Saint Ulric — Le premier saint canonisé par un pape

Portrait de saint Ulric d'Augsbourg, évêque du Xe siècle, défenseur contre les Magyars

Le 3 février 993, le pape Jean XV prend une décision sans précédent : il déclare solennellement qu’Ulric, ancien évêque d’Augsbourg mort vingt ans plus tôt, est un saint. Pour la première fois dans l’histoire de l’Église, un pape procède à une canonisation formelle. Avant Ulric, les saints étaient proclamés par acclamation populaire ou reconnaissance locale. Après lui, Rome s’en mêle.

L’enfant promis à l’Église

Ulric naît vers 890 dans une famille de la haute noblesse alémanique, les comtes de Dillingen. Dès l’âge de sept ans, il est envoyé à l’abbaye de Saint-Gall, l’un des grands centres intellectuels de l’Europe carolingienne. Il y reçoit une éducation soignée : latin, Écritures, liturgie. En 923, à la mort de l’évêque Hiltin, Ulric est choisi pour diriger le diocèse d’Augsbourg. Il a une trentaine d’années et un sens aigu du devoir.

L’Augsbourg qu’il hérite est une ville menacée. Le Xe siècle est l’époque des grandes invasions hongroises. Les cavaliers magyars ravagent régulièrement la Bavière et la Souabe. Les villes vivent dans la terreur de ces raids fulgurants. Ulric comprend qu’un évêque ne peut pas se contenter de prier — il doit aussi défendre.

La bataille du Lechfeld

Le 10 août 955, les Hongrois lancent leur plus grande offensive contre l’Occident. Une armée immense assiège Augsbourg. Ulric, qui a soixante-cinq ans, refuse de fuir. Les chroniques le décrivent chevauchant le long des remparts en habit épiscopal, sans armure, galvanisant les défenseurs. Il organise la résistance en attendant l’arrivée du roi Otton Ier, qui accourt avec ses troupes.

La bataille du Lechfeld, le lendemain, est une victoire décisive. Les Hongrois sont écrasés. Ils ne reviendront plus. C’est la fin de deux générations de terreur et le début de la christianisation de la Hongrie. Ulric, le vieil évêque qui a tenu bon, devient un héros.

Cinquante ans de service

Mais réduire Ulric à un épisode militaire serait injuste. Il a dirigé son diocèse pendant près de cinquante ans — un record pour l’époque. Il visite inlassablement ses paroisses, souvent à cheval malgré son âge. Il reconstruit les églises détruites par les raids. Il nourrit les pauvres. Il réforme le clergé avec une exigence tranquille.

Ses dernières années sont marquées par la maladie et l’épuisement. Presque aveugle, il continue de célébrer la messe quotidienne. Il meurt le 4 juillet 973, à plus de quatre-vingts ans. Sur son lit de mort, il fait répandre de la cendre en forme de croix sur le sol et s’y couche — un geste d’humilité finale qui impressionne profondément les témoins.

La canonisation qui fit date

Vingt ans plus tard, l’évêque Liutold d’Augsbourg demande au pape Jean XV de reconnaître officiellement la sainteté d’Ulric. Le 3 février 993, lors d’un synode à Rome, le pape prononce la première canonisation pontificale de l’histoire. Le document, la bulle Cum conventus esset, établit un précédent considérable : désormais, c’est le pape qui authentifie les saints.

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Le saviez-vous ?

  • Avant Saint Ulric en 993, il n’existait aucune procédure formelle de canonisation. Les saints étaient reconnus par la dévotion populaire ou par décision d’un évêque local. La canonisation d’Ulric marque le début du contrôle de Rome sur la fabrique des saints — un processus qui ne sera pleinement codifié qu’au XIIIe siècle.

  • La basilique Saint-Ulrich-et-Sainte-Afre d’Augsbourg est un cas unique : elle abrite sous un même toit une église catholique et une église luthérienne, séparées par un mur. Un symbole involontaire de la division née de la Réforme dans la ville même où fut signée la Confession d’Augsbourg en 1530.

  • Un faux document, la « lettre d’Ulric », circula au Moyen Âge pour défendre le droit des prêtres au mariage. Rédigé bien après la mort du saint, ce texte prétendait qu’Ulric s’était opposé au célibat ecclésiastique — une récupération posthume qui dit beaucoup sur les débats de l’époque.