Saint Edmond le Martyr — Le roi mort plutôt que trahir

L’hiver 869, quelque part dans les marécages de l’Est-Anglie. Un jeune roi est attaché à un arbre, le corps criblé de flèches, face à un chef viking qui lui pose un ultimatum : renie ta foi ou meurs. Edmond choisit.
Un roi dans la tourmente viking
On sait peu de choses certaines sur les premières années d’Edmond. Selon la tradition, il serait né vers 841 et aurait été couronné roi d’Est-Anglie à l’âge de quatorze ans, vers 855. Son royaume, situé dans l’actuel Norfolk et Suffolk, était l’un des plus prospères d’Angleterre, riche de ses terres agricoles et de son commerce avec le continent.
Mais les années 860 voient déferler sur l’Angleterre la Grande Armée païenne, une coalition de guerriers vikings sans précédent. Menée par les fils du légendaire Ragnar Lothbrok, notamment Ivar le Désossé et Ubbe, cette armée conquiert un à un les royaumes anglo-saxons. La Northumbrie tombe en 867, la Mercie est envahie l’année suivante. L’Est-Anglie est la prochaine cible.
Face aux fils de Ragnar
À l’automne 869, les Danois fondent sur le royaume d’Edmond. Les détails de la confrontation nous viennent principalement d’Abbon de Fleury, un moine français qui rédigea la Passio Sancti Edmundi vers 985, s’appuyant sur le témoignage d’un ancien porte-épée du roi.
Edmond tenta d’abord de résister militairement. Une bataille eut lieu, probablement à Hoxne dans le Suffolk, et les Anglo-Saxons furent défaits. Capturé, Edmond se vit proposer un marché par Ivar : il conserverait son trône s’il acceptait de régner comme vassal des Danois et de renoncer à sa foi chrétienne.
Le roi refusa. Selon le récit d’Abbon, il déclara qu’il ne souillerait pas ses mains dans le sang de son peuple en devenant le pantin d’un païen, et qu’il préférait mourir en imitant le Christ. Les Vikings le firent attacher à un arbre et le criblèrent de flèches, avant de le décapiter.
De la mort au culte
La vénération d’Edmond commença presque immédiatement. Une tradition raconte qu’un loup protégea sa tête coupée jusqu’à ce que ses compagnons la retrouvent. Vers 902, ses restes furent transférés dans un lieu qui prit son nom : Bury Saint Edmunds, dans le Suffolk, où une puissante abbaye fut fondée en son honneur.
Le culte d’Edmond prit une ampleur considérable. Avant que saint Georges ne le supplante au XIVe siècle, Edmond était le patron de l’Angleterre. Les rois anglo-saxons, puis les rois normands eux-mêmes, vinrent se recueillir sur son tombeau. Guillaume le Conquérant, pourtant peu sentimental, fit enrichir l’abbaye.
L’ironie de l’histoire voulut que ce fussent les Danois eux-mêmes, une fois convertis, qui devinrent parmi les plus fervents dévots d’Edmond. Le roi Canut, danois de naissance, fit reconstruire l’abbaye de Bury Saint Edmunds en signe de réparation pour les crimes de ses ancêtres.
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Le saviez-vous ?
- L’abbaye de Bury Saint Edmunds devint si puissante qu’en 1214, c’est dans ses murs que les barons anglais se réunirent pour rédiger les prémices de la Magna Carta, avant de la présenter au roi Jean sans Terre.
- Avant saint Georges, c’est saint Edmond qui était le saint patron de l’Angleterre. Ce n’est qu’au XIVe siècle, sous l’influence de la légende du dragon popularisée par les croisés, que Georges prit sa place.
- Le loup qui aurait gardé la tête d’Edmond est devenu un motif héraldique récurrent dans le Suffolk. On le retrouve encore aujourd’hui sur les armoiries de plusieurs villes de la région.