Saints Anne et Joachim — Les grands-parents oubliés de Jésus

Portrait de saints Anne et Joachim, parents de la Vierge Marie, Ier siècle

Ils ne sont mentionnés nulle part dans les Évangiles. Pas un mot, pas une ligne. Et pourtant, sans Anne et Joachim, pas de Marie, pas de Nativité, pas de christianisme tel qu’on le connaît. Leur histoire, transmise par un texte apocryphe du IIe siècle, raconte quelque chose d’universel : l’attente d’un enfant qui ne vient pas, la honte d’un couple stérile dans une société qui ne pardonne pas, et un espoir que rien ne parvient à éteindre.

Un couple sans enfant

Tout ce que nous savons d’Anne et Joachim vient du Protévangile de Jacques, écrit vers 150 après Jésus-Christ. Ce texte apocryphe, non retenu dans le canon biblique mais largement diffusé dans la chrétienté, raconte leur épreuve. Joachim est un homme riche et pieux de Nazareth. Anne est son épouse. Ils ont tout, sauf l’essentiel : un enfant.

Dans la société juive de l’époque, la stérilité est un déshonneur. Quand Joachim se présente au Temple pour offrir un sacrifice, un prêtre le repousse : ses offrandes ne sont pas dignes, dit-il, puisque Dieu ne lui a pas accordé de descendance. Humilié, Joachim se retire dans le désert, parmi les bergers. Anne, restée seule, pleure dans son jardin.

Ce récit touche parce qu’il parle d’une douleur que toutes les époques connaissent. La stérilité comme blessure intime, le jugement social qui s’y ajoute, la solitude de ceux qui attendent ce qui ne vient pas. Anne et Joachim ne sont pas des héros épiques — ce sont un couple ordinaire dans une épreuve ordinaire.

La Porte Dorée

Un ange apparaît à chacun d’eux séparément. À Anne dans son jardin, à Joachim dans le désert. Le message est le même : votre prière a été entendue, vous aurez une fille. Ils se retrouvent à la Porte Dorée de Jérusalem. Giotto a peint cette scène avec une tendresse extraordinaire dans la chapelle des Scrovegni à Padoue : deux vieux époux qui s’embrassent, le visage illuminé par le soulagement et la joie.

L’enfant qui naît, c’est Marie. Et Marie, présentée au Temple à l’âge de trois ans selon le Protévangile, deviendra la mère de Jésus. Anne et Joachim sont donc, dans la tradition chrétienne, les grands-parents du Christ. Saint Joseph, l’autre figure silencieuse de la Nativité, partage avec eux cette présence discrète mais indispensable.

Sainte Anne, patronne universelle

Le culte de Sainte Anne explose au Moyen Âge. Elle devient patronne des mères, des grands-mères, des femmes enceintes, des veuves, des brodeuses, des ébénistes. En Bretagne, son culte prend une ampleur particulière. Le pèlerinage de Sainte-Anne-d’Auray, fondé au XVIIe siècle après les apparitions rapportées par un paysan nommé Yvon Nicolazic, est aujourd’hui le plus grand pèlerinage de Bretagne — et l’un des plus importants de France.

Joachim, longtemps resté dans l’ombre de son épouse, a retrouvé sa place en 1969, quand le calendrier liturgique a réuni les deux époux en une fête commune le 26 juillet. Ce choix dit quelque chose de profond : on ne raconte pas Anne sans Joachim, ni Joachim sans Anne. Leur histoire est celle d’un couple, pas de deux individus.

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Le saviez-vous ?

  • Sainte Anne est la patronne de la province canadienne du Québec. La basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré, près de Québec, est l’un des plus importants sanctuaires d’Amérique du Nord. Elle accueille chaque année plus d’un million de visiteurs — une dévotion qui remonte aux premiers colons bretons du XVIIe siècle.

  • Le prénom Anne est l’un des plus portés dans l’histoire de l’humanité. En hébreu, Hannah signifie « grâce » ou « faveur ». La mère du prophète Samuel, dans l’Ancien Testament, porte le même prénom et vit la même épreuve de stérilité — un parallèle que l’auteur du Protévangile a certainement construit à dessein.

  • Léonard de Vinci a consacré l’un de ses chefs-d’œuvre à cette famille : la Vierge, l’Enfant Jésus et Sainte Anne (vers 1503), aujourd’hui au Louvre. Anne y est représentée étonnamment jeune, presque du même âge que sa fille — un choix qui a intrigué des générations d’historiens de l’art, y compris Sigmund Freud qui y a consacré une étude.