garçon y apprend la prière, le jeûne et une vérité qui va orienter toute sa vie : les Franciscains, malgré leur nom, ne sont plus si pauvres que ça.

À quatorze ans, François se retire dans une grotte près de Paola. Il vit seul, mange des herbes et des racines, dort sur la pierre. Des compagnons le rejoignent. Sans l’avoir cherché, il fonde une communauté. En 1474, le pape Sixte IV approuve l’Ordre des Minimes — les « plus petits », un cran en dessous des Frères Mineurs de François d’Assise. La règle est d’une austérité extrême : pas de viande, pas de poisson, pas d’œufs, pas de laitage. Un carême perpétuel.

Le thaumaturge

La réputation de François explose. On raconte qu’il guérit les malades, multiplie la nourriture, traverse le détroit de Messine debout sur son manteau étendu sur les flots — un batelier lui ayant refusé la traversée parce qu’il ne pouvait pas payer. L’histoire est trop belle pour n’être qu’un fait divers : elle dit tout de l’homme. Quand le monde refuse de vous porter, vous marchez sur l’eau.

Les papes et les rois commencent à s’intéresser à cet ermite dont les foules répètent les prodiges. Mais François refuse les honneurs. On lui propose l’épiscopat : il décline. On veut l’amener à Rome : il reste dans sa Calabre.

Face à Louis XI

En 1482, tout change. Louis XI, roi de France, se meurt au château de Plessis-lès-Tours. Terrifié par la mort, il fait venir François de Paule, espérant un miracle. Le pape Sixte IV, qui veut plaire au roi de France, ordonne à François de partir. L’ermite obéit.

La rencontre est saisissante. Louis XI, couvert de reliques, entouré de médecins, supplie le saint de le guérir. François lui répond avec une franchise que personne n’ose plus avoir devant le roi : préparez-vous à mourir. Saint Benoît, dans sa Règle, conseillait de « garder la mort chaque jour devant les yeux » — François le fait au pied du lit royal.

Louis XI meurt le 30 août 1483. Mais son fils, Charles VIII, garde François en France. L’ermite calabrais vivra encore vingt-quatre ans à Plessis-lès-Tours, fondant des couvents de Minimes à travers le royaume. Il meurt le 2 avril 1507, à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Saint Bruno, fondateur des Chartreux, avait lui aussi cherché la solitude avant de se retrouver conseiller des puissants — le désert ne protège pas toujours de l’histoire.

Le saviez-vous ?

  • Les Minimes pratiquaient un végétarisme strict cinq siècles avant que le mot n’existe. Leur « vœu de vie quadragésimale » interdisait toute nourriture d’origine animale, toute l’année. C’est le régime le plus austère de toute l’histoire des ordres religieux occidentaux.
  • La traversée du détroit de Messine sur un manteau est devenue l’un des miracles les plus représentés de l’art chrétien. Le manteau est conservé comme relique à Paola, et François est naturellement le patron des marins calabrais.
  • François de Paule a passé les vingt-cinq dernières années de sa vie en France, sans jamais revoir sa Calabre natale. Il parlait un français approximatif mélangé de calabrais, mais les rois de France — Louis XI, Charles VIII, Louis XII — ne pouvaient plus se passer de ses conseils.