Saint Robert Bellarmin : le jésuite qui dialogua avec Galilée

En 1616, un petit cardinal de soixante-quatorze ans — si frêle que ses vêtements semblent trop grands pour lui — reçoit dans son bureau un astronome florentin qui affirme que la Terre tourne autour du Soleil. Le cardinal s’appelle Robert Bellarmin. L’astronome s’appelle Galilée. Leur conversation est l’un des moments où l’histoire des rapports entre science et foi se joue sur quelques phrases échangées derrière une porte close.
Le petit homme de Montepulciano
Roberto Bellarmino naît le 4 octobre 1542 à Montepulciano, en Toscane. Sa mère est la sœur du futur pape Marcel II — un pontificat éclair de vingt-deux jours. Le garçon est brillant, chétif, doué d’une mémoire prodigieuse. À dix-huit ans, il entre dans la toute jeune Compagnie de Jésus, fondée par Ignace de Loyola seulement vingt ans plus tôt.
Les jésuites détectent vite son talent. Il étudie à Padoue et à Louvain, où il devient le premier jésuite à enseigner la théologie à l’université. Ses cours attirent des foules, y compris des protestants curieux. Car Bellarmin est d’abord un polémiste — mais d’un genre nouveau : il lit ses adversaires avec respect, expose leurs arguments fidèlement avant de les réfuter. Sa méthode est si honnête que les protestants font traduire ses Controverses pour les utiliser dans leurs propres universités.
Le théologien de la Contre-Réforme
Les Disputationes de Controversiis, publiées entre 1586 et 1593, sont l’œuvre maîtresse de Bellarmin : une somme qui passe en revue tous les points de désaccord entre catholiques et protestants. L’ouvrage est brûlé dans certaines villes réformées — et déplaît aussi à certains catholiques, car Bellarmin y limite les pouvoirs temporels du pape, affirmant que le souverain pontife n’a qu’un pouvoir indirect sur les affaires politiques.
Nommé cardinal en 1599, Bellarmin vit avec une austérité qui surprend. Il donne ses rideaux aux pauvres (« les murs n’attrapent pas froid »), mange frugalement, et reverse l’essentiel de ses revenus. Quand Saint François de Sales le rencontre, il est frappé par sa simplicité.
L’affaire Galilée
C’est la rencontre avec Galilée qui a gravé Bellarmin dans la mémoire universelle. En 1616, le Saint-Office examine la thèse de Copernic. Bellarmin est chargé de notifier à Galilée qu’il ne doit plus enseigner l’héliocentrisme comme une vérité prouvée — il peut en parler comme d’une hypothèse mathématique.
Ce qui frappe, c’est la nuance de Bellarmin. Dans une lettre célèbre, il écrit : « Si l’on prouvait réellement que le Soleil est au centre du monde, il faudrait interpréter les Écritures avec grande prudence. » C’est une porte ouverte : Bellarmin n’est pas un obscurantiste, il demande des preuves. En 1616, la preuve définitive de l’héliocentrisme n’existe pas encore.
Bellarmin meurt le 17 septembre 1621, douze ans avant la condamnation de Galilée en 1633. Il est déclaré Docteur de l’Église en 1931.
Le saviez-vous ?
- Bellarmin a écrit un petit catéchisme devenu le plus utilisé de l’Église catholique pendant trois siècles. Traduit en soixante langues, il a été le principal outil d’instruction religieuse jusqu’au XXe siècle.
- Sa canonisation a été retardée de trois siècles, en partie à cause de ses thèses sur le pouvoir indirect du pape. Il ne fut béatifié qu’en 1923 et canonisé en 1930 — un délai étonnamment long pour un théologien de cette envergure.
- Bellarmin mesurait à peine un mètre cinquante et était si maigre qu’on raconte qu’il disparaissait dans ses vêtements de cardinal. Un témoin rapporte que, devenu cardinal, il continuait à raccommoder lui-même ses habits usés.