Sainte Marguerite de Hongrie — La princesse offerte à Dieu

Portrait de sainte Marguerite de Hongrie, princesse dominicaine du XIIIe siècle

Avant même de naître, son destin était scellé. En 1242, alors que les hordes mongoles dévastent la Hongrie et que le roi Béla IV fuit de château en château, le souverain fait un vœu désespéré : si Dieu sauve son royaume, il consacrera l’enfant que porte la reine. L’enfant naît, les Mongols se retirent, et une petite fille de trois ans est remise aux dominicaines. Elle s’appelle Marguerite, et elle n’a jamais eu le choix.

Un vœu royal, un destin imposé

Le contexte est apocalyptique. En 1241, l’armée mongole de Batou Khan écrase les forces hongroises à la bataille de Mohi. Le roi Béla IV fuit jusqu’en Dalmatie. Le pays est ravagé : on estime qu’un quart à la moitié de la population périt. C’est dans cet effondrement que naît Marguerite, en 1242, probablement dans la forteresse de Klis, en Croatie.

Le vœu de Béla est exaucé : les Mongols se retirent brutalement en 1242, rappelés en Asie par la mort du grand khan Ogodei. Le roi tient parole. À trois ans, la petite Marguerite est confiée au couvent dominicain de Veszprém. À dix ans, elle est transférée dans un monastère construit spécialement pour elle sur une île du Danube, face à Buda — l’île qui porte aujourd’hui son nom, l’île Marguerite à Budapest.

Une ascèse qui effraie ses contemporains

Ce qui frappe dans les témoignages du procès de canonisation, recueillis auprès des sœurs qui vécurent avec elle, c’est la radicalité de Marguerite. Elle refuse tout privilège lié à son rang. Elle porte les vêtements les plus grossiers, effectue les tâches les plus répugnantes du couvent — nettoyer les latrines, soigner les malades les plus repoussants –, et pratique des mortifications qui inquiètent même ses supérieures.

Son père, qui a d’autres projets pour elle, tente à plusieurs reprises de la sortir du couvent pour la marier. Le roi de Bohême Ottokar II la demande en mariage, offre des conditions extraordinaires. Marguerite refuse catégoriquement. Selon les chroniques, elle menace de se couper le nez et les lèvres plutôt que de quitter le couvent. Béla IV, stupéfait, finit par céder.

Cette intransigeance pose question. Marguerite a-t-elle véritablement choisi sa vocation, ou s’est-elle approprié avec une intensité féroce le seul destin qu’on lui avait laissé ? Les historiens en débattent encore. Ce qui est certain, c’est que sa détermination force le respect de ses contemporains autant qu’elle les dérange.

Une mort précoce, une mémoire vivace

Marguerite meurt le 18 janvier 1270, à vingt-huit ans seulement, épuisée par ses austérités. Sa mort provoque une vague de dévotion populaire immédiate. Les miracles rapportés sur sa tombe sont si nombreux que son frère, le roi Étienne V, lance une procédure de canonisation dès 1276. Mais les aléas politiques et les exigences de Rome retardent le processus pendant… sept siècles.

Ce n’est qu’en 1943 que Pie XII la canonise enfin, en pleine Seconde Guerre mondiale, alors que la Hongrie traverse une nouvelle catastrophe historique. Le symbole n’échappe à personne : la sainte qui avait été offerte pour sauver son pays des Mongols est canonisée alors que ce même pays affronte un nouveau désastre.

L’île Marguerite, au cœur de Budapest, reste l’un des lieux les plus visités de la capitale hongroise. Les ruines du couvent dominicain y sont encore visibles, témoignage silencieux d’une vie brève et incandescente.

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Le saviez-vous ?

  • L’île Marguerite à Budapest, l’un des espaces verts les plus populaires de la capitale hongroise, tire son nom directement de Sainte Marguerite. Les ruines de son couvent dominicain sont encore visibles au centre de l’île et constituent un lieu de pèlerinage.

  • Le procès de canonisation de Marguerite est l’un des plus longs de l’histoire : commencé en 1276, il n’aboutit qu’en 1943, soit 667 ans plus tard. Les documents du procès médiéval, miraculeusement conservés, donnent à voir la vie quotidienne dans un couvent du XIIIe siècle avec une précision que l’on trouve rarement dans les sources de l’époque.

  • Marguerite refusa au moins deux propositions de mariage royal, dont celle du puissant roi de Bohême Ottokar II. À une époque où les princesses n’avaient aucun pouvoir sur leur destin matrimonial, son refus obstiné constitue un acte de résistance notable.