Saint Simon le Cananéen — L'apôtre zélote dont on ne sait rien

Ils étaient douze autour de la table. Pierre le pêcheur impulsif, Matthieu le collecteur d’impôts honni, Jean le mystique. Et puis il y avait Simon, celui que les Évangiles appellent « le Cananéen » ou « le Zélote » — deux mots qui disent la même chose en araméen et en grec : le passionné, le radical. Que faisait un ancien résistant armé dans le groupe de Jésus ? Et pourquoi les textes sont-ils si silencieux sur lui ?
Le surnom qui dit tout
« Zélote » n’est pas un compliment neutre dans la Palestine du Ier siècle. Les Zélotes sont un mouvement politico-religieux qui refuse l’occupation romaine et prône la résistance armée. Ils assassinent des collaborateurs, refusent de payer l’impôt à César, attendent un Messie guerrier qui chassera les légions. Quarante ans après la mort de Jésus, ce sont eux qui déclencheront la Grande Révolte juive de 66-70, qui aboutira à la destruction du Temple.
Simon était-il un membre actif de ce mouvement avant de suivre Jésus ? Le Nouveau Testament ne le dit pas explicitement, mais son surnom est éloquent. Et sa présence dans le groupe apostolique crée une tension qui saute aux yeux dès qu’on lit les listes d’apôtres : il côtoyait chaque jour Matthieu, ancien percepteur au service de Rome — c’est-à-dire l’exact opposé de tout ce qu’un Zélote détestait. L’un avait collaboré avec l’occupant, l’autre avait voulu le combattre. Jésus les avait mis ensemble.
Un silence assourdissant
Les Évangiles mentionnent Simon dans les listes d’apôtres — et c’est à peu près tout. Pas un dialogue, pas un épisode, pas une question posée au Christ. Ce silence est rare : même Thomas, réputé discret, a droit à sa scène de doute. Simon, lui, reste une silhouette.
C’est la tradition qui prend le relais. Selon les récits apocryphes et les traditions orientales, Simon aurait prêché en Égypte, puis en Perse, en compagnie de Saint Jude — l’autre apôtre méconnu. Ensemble, ils auraient converti des foules et affronté des mages zoroastriens. Leur mort, selon la tradition la plus répandue, fut violente : Simon aurait été scié en deux, Jude frappé d’une massue. C’est pourquoi l’iconographie représente Simon avec une scie — son attribut le plus reconnaissable.
Ce que dit le silence
Que retenir d’un saint dont on ne sait presque rien ? Peut-être justement cela : que la sainteté n’a pas besoin de biographie. Simon a été choisi par Jésus — les Évangiles sont formels là-dessus. Il a tout quitté pour le suivre, y compris, si son surnom dit vrai, une cause politique à laquelle il croyait avec passion. Il a accepté de vivre aux côtés de Matthieu le publicain, de partager le pain avec l’ennemi de classe.
L’Église d’Orient l’a toujours vénéré avec ferveur. En Occident, il partage sa fête du 28 octobre avec Saint Jude, comme s’ils étaient inséparables dans la mort comme dans la mission. Leur binôme rappelle que la foi chrétienne des origines ne s’est pas diffusée par des personnalités médiatiques, mais par des hommes obscurs qui ont marché, prêché et souvent péri loin de chez eux, sans laisser de trace écrite.
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Le saviez-vous ?
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Le mot « Cananéen » dans les Évangiles de Matthieu et Marc ne désigne pas un habitant de Canaan, mais vient de l’araméen qan’an qui signifie « zélé » ou « jaloux ». C’est l’exact équivalent du grec zelotes utilisé par Luc. Les deux surnoms disent la même chose.
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Simon est le saint patron des bûcherons et des scieurs de long, en raison de l’instrument de son martyre. En Flandre médiévale, la corporation des scieurs célébrait sa fête avec une procession où l’on portait une grande scie dorée.
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Certaines traditions orientales, notamment en Géorgie et en Arménie, affirment que Simon le Zélote a prêché dans le Caucase. Une église lui est dédiée à Nicopsia (actuelle Abkhazie), où il aurait été enseveli. La Géorgie le considère comme l’un de ses évangélisateurs.