Saint Paul — De persécuteur à bâtisseur de l'Église universelle

Portrait de saint Paul, apôtre des Gentils du Ier siècle, auteur des grandes Épîtres

Avant de devenir le plus grand missionnaire du christianisme, il en était le persécuteur le plus acharné. L’histoire de Paul de Tarse est celle d’un retournement si radical qu’il a donné naissance à une expression : le « chemin de Damas ».

Saul, le persécuteur zélé

Il s’appelle d’abord Saul. Né vers l’an 5 à Tarse, en Cilicie — l’actuelle Turquie —, c’est un citoyen romain de naissance, un fait rare pour un Juif de province et qui lui sauvera la vie plus d’une fois. Formé à Jérusalem auprès du grand rabbin Gamaliel, il est pharisien convaincu, rigoureux dans l’observance de la Loi. Quand les premiers disciples de Jésus commencent à prêcher, Saul y voit une hérésie dangereuse. Il participe au lynchage d’Étienne, le premier martyr chrétien, en gardant les manteaux de ceux qui lancent les pierres.

Puis il obtient des lettres de mission pour traquer les chrétiens jusqu’à Damas. C’est Saint Pierre qui dirige alors la communauté naissante, et Saul veut la détruire.

La lumière de Damas

Ce qui se passe sur la route de Damas, vers l’an 34, est l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire religieuse. Une lumière aveuglante, une voix — « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » — et un homme qui tombe de cheval, aveugle pendant trois jours. Quand il recouvre la vue, grâce au disciple Ananie, Saul est devenu un autre homme. Le persécuteur est désormais un converti.

Ce qui frappe dans la conversion de Paul, c’est qu’elle ne le rend pas tiède. L’énergie qu’il mettait à persécuter, il la met maintenant à évangéliser. La même intensité, la même obstination — mais dans la direction opposée.

Trois voyages, un monde transformé

Pendant près de trente ans, Paul sillonne le bassin méditerranéen. Trois grands voyages missionnaires le mènent de Chypre à la Grèce, d’Éphèse à Corinthe, d’Antioche à Rome. Il fonde des communautés, organise, arbitre les conflits, et surtout il écrit. Ses quatorze épîtres — lettres aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates et aux autres — constituent une part considérable du Nouveau Testament et forment le socle de la théologie chrétienne.

Paul n’est pas un théoricien enfermé dans une tour d’ivoire. C’est un homme de terrain qui fabrique des tentes pour gagner sa vie, qui dort en prison, qui subit le fouet et le naufrage. Son parcours rappelle celui de Saint Michel dans un autre registre : un combat incessant, mais mené avec les armes de la parole.

L’héritage du théologien

L’apport de Paul est immense. C’est lui qui ouvre le christianisme aux non-Juifs — les « Gentils » — en affirmant que la foi en Christ suffit, sans qu’il soit nécessaire de suivre toute la Loi mosaïque. Cette position, défendue lors du concile de Jérusalem face à Saint Pierre lui-même, a littéralement changé le cours de l’histoire. Sans Paul, le christianisme serait probablement resté une secte juive parmi d’autres.

Arrêté à Jérusalem puis transféré à Rome en tant que citoyen romain, Paul y est décapité sous le règne de Néron, vers l’an 64-67. La tradition situe son martyre sur la Via Ostiense, où s’élève aujourd’hui la basilique Saint-Paul-hors-les-murs.

Il partage sa fête, le 29 juin, avec Pierre — le pêcheur de Galilée et le pharisien de Tarse, les deux colonnes de l’Église, aussi différents que complémentaires.

Prière à Saint Paul

Seigneur, toi qui as instruit le monde entier par la prédication de Saint Paul apôtre, accorde-nous, en ce jour où nous vénérons sa mémoire, d’avancer vers toi en imitant les exemples qu’il nous a laissés. Amen.

Le saviez-vous ?

  • Paul s’est échappé de Damas de manière rocambolesque : ses disciples l’ont descendu le long de la muraille dans un panier, de nuit, pour éviter les soldats qui gardaient les portes. Un départ peu glorieux pour celui qui allait parcourir des milliers de kilomètres.

  • Tentelier (fabricant de tentes) de métier, Paul a toujours refusé de vivre aux crochets des communautés qu’il évangélisait. Il insistait pour travailler de ses mains, un principe qu’il répétait dans ses lettres : « Celui qui ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. »

  • L’expression « chemin de Damas », utilisée pour désigner un revirement brutal de conviction, vient directement de l’épisode de la conversion de Paul. Elle est entrée dans le langage courant bien au-delà du monde chrétien.