Saint Étienne — Le premier martyr dont la mort changea l'histoire

Portrait de saint Étienne, premier martyr chrétien, premier diacre, an 36

Le lendemain de Noël, l’Église célèbre un homme qui fut tué à coups de pierres. Le contraste est voulu. Étienne, premier chrétien à mourir pour sa foi, inaugure une longue lignée de témoins par le sang — et sa mort, par un étrange retournement, fera naître le plus grand missionnaire de l’histoire.

Un diacre aux portes de l’histoire

Nous sommes à Jérusalem, quelques mois ou quelques années après la Crucifixion. La communauté chrétienne naissante grandit et s’organise. Des tensions apparaissent entre chrétiens d’origine juive « hébreux » et chrétiens de culture grecque « hellénistes » : ces derniers estiment que leurs veuves sont négligées dans la distribution quotidienne de nourriture.

Les apôtres — Saint Pierre en tête — décident de nommer sept hommes pour gérer ces questions matérielles, afin de se consacrer à la prière et à la prédication. Étienne est le premier nommé. Le livre des Actes des Apôtres le décrit comme « un homme plein de foi et d’Esprit saint ». Son nom, Stephanos en grec, signifie « couronne » — une ironie prophétique que l’histoire retiendra.

Mais Étienne ne se contente pas de distribuer la nourriture. Il prêche, il argumente, il accomplit des signes. Son éloquence est telle que ses adversaires, incapables de le contrer dans le débat, recourent à de faux témoins pour l’accuser de blasphème devant le Sanhédrin.

Le discours qui scella son sort

Traduit devant le tribunal, Étienne prononce le plus long discours rapporté dans les Actes des Apôtres. Il retrace toute l’histoire d’Israël — Abraham, Moïse, David, Salomon — pour montrer que le peuple a toujours résisté à l’Esprit saint et persécuté ses prophètes. La conclusion est cinglante : « Nuques raides et oreilles incirconcises, vous résistez toujours à l’Esprit saint ! »

La réaction est immédiate. L’assemblée « grince des dents » de fureur. Étienne, levant les yeux, déclare voir les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. C’en est trop. On le traîne hors de la ville et la lapidation commence.

« Seigneur, ne leur compte pas ce péché »

Les paroles d’Étienne mourant font délibérément écho à celles de Jésus sur la croix. Comme son maître, il pardonne à ses bourreaux en expirant. Le récit des Actes ajoute un détail qui changera le monde : « Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. »

Ce Saul, qui approuve la mort d’Étienne et participera ensuite à la persécution des chrétiens de Jérusalem, deviendra Saint Paul — l’apôtre des nations, l’évangélisateur de l’Empire romain, l’auteur d’un tiers du Nouveau Testament. Sans Étienne, pas de Paul ? La théologie chrétienne n’ose pas l’affirmer avec certitude, mais Saint Augustin, au Ve siècle, écrira cette formule saisissante : « Si Étienne n’avait pas prié, l’Église n’aurait pas eu Paul. »

La date de sa mort est inconnue, mais l’Église la célèbre le 26 décembre, au lendemain de la Nativité, comme pour rappeler que la naissance du Sauveur appelle, dès le premier instant, le témoignage qui va jusqu’au bout. Saint Laurent de Rome, diacre comme lui, reprendra trois siècles plus tard le flambeau du martyre avec la même audace.

Le saviez-vous ?

  • Le mot « martyr » vient du grec martys, qui signifie simplement « témoin ». Étienne est donc, au sens étymologique, le premier « témoin » du christianisme par le sang. Le mot n’a pris son sens actuel de « personne qui meurt pour sa foi » qu’à cause d’hommes comme lui.
  • En 415, des reliques attribuées à Saint Étienne furent découvertes à Caphar Gamala, près de Jérusalem, à la suite d’un rêve d’un prêtre nommé Lucien. La nouvelle fit sensation dans tout l’Empire romain et provoqua une vague de dévotion qui conduisit à la construction de dizaines d’églises dédiées au protomartyr.
  • La ville de Saint-Étienne, en France, qui compte plus de 170 000 habitants, porte son nom. C’est la plus grande ville française portant un nom de saint, devant Saint-Denis et Saint-Nazaire — preuve que le culte du protomartyr s’est profondément enraciné dans la culture française.