Saint Auban — Le soldat romain, premier martyr de Bretagne

Dans la Bretagne romaine du IIIe siècle, un soldat païen cache chez lui un prêtre chrétien pourchassé. Ce qui commence comme un geste d’hospitalité va transformer cet officier romain en premier martyr de Grande-Bretagne — et donner son nom à l’une des plus anciennes villes d’Angleterre.
Un soldat face à sa conscience
Auban est citoyen de Verulamium, ville prospère de la Bretagne romaine, à une trentaine de kilomètres au nord de Londinium. Soldat ou magistrat selon les sources, il mène la vie confortable d’un notable provincial. Rien ne le prédispose à devenir un héros de la foi chrétienne — d’autant qu’il est païen.
Quand les persécutions frappent les chrétiens de Bretagne, probablement sous l’empereur Dioclétien vers 304 (certains historiens avancent la date de 209, sous Septime Sévère), un prêtre en fuite se réfugie chez Auban. Le soldat l’accueille. Les jours passent. Auban observe cet homme qui prie sans relâche, nuit et jour. Quelque chose se passe. Le prêtre, que la tradition nomme Amphibale, ne prêche pas : il vit. Et cette vie impressionne le soldat bien plus qu’un discours.
L’échange qui change tout
Quand les soldats envoyés par le gouverneur se présentent à sa porte, Auban prend une décision stupéfiante. Il revêt le manteau à capuchon du prêtre — la caracalla — et se présente à sa place. L’échange de vêtements, ce geste si simple, est l’acte fondateur du christianisme britannique. Auban ne se contente pas de cacher un fugitif : il prend littéralement sa place.
Conduit devant le juge, la supercherie est découverte. On lui ordonne de sacrifier aux dieux romains. Auban refuse. Le chroniqueur Bède le Vénérable, qui rapporte l’épisode au VIIIe siècle, lui prête ces mots : « J’adore le Dieu vivant et véritable qui a créé toutes choses. » Pour un ancien païen, c’est une conversion publique autant qu’une condamnation à mort.
La colline du martyre
La tradition rapporte des prodiges lors de la montée vers le lieu d’exécution. Les eaux de la rivière Ver se seraient écartées pour laisser passer le condamné. Le premier bourreau désigné refuse de frapper et se convertit sur place — il sera décapité lui aussi. Un second soldat accomplit la sentence. On raconte que ses yeux tombèrent au sol au moment même où la tête d’Auban roula.
Au-delà du merveilleux médiéval, le noyau historique est solide. Une ville entière changera de nom : Verulamium deviendra St Albans. Saint Germain d’Auxerre, visitant la Bretagne en 429, se rend sur la tombe du martyr, preuve que le culte est déjà bien établi un siècle après les faits. La cathédrale de St Albans, construite avec les briques romaines de l’ancienne Verulamium, est l’un des plus anciens lieux de culte chrétien d’Angleterre.
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Le saviez-vous ?
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La ville de St Albans, dans le Hertfordshire, doit directement son nom à Saint Auban. La cathédrale actuelle, fondée en 793, intègre des briques récupérées de la cité romaine de Verulamium — on peut encore les voir dans ses murs.
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Le prêtre sauvé par Auban, traditionnellement nommé Amphibale, a lui aussi été rattrapé. Selon la légende, il fut martyrisé à Redbourn, à quelques kilomètres de St Albans. Le mot « Amphibale » pourrait en réalité provenir d’une confusion avec le nom du manteau (amphibalus) échangé entre les deux hommes.
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Saint Auban est fêté le 22 juin aussi bien par les catholiques que par les anglicans et les orthodoxes — une unanimité œcuménique qui dit à elle seule l’ancienneté de son culte, antérieur à toutes les divisions chrétiennes.