Sainte Catherine d'Alexandrie — La philosophe qui fit taire Rome

Portrait de sainte Catherine d'Alexandrie, vierge martyre du IVe siècle, patronne des philosophes

Elle avait dix-huit ans, la culture d’une académicienne et l’audace d’une rebelle. Face à cinquante philosophes envoyés pour la réduire au silence, Catherine d’Alexandrie n’a pas reculé d’un pas. Elle les a tous convaincus. Dans un monde antique où les femmes ne prenaient pas la parole en public, cette jeune Égyptienne a parlé — et un empire l’a écoutée.

Une aristocrate face à l’empereur

Nous sommes à Alexandrie, vers 305, sous le règne de l’empereur Maxence (ou Maximien, selon les sources). Catherine est née dans l’aristocratie alexandrine. Instruite en philosophie, en rhétorique et en sciences — ce que seules quelques aristocrates alexandrines pouvaient se permettre dans l’Antiquité — elle se convertit au christianisme après une vision mystique dans laquelle le Christ lui apparaît.

Quand l’empereur visite Alexandrie et ordonne des sacrifices aux dieux païens, Catherine refuse et se présente devant lui pour défendre sa foi. Maxence, stupéfait par l’éloquence de cette jeune fille, convoque cinquante des meilleurs philosophes de l’Empire pour la confondre. C’est le contraire qui se produit. Non seulement Catherine résiste à leurs arguments, mais elle les convainc un à un. Les cinquante philosophes se convertissent. L’empereur, furieux, les fait brûler vifs.

La roue brisée

L’empereur tente alors la séduction : il propose à Catherine de devenir impératrice si elle renonce à sa foi. Elle refuse. C’est la que commence le supplice. On fait construire une machine terrible — une roue garnie de pointes acérées destinée à déchiqueter son corps. Mais au moment où la roue touche Catherine, elle se brise miraculeusement, blessant les bourreaux eux-mêmes.

La « roue de Sainte Catherine » est devenue l’un des attributs les plus reconnaissables de l’iconographie chrétienne. C’est aussi l’origine du feu d’artifice appelé « catherine wheel » en anglais — cette roue enflammée qui tourne sur elle-même. Sainte Agnès de Rome, autre vierge martyre de la même époque, partage avec Catherine cette capacité à transformer un instrument de torture en symbole de résistance.

Catherine finit décapitée. La légende rapporte que du lait — et non du sang — coula de sa blessure, signe traditionnel de pureté.

La voix de Jeanne d’Arc

Huit siècles plus tard, dans un village de Lorraine, une jeune bergère de treize ans entend des voix. Sainte Jeanne d’Arc affirmera toute sa vie que trois saints lui parlaient : l’archange Michel, Sainte Marguerite et Sainte Catherine d’Alexandrie. C’est Catherine, dit-elle, qui lui donne des conseils concrets, qui la guide dans ses décisions militaires et politiques.

Ce lien entre les deux femmes — la philosophe d’Alexandrie et la guerrière de Domrémy — n’a cessé d’intriguer les historiens. Toutes deux sont jeunes, toutes deux affrontent un pouvoir masculin qui les dépasse, toutes deux refusent de se taire. Catherine inspire Jeanne comme elle a inspiré des générations d’étudiants et de penseurs.

Car Catherine est la patronne des philosophes, des théologiens, des étudiants et des bibliothécaires. Saint Thomas d’Aquin, le plus grand théologien du Moyen Âge, la comptait parmi ses modèles. De nombreuses universités médiévales ont été placées sous sa protection. Le 25 novembre, les « Catherinettes » — les jeunes femmes de 25 ans non encore mariées — portaient traditionnellement un chapeau extravagant en son honneur.

Le saviez-vous ?

  • Le monastère Sainte-Catherine du Sinaï, au pied du mont Moïse en Égypte, est l’un des plus anciens monastères chrétiens au monde (VIe siècle). Selon la tradition, les anges auraient transporté le corps de Catherine d’Alexandrie jusqu’au sommet du mont Sinaï. Le monastère abrite l’une des plus importantes bibliothèques de manuscrits anciens au monde.

  • La tradition des Catherinettes, le 25 novembre, remonte au Moyen Âge. Les jeunes femmes célibataires de 25 ans « coiffaient Sainte Catherine » — c’est-à-dire posaient un chapeau sur la statue de la sainte. Cette coutume a survécu dans la haute couture parisienne, où les maisons de mode organisent encore chaque année un concours du plus beau chapeau de Catherinette.

  • L’existence historique de Catherine d’Alexandrie est débattue par les historiens. L’Église catholique a retiré sa fête du calendrier liturgique universel en 1969, avant de la rétablir en 2002 comme mémoire facultative. Historique ou non, son influence culturelle est, elle, absolument indiscutable.