Saint Marc — L'évangéliste au lion ailé, de Jérusalem à Venise

Portrait de saint Marc, évangéliste du Ier siècle, fondateur de l'Église d'Alexandrie

Son Évangile est le plus court, le plus nerveux, le plus urgent des quatre. Pas de généalogie, pas de longue introduction — Marc commence par un cri dans le désert et ne s’arrête plus. Comme si le temps pressait, comme si l’essentiel ne pouvait pas attendre. C’est peut-être pour cela que son texte est aussi le plus ancien : quand on a quelque chose de brûlant à dire, on ne fait pas de préambule.

Le jeune homme de Jérusalem

Marc — Jean-Marc de son nom complet — est un juif de Jérusalem. Sa mère, Marie, possède une maison dans la ville où les premiers chrétiens se réunissent. C’est probablement là que Saint Pierre se réfugie après sa miraculeuse sortie de prison. Marc grandit donc au cœur même de la première communauté chrétienne, témoin direct des débuts d’un mouvement qui va bouleverser le monde.

Il accompagne d’abord Saint Paul et son cousin Barnabé dans leur premier voyage missionnaire. Mais en Pamphylie, Marc fait demi-tour. Paul ne le lui pardonne pas — le conflit est si vif qu’il provoque une séparation entre Paul et Barnabé. Ce détail, loin d’être anecdotique, montre un Marc très humain : un jeune homme qui doute, qui recule, avant de trouver sa voie.

Car Marc se retrouve finalement auprès de Pierre, à Rome. C’est là que tout bascule. Pierre, le pêcheur de Galilée, raconte. Marc, lui, écoute et écrit. L’Évangile de Marc, rédigé probablement entre 65 et 70, est essentiellement le témoignage de Pierre mis en forme par la plume de Marc. Un récit rapide, concret, plein de détails visuels que seul un témoin oculaire comme Pierre pouvait fournir.

D’Alexandrie à Venise : le voyage d’un corps

La tradition fait de Marc le fondateur de l’Église d’Alexandrie, en Égypte — l’un des plus prestigieux sièges épiscopaux de l’Antiquité chrétienne. Il y aurait été martyrisé vers 68, traîné dans les rues de la ville attaché à un cheval.

Mais l’histoire la plus extraordinaire de Marc survient huit siècles après sa mort. En 828, deux marchands vénitiens se rendent à Alexandrie et dérobent les reliques du saint. Pour les faire passer la douane musulmane, ils les dissimulent sous des morceaux de porc — un aliment que les contrôleurs refusent de toucher. Le stratagème fonctionne. Les reliques arrivent à Venise, où l’on construit la basilique Saint-Marc pour les accueillir.

Venise fait de Marc son patron, et du lion ailé — son symbole évangélique — l’emblème de la République. Ce lion figure encore aujourd’hui sur le drapeau de la Vénétie et sur d’innombrables monuments de l’ancienne puissance maritime.

Un Évangile pour notre temps

Saint Luc est le médecin, le lettré. Marc est le reporter. Son texte ne cherche pas l’élégance — il cherche l’impact. « Aussitôt » est son mot favori, utilisé plus de quarante fois. Jésus, chez Marc, ne s’arrête jamais : il guérit, enseigne, marche, confronte. Ce rythme haletant parle étonnamment à notre époque pressée, habituée aux récits courts et percutants.

Prière à Saint Marc

Saint Marc, toi qui as transmis avec fidélité le témoignage de Pierre et porté la Bonne Nouvelle jusqu’en Égypte, donne-nous le courage d’annoncer l’Évangile par nos paroles et par nos actes. Que ton exemple nous rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour trouver sa voie au service du Christ. Amen.

Le saviez-vous ?

  • Le vol des reliques de Saint Marc en 828 est si célèbre à Venise qu’il est représenté en mosaïque sur la façade même de la basilique Saint-Marc. Les Vénitiens n’ont jamais eu honte de ce larcin sacré — ils le considéraient comme un acte providentiel.

  • Marc est souvent identifié au « jeune homme vêtu d’un drap » qui s’enfuit nu lors de l’arrestation de Jésus à Gethsémani (Marc 14:51-52). Ce détail, absent des autres Évangiles, serait une sorte de signature discrète de l’auteur se glissant dans son propre récit.

  • Le lion ailé de Saint Marc est omniprésent bien au-delà de Venise. On le retrouve à Chypre, en Crète, en Dalmatie et dans toutes les anciennes possessions vénitiennes. La compagnie d’assurance Generali l’a même adopté comme logo — Marc est probablement le seul évangéliste à figurer sur des polices d’assurance.