Sainte Gladys : la reine galloise entre enlèvement et conversion

Portrait de sainte Gladys, reine galloise du VIe siècle, mère de saint Cadoc

Elle fut enlevée par un roi guerrier, lui donna un fils qui devint saint, puis le convainquit de tout abandonner pour vivre en ermites au bord de la Severn. L’histoire de Gladys ressemble à un roman médiéval gallois — sauf qu’elle est vraie, ou du moins que le Pays de Galles du Ve siècle l’a tenue pour vraie pendant quinze siècles.

L’enlèvement de la plus belle femme du Pays de Galles

Gladys — Gwladys en gallois — naît vers 450, fille de Brychan, roi de Brycheiniog (l’actuel Brecon). La tradition la décrit comme la plus belle femme du Pays de Galles, ce qui, dans le monde celte du Ve siècle, est moins un compliment qu’un danger.

Le roi Gwynllyw de Gwynllwg — un seigneur de guerre au tempérament volcanique — la voit, en tombe amoureux et la demande en mariage. Le père refuse. Gwynllyw fait ce que font les rois celtes contrariés : il rassemble ses guerriers et enlève Gladys de force. La légende ajoute un détail savoureux : le roi Arthur lui-même serait intervenu, non pour empêcher l’enlèvement, mais pour négocier un compromis entre les deux familles. Le Pays de Galles du Ve siècle n’est pas un endroit pour les âmes délicates.

Une famille de violence et de foi

Le couple s’installe à Stow Hill, près de l’actuelle Newport. Gwynllyw est un pillard notoire — il razzie le bétail de ses voisins et mène des expéditions guerrières régulières. Gladys partage cette vie rude. On est loin de l’image convenue de la sainte en prière.

Mais leur fils Cadoc change tout. Né de cette union tumultueuse, Cadoc est confié très jeune à un maître chrétien et devient l’un des plus grands saints du Pays de Galles. La tradition rapporte que c’est Cadoc qui, devenu adulte, commença à travailler la conscience de ses parents. Il refusa un jour de recevoir du bétail volé que son père voulait lui offrir pour son monastère, disant qu’il préférait la pauvreté à un bien mal acquis.

La conversion spectaculaire

Le tournant survient quand Gwynllyw fait un rêve : un ange lui ordonne de chercher un bœuf blanc tacheté sur la colline de Stow. Il le trouve. Le signe est clair — du moins pour un esprit médiéval. Le roi guerrier décide de se convertir. Il renonce à la violence, distribue une partie de ses biens et se fait baptiser.

Mais Gladys va plus loin que son mari. Non contente de la conversion, elle le convainc qu’ils doivent vivre séparés, en ermites, consacrant le reste de leur vie à la prière et à la pénitence. Gwynllyw s’installe au sommet de Stow Hill. Gladys se retire un peu plus loin, au bord de la rivière, dans un lieu appelé Pencarnau.

La vie d’ermite de Gladys est radicale. Selon la tradition, elle se baignait chaque nuit dans les eaux glacées de la Severn, été comme hiver, en forme de pénitence. Son fils Saint Cadoc s’inquiéta de ces austérités excessives et lui demanda de modérer ses mortifications. Gladys accepta — mais pas sans avoir fait remarquer qu’elle était parfaitement capable de décider elle-même de ses pratiques spirituelles.

L’héritage d’une reine devenue ermite

Gladys meurt vers 500, probablement à Pencarnau. La cathédrale Saint-Woolos de Newport — « Woolos » étant la forme anglicisée de Gwynllyw — perpétue la mémoire de son mari. Quant à Gladys elle-même, plusieurs églises galloises lui sont dédiées sous le nom de « Saint Gwladys ».

Son histoire est typique du christianisme celtique : pas de structures rigides, pas de hiérarchie lourde, mais des conversions spectaculaires, des familles entières basculant de la violence à la prière, et des femmes qui mènent le jeu spirituel autant que les hommes.

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Le saviez-vous ?

  • Le fils de Gladys, Saint Cadoc, fonda le monastère de Llancarfan, l’un des centres intellectuels les plus importants du Pays de Galles médiéval. Il y enseigna la théologie, la grammaire et les sciences — un véritable précurseur des universités.
  • Le roi Gwynllyw, mari de Gladys, est vénéré comme saint au Pays de Galles sous le nom de Saint Woolos. Le couple forme l’une des rares paires de conjoints tous deux canonisés dans l’hagiographie celtique.
  • La légende de l’intervention du roi Arthur dans l’enlèvement de Gladys est l’une des plus anciennes mentions d’Arthur dans les textes gallois. Elle figure dans la Vita Cadoci, rédigée vers 1075 par le moine Lifris.