Saint Joseph de Cupertino — Le franciscain qui volait, patron

Portrait de saint Joseph de Cupertino, franciscain du XVIIe siècle célèbre pour ses lévitations

Il flottait dans les airs. Littéralement. Devant des foules médusées, devant des évêques sceptiques, devant le pape lui-même. Plus de soixante-dix lévitations documentées, attestées par des dizaines de témoins. L’Église a mis des siècles à savoir quoi faire de Joseph de Cupertino — le frère que tout le monde trouvait trop bête, et qui s’élevait au-dessus de tous.

L’enfant que personne ne voulait

Giuseppe Maria Desa naquit en 1603 à Cupertino, dans les Pouilles, au sud de l’Italie. Son père, charpentier endetté, mourut avant sa naissance. Sa mère, exaspérée par cet enfant distrait et maladroit, le traitait avec dureté. À l’école, Giuseppe ne retenait rien. Il restait bouche bée au milieu d’une phrase, perdu dans des absences que son entourage prenait pour de la stupidité.

Il voulut entrer chez les Capucins. Refusé : trop maladroit, il cassait tout. Il tenta chez les Conventuels de Saint François d’Assise. On l’accepta comme garçon d’écurie. C’est dans l’étable, au milieu des mulets, que sa vocation commença véritablement.

Les extases qui dérangent

Ordonné prêtre presque par accident — l’examinateur lui posa la seule question qu’il connaissait —, Joseph commença à manifester des phénomènes extraordinaires. Pendant la messe, la prière, ou même une simple conversation sur Dieu, il entrait en extase et s’élevait du sol. Pas quelques centimètres : des témoins rapportent des vols au-dessus de l’autel, des élévations jusqu’à la cime des arbres.

Les premières réactions furent l’émerveillement. Puis vint l’embarras. Ses extases perturbaient les offices. Quand Joseph célébrait la messe, la foule se pressait pour assister au « spectacle », transformant la liturgie en attraction. Ses supérieurs lui interdirent de célébrer en public. On le déplaça de couvent en couvent, on le cacha. L’Inquisition elle-même l’interrogea, sans trouver de supercherie.

Un saint encombrant

Pendant trente-cinq ans, Joseph vécut en semi-réclusion. Interdit de réfectoire, interdit de processions, interdit de correspondre librement. Il accepta chaque restriction sans protester, avec une douceur qui contrastait avec la violence de ses transports mystiques. Saint Philippe Néri, autre mystique exubérant, avait connu des résistances similaires un siècle plus tôt.

Le duc Jean-Frédéric de Brunswick, prince luthérien, vint le voir par curiosité et se convertit au catholicisme après avoir été témoin d’une lévitation. Le pape Urbain VIII, qui le reçut en audience, le vit s’élever pendant leur conversation. Joseph mourut en 1663 à Osimo, dans les Marches, après une vie passée entre l’extase et l’effacement.

Il fut canonisé en 1767. Le XXe siècle lui trouva un patronage inattendu mais logique : celui des aviateurs, des astronautes et des pilotes. On l’invoque aussi comme patron des étudiants en difficulté — lui qui avait échoué partout, sauf dans l’essentiel. Saint Pio de Pietrelcina, autre mystique italien aux phénomènes extraordinaires, est souvent rapproché de lui.

Le saviez-vous ?

  • Le procès de canonisation de Joseph de Cupertino est l’un des plus documentés de l’histoire. Il contient les dépositions sous serment de plus de cent cinquante témoins oculaires de ses lévitations, dont des cardinaux, des ambassadeurs et des scientifiques de l’époque. Aucun n’a pu proposer d’explication naturelle.

  • Joseph ne contrôlait pas ses extases. Un simple mot — « Jésus », « Marie », le nom d’un saint — pouvait le projeter dans les airs au milieu d’un repas ou d’une conversation. Ses frères apprirent à éviter certains sujets en sa présence pour ne pas déclencher de lévitation imprévue.

  • L’expression italienne « volare come San Giuseppe » (voler comme Saint Joseph) est encore utilisée dans le sud de l’Italie. En 1753, un opéra bouffe napolitain mit en scène un personnage inspiré du saint volant, preuve que sa légende avait déjà imprégné la culture populaire moins d’un siècle après sa mort.