Saint Gilles — L'ermite protégé par une biche à Compostelle

Un homme seul dans la forêt, une biche qui vient chaque jour le nourrir de son lait, et une flèche de roi qui change tout. L’histoire de Saint Gilles ressemble à une fable — elle est pourtant à l’origine de l’une des villes les plus traversées du Moyen Âge, étape majeure sur la route de Saint-Jacques-le-Majeur.
D’Athènes aux forêts du Gard
Gilles — Aegidius en latin — serait né à Athènes au VIIe siècle, dans une famille noble. La tradition rapporte qu’il distribua sa fortune aux pauvres après la mort de ses parents, puis traversa la Méditerranée pour s’établir en Gaule. Il cherchait la solitude, cette forme radicale de prière que les premiers chrétiens appelaient l’érémitisme.
Il trouva refuge dans une grotte des environs de Nîmes, au cœur d’une forêt épaisse. C’est là que survient l’épisode le plus célèbre de sa légende. Une biche sauvage vint à lui et le nourrit de son lait, jour après jour. L’animal et l’ermite vécurent en compagnie paisible, à l’écart du monde.
La flèche du roi wisigoth
Un jour, le roi wisigoth Wamba — ou Flavius selon certaines versions — partit chasser dans la forêt. Ses chiens poursuivirent la biche jusqu’à la grotte de Gilles. Un archer décocha une flèche qui manqua l’animal et atteignit l’ermite au bras. Le roi, bouleversé de découvrir ce saint homme vivant dans un tel dénuement, voulut le couvrir de présents. Gilles refusa tout, mais accepta que le souverain fonde un monastère à l’endroit même de sa retraite.
Ce monastère devint l’abbaye de Saint-Gilles, dont Gilles fut le premier abbé. Il y adopta la règle de Saint Benoît, et l’abbaye prospéra rapidement, attirant moines et pèlerins. Le tombeau de l’ermite devint un lieu de dévotion majeur.
Une étape sur le chemin de Compostelle
Au Moyen Âge, Saint-Gilles-du-Gard n’était pas un simple village provençal. C’était l’un des quatre grands points de rassemblement des pèlerins en route vers Compostelle, la fameuse « Via Tolosana ». Le Guide du Pèlerin de Saint-Jacques, rédigé au XIIe siècle, recommande explicitement la visite du tombeau. L’abbatiale romane, avec sa façade sculptée à trois portails, témoigne encore de cette grandeur passée.
Gilles fut aussi rangé parmi les quatorze saints auxiliateurs — ce groupe de saints que le Moyen Âge invoquait pour les maladies et les malheurs les plus courants. Il était plus précisément le patron des estropiés, des infirmes et des lépreux. On le priait aussi pour les mères qui allaitaient, en souvenir de la biche nourricière.
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Le saviez-vous ?
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Le mot « gilles » est devenu un nom commun en ancien français pour désigner un personnage naïf ou un bouffon. Cet usage vient probablement de la figure du saint ermite, perçu comme un innocent volontaire — celui qui choisit de tout abandonner par simplicité. Le personnage de Gilles de la commedia dell’arte pourrait en dériver.
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Saint-Gilles-du-Gard possédait au XIIe siècle l’un des plus grands marchés de toute la Méditerranée occidentale. La ville compta jusqu’à 30 000 habitants — une métropole pour l’époque — avant que les guerres de religion et le détournement du Rhône ne provoquent son déclin.
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La blessure de Saint Gilles par la flèche est un détail essentiel de son iconographie. Sur presque toutes les représentations médiévales, il apparaît avec la biche à ses pieds et une flèche plantée dans le bras ou la main. C’est cette blessure qui explique son patronage des estropiés et des handicaps physiques.