Saint Gontran : le roi mérovingien qui choisit la paix

Portrait de saint Gontran, roi mérovingien du VIe siècle, souverain pacifique de Bourgogne

Dans la famille mérovingienne, les frères s’entretuent, les épouses sont répudiées et les royaumes se déchirent. Gontran, petit-fils de Clovis et Clotilde, hérite d’un monde où le pouvoir se conquiert par le meurtre. Et pourtant, c’est lui qui va devenir le roi de la réconciliation — non pas parce qu’il était un saint dès le départ, mais parce qu’il a choisi de le devenir.

Un prince dans la guerre des frères

Gontran naît vers 532, fils du roi Clotaire Ier et de la reine Ingonde. À la mort de son père en 561, le royaume franc est partagé entre quatre frères : Caribert reçoit Paris, Gontran la Bourgogne, Sigebert l’Austrasie et Chilpéric la Neustrie. Ce partage, typiquement mérovingien, est une machine à produire des conflits. Les décennies qui suivent seront un enchevêtrement de guerres fratricides, d’assassinats et de vendettas — notamment la terrible rivalité entre les reines Brunehaut et Frédégonde, que Grégoire de Tours raconte avec une fascination horrifiée.

Gontran n’est pas un ange dans ce jeu sanglant. Jeune roi, il fait exécuter les médecins de son épouse Austrechilde, morte de maladie, parce qu’ils n’ont pas su la guérir. Il mène des guerres, trahit des alliances, agit en souverain de son temps. Mais contrairement à ses frères, Gontran est habité par le remords. Là où Chilpéric s’endurcit dans la cruauté, Gontran commence à regarder ses propres actes avec un malaise croissant.

La conversion d’un roi violent

Le tournant est progressif. Gontran se rapproche des évêques, fonde des monastères, protège les conciles. Il convoque le concile de Mâcon en 585, où il défend les droits des veuves et des orphelins — une préoccupation rare pour un roi mérovingien. Il adopte ses neveux orphelins au lieu de profiter de leur faiblesse pour étendre son territoire, geste politique mais aussi profondément humain.

Ce qui frappe chez Gontran, c’est la conscience de ses propres fautes. Grégoire de Tours, qui le connaît personnellement, rapporte qu’il pleure ses péchés passés et cherche à les réparer par la justice et la générosité. Il fait bâtir l’abbaye de Saint-Marcel près de Chalon-sur-Saône, sa capitale, et finance des hôpitaux. Le peuple l’appelle « le bon roi Gontran » — fait rare à une époque où les Mérovingiens inspirent davantage la terreur que l’affection.

Un pacificateur dans un monde de sang

Gontran meurt le 28 mars 592, après trente et un ans de règne. Il est enterré à Saint-Marcel de Chalon, où son tombeau devient rapidement un lieu de pèlerinage. Son culte se développe en Bourgogne, porté par la mémoire d’un roi qui, dans un siècle de fer, a tenté de gouverner avec justice.

Son histoire pose une question qui dépasse largement le VIe siècle : peut-on devenir bon après avoir fait le mal ? Gontran n’a pas été un saint malgré sa couronne, mais à travers elle. Il a utilisé son pouvoir non pour écraser, mais pour réparer. Dans la galerie des rois mérovingiens, entre les fratricides et les parjures, Gontran reste celui qui a choisi la paix — imparfaitement, tardivement, mais sincèrement.

Découvrez aussi Saint François d’Assise.

Le saviez-vous ?

  • Selon une légende rapportée au IXe siècle, Gontran s’endormit un jour en forêt. Son écuyer vit alors un petit animal — certaines versions disent un lézard, d’autres une belette — sortir de la bouche du roi endormi, traverser un ruisseau sur une épée posée en travers, et entrer dans une montagne. Le roi, réveillé, raconta qu’il avait rêvé d’un trésor caché sous une montagne. On creusa et on trouva effectivement un trésor.

  • Gontran est l’un des rares rois mérovingiens à être mort dans son lit, de mort naturelle. Dans une famille où le meurtre était presque un mode de succession, cette longévité paisible tient presque du miracle.

  • Le traité d’Andelot (587), négocié par Gontran avec son neveu Childebert II, est l’un des plus anciens textes diplomatiques francs conservés. Il réglait la succession des royaumes et tentait de mettre fin aux guerres fratricides — une ambition que l’histoire mérovingienne a malheureusement démentie.