Je crois en Dieu (Credo) — Texte et explication du Symbole

Douze articles, quelques dizaines de mots, et pourtant tout y est : la création du monde, la naissance d’un enfant dans une province romaine, une mort sur une croix, une résurrection et la promesse d’une vie qui ne finit pas. Le Credo est le résumé le plus dense de la foi chrétienne — récité chaque dimanche par des centaines de millions de croyants depuis le IVe siècle.
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l’Esprit Saint, à la sainte Église catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen.
En pratique
Intention : Profession de foi, ancrage dans le Credo
Quand prier : Chaque dimanche, au baptême, dans le doute
Comment prier : Debout, en communauté ou seul
Le Credo — du latin credo, « je crois » — est la profession de foi que prononcent les chrétiens pour exprimer l’essentiel de ce qu’ils croient. Ce n’est ni une prière de demande ni un chant de louange : c’est une déclaration, un acte d’adhésion personnelle à un ensemble de vérités transmises depuis les premiers siècles de l’Église. On le récite à chaque messe dominicale, au baptême, au chapelet, et dans bien d’autres circonstances de la vie chrétienne. Il existe deux versions principales. La plus ancienne et la plus courte est le Symbole des Apôtres, dont la forme actuelle remonte au VIIIe siècle mais dont le noyau est bien antérieur. La seconde, plus développée, est le Symbole de Nicée-Constantinople, adopté aux conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381), et c’est celle que l’on entend à la messe. Comprendre le Credo, c’est tenir entre ses mains la carte d’identité de la foi chrétienne.
Je crois en Dieu — Symbole des Apôtres (texte complet)
Le Symbole des Apôtres est la version la plus connue, celle que l’on apprend au catéchisme et que l’on récite au chapelet. Son nom vient d’une légende tenace selon laquelle chacun des douze apôtres en aurait rédigé un article avant de se disperser pour évangéliser le monde. La réalité est plus prosaïque — le texte s’est formé progressivement à partir des interrogations baptismales des premiers siècles — mais le résultat est d’une concision frappante.
Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.
Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts.
Je crois en l’Esprit Saint, à la sainte Église catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen.
Credo de Nicée-Constantinople — Texte complet
Le Symbole de Nicée-Constantinople est la version solennelle, celle que le prêtre et l’assemblée récitent ou chantent ensemble lors de la messe du dimanche et des grandes fêtes liturgiques. Plus long et plus précis que le Symbole des Apôtres, il a été forgé dans le contexte des controverses théologiques du IVe siècle, notamment pour répondre à l’arianisme qui niait la divinité du Christ. Chaque mot a été pesé, chaque formule a fait l’objet de débats passionnés entre évêques venus de tout l’Empire romain.
Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible.
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles : il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ; et son règne n’aura pas de fin.
Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils ; avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes. Je crois en l’Église, une, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Amen.
Explication du Credo article par article
Le Symbole des Apôtres se décompose traditionnellement en douze articles. Voici ce que chacun signifie.
« Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre. » Le premier article affirme l’existence d’un Dieu unique, à la fois Père — c’est-à-dire source et origine de tout — et Créateur de l’univers entier, visible et invisible.
« Et en Jésus Christ, son Fils unique, notre Seigneur. » Jésus n’est pas un prophète parmi d’autres : il est le Fils unique de Dieu, pleinement divin et pleinement humain. C’est le cœur de la foi chrétienne, ce qui la distingue du judaïsme et de l’islam.
« Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie. » La conception virginale affirme que l’initiative de l’incarnation vient de Dieu, non des hommes. Marie est la mère humaine de Jésus, mais sa naissance est l’œuvre de l’Esprit.
« A souffert sous Ponce Pilate. » Ce détail historique ancre la foi dans l’histoire réelle. Le préfet romain Ponce Pilate est un personnage documenté. La Passion n’est pas un mythe : elle a un lieu et une date.
« A été crucifié, est mort et a été enseveli. » Le Credo insiste : Jésus est réellement mort. Pas en apparence, pas symboliquement. La mort sur la croix est le point le plus bas du récit chrétien, et c’est de là que tout repart.
« Est descendu aux enfers. » Non pas l’enfer des damnés, mais le séjour des morts — le shéol hébreu. Jésus rejoint les défunts de tous les temps pour leur annoncer la libération. C’est un article souvent méconnu, mais d’une audace théologique considérable.
« Le troisième jour est ressuscité des morts. » C’est l’article central, celui sans lequel, comme l’écrit saint Paul, « notre foi est vaine » (1 Co 15, 14). La résurrection n’est pas la réanimation d’un cadavre : c’est l’entrée dans une vie nouvelle, définitive, qui échappe à la mort.
« Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant. » L’Ascension signifie que le Christ glorifié partage désormais la puissance et la gloire du Père. « Assis à la droite » est une image de royauté, non une indication géographique.
« D’où il viendra juger les vivants et les morts. » Le Credo affirme que l’histoire a un terme et un sens. Le jugement dernier n’est pas une menace : c’est la promesse que la justice aura le dernier mot.
« Je crois en l’Esprit Saint. » Troisième personne de la Trinité, l’Esprit Saint est le souffle de Dieu agissant dans le monde et dans les cœurs. C’est lui qui anime l’Église et inspire les croyants.
« À la sainte Église catholique, à la communion des saints. » L’Église n’est pas une institution administrative : c’est la communauté de tous les baptisés, vivants et défunts, unis par une même foi. « Catholique » signifie ici « universelle ».
« À la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. » Les trois derniers articles expriment l’espérance chrétienne : le pardon est toujours possible, la mort n’a pas le dernier mot, et une vie plénière attend les croyants au-delà du temps.
Histoire et origine du Credo
La légende est belle : au lendemain de la Pentecôte, les douze apôtres, avant de se séparer pour aller évangéliser le monde, auraient rédigé ensemble le Credo, chacun dictant un article. Pierre aurait commencé par « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant », André aurait enchaîné, et ainsi de suite jusqu’au douzième article. Cette tradition, attestée dès le IVe siècle chez Rufin d’Aquilée, explique le nom de « Symbole des Apôtres » — symbolum signifiant « signe de reconnaissance » en latin.
La réalité historique est différente. Le Symbole des Apôtres est issu des interrogations posées aux catéchumènes lors du baptême à Rome, dès le IIe siècle. On demandait : « Crois-tu en Dieu, le Père tout-puissant ? » et le candidat répondait : « Je crois. » Ces questions-réponses se sont progressivement cristallisées en un texte fixe.
Le Symbole de Nicée, lui, est né d’une crise. Au début du IVe siècle, un prêtre d’Alexandrie nommé Arius enseigne que le Fils de Dieu est une créature — certes la plus parfaite, mais une créature tout de même, et non pas Dieu au même titre que le Père. L’empereur Constantin, inquiet de voir l’Empire déchiré par cette querelle théologique, convoque le concile de Nicée en 325. Les évêques y forgent la formule décisive : le Fils est « de même nature » (homoousios) que le Père — « engendré, non pas créé ». En 381, le concile de Constantinople complète le texte en développant les articles sur l’Esprit Saint.
Un dernier épisode mérite d’être mentionné : l’ajout du Filioque. Le texte original de Constantinople dit que l’Esprit Saint « procède du Père ». À partir du VIe siècle, les Églises d’Occident ajoutent « et du Fils » (Filioque en latin). Cet ajout, effectué sans l’accord des Églises d’Orient, deviendra l’un des motifs du grand schisme de 1054 entre catholiques et orthodoxes — une séparation qui dure encore aujourd’hui.
Pourquoi réciter le Credo ?
Le Credo n’est pas une formule magique ni une récitation mécanique. C’est un acte de mémoire et d’engagement. Chaque dimanche, en le prononçant à la messe, les fidèles réaffirment ensemble leur adhésion à une foi qui les relie aux chrétiens de Nicée, de Constantinople, du Moyen Âge et du monde entier. C’est un fil ininterrompu de dix-sept siècles.
On récite le Credo dans plusieurs circonstances. À la messe, il intervient après l’homélie, comme une réponse de l’assemblée à la Parole de Dieu proclamée dans les lectures. Au baptême, c’est le moment où les parents et les parrains professent la foi au nom de l’enfant — ou bien l’adulte catéchumène le fait lui-même, souvent avec émotion, après des mois de préparation. Au chapelet, le Credo ouvre la prière : on l’égrène sur la croix du rosaire avant de commencer les dizaines de « Je vous salue Marie ».
Le Credo est aussi un outil d’unité. C’est l’un des rares textes que catholiques, orthodoxes et protestants reconnaissent ensemble — à la différence du Filioque près. Dans les rencontres œcuméniques, il arrive que l’on récite le Symbole de Nicée dans sa version originale, sans le Filioque, comme un geste de respect mutuel et un rappel que ce qui unit les chrétiens est infiniment plus vaste que ce qui les divise.
Le saviez-vous ?
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Chaque apôtre aurait rédigé un article. Selon une légende rapportée par saint Augustin et Rufin d’Aquilée au IVe siècle, les douze apôtres auraient composé le Symbole ensemble, chacun dictant un article. Pierre : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant. » André : « Et en Jésus Christ, son Fils unique. » Et ainsi de suite. Cette attribution est historiquement invraisemblable, mais elle dit quelque chose de profond : le Credo est une œuvre collective, la voix de toute l’Église.
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Un seul mot a provoqué le plus grand schisme de l’histoire chrétienne. En ajoutant Filioque (« et du Fils ») au Credo de Nicée, l’Église latine a modifié unilatéralement un texte conciliaire. Les Églises d’Orient ont considéré cet ajout comme illégitime — non seulement sur le fond théologique, mais surtout sur la forme : un concile œcuménique ne peut être modifié sans un autre concile. Ce désaccord a contribué au schisme de 1054, et reste aujourd’hui l’un des points les plus sensibles du dialogue entre catholiques et orthodoxes.
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« Credo » signifie littéralement « je donne mon cœur ». Le mot latin credo vient de cor do — « je donne mon cœur ». Croire, dans cette étymologie, n’est pas d’abord un acte intellectuel : c’est un engagement de tout l’être, une adhésion qui engage la personne entière. Quand un chrétien dit « je crois en Dieu », il ne dit pas simplement « je pense que Dieu existe » : il dit « je me confie à lui, je lui remets ma vie ».