Saint Éric de Suède — Le roi assassiné en sortant de la messe

Portrait de saint Éric de Suède, roi martyr du XIIe siècle, patron de la Suède

Le 18 mai 1160, à Uppsala, le roi Éric IX de Suède sort de la messe de l’Ascension. Des cavaliers danois l’attendent. Il a le temps de comprendre ce qui se passe. Il refuse de fuir. Quelques minutes plus tard, il est mort. La Suède vient de perdre son roi et de trouver son saint patron.

Saint Éric, roi chrétien entre deux mondes

Éric Jedvardsson accède au trône de Suède vers 1156. Le pays, à cette époque, est un patchwork de provinces mal unifiées où le christianisme coexiste encore avec les derniers vestiges du paganisme nordique. Les temples d’Odin ont été détruits, mais les vieilles croyances n’ont pas disparu.

Éric est un roi chrétien convaincu dans un pays en cours de conversion. Les sources, tardives et souvent hagiographiques, le décrivent comme un législateur juste, soucieux de protéger les faibles et de codifier le droit selon les principes de l’Évangile. Il aurait complété les lois d’Uppland, ajoutant des dispositions en faveur des pauvres et des femmes — des mesures étonnamment modernes pour la Scandinavie du XIIe siècle.

Mais Éric est aussi un roi du Nord, héritier d’une tradition guerrière qu’il ne peut pas ignorer. Vers 1155, il lance une expédition en Finlande, accompagné de l’évêque Henri d’Uppsala. L’objectif est double : étendre le royaume suédois et évangéliser les Finlandais païens. C’est la « première croisade suédoise » — un terme que les historiens modernes utilisent avec prudence, tant l’événement reste mal documenté.

La croisade de Finlande

L’expédition finlandaise est le chapitre le plus controversé de la vie d’Éric. Les sources suédoises la présentent comme une mission civilisatrice. Les historiens finlandais y voient plutôt une conquête militaire assortie de conversions forcées. La vérité est probablement entre les deux.

L’évêque Henri reste en Finlande après le départ d’Éric. Il y sera tué par un paysan finlandais nommé Lalli — et deviendra lui-même saint, patron de la Finlande. Les destins d’Éric et d’Henri sont ainsi liés : un roi et un évêque, partis ensemble, morts tous les deux de mort violente, tous les deux saints patrons de leur pays respectif.

L’assassinat d’Uppsala

De retour en Suède, Éric fait face à une opposition croissante. Les Danois, menés par le prince Magnus Henriksson, revendiquent le trône. Le 18 mai 1160, jour de l’Ascension, Éric assiste à la messe dans l’église d’Uppsala. On vient le prévenir que des soldats danois approchent.

La tradition rapporte qu’il refuse de partir avant la fin de la messe. Quand il sort enfin, les cavaliers sont là. Éric se bat — les sagas le décrivent comme un guerrier capable –, mais il est en sous-nombre. Il tombe. On lui tranche la tête.

La source de la rivière qui coule près du lieu de son meurtre aurait alors jailli miraculeusement. Saint Édouard le Confesseur, roi d’Angleterre un siècle plus tôt, avait connu une mort plus paisible, mais Éric partage avec lui cette figure du roi-saint dont la légitimité vient autant de la foi que de l’épée.

Le culte de saint Éric, patron de la Suède

Le culte d’Éric se développe rapidement. Ses reliques, conservées dans la cathédrale d’Uppsala, deviennent le cœur de l’identité suédoise médiévale. Son image — couronne et crucifix — figure sur les armoiries de Stockholm. Les rois de Suède invoqueront son nom pendant des siècles.

La Réforme protestante du XVIe siècle aurait pu effacer son culte, comme elle a effacé tant d’autres en Scandinavie. Mais Éric a survécu, non plus comme saint au sens liturgique — la Suède luthérienne ne célèbre plus les saints –, mais comme figure nationale, symbole d’une Suède à la fois chrétienne et guerrière.

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Le saviez-vous ?

  • Éric IX n’a jamais été canonisé par le pape. Son culte est purement local, confirmé par les évêques d’Uppsala au XIIIe siècle. C’était courant au Moyen Âge : avant que Rome ne se réserve le monopole des canonisations en 1234, les évêques locaux pouvaient reconnaître un saint.
  • La châsse (reliquaire) de saint Éric, chef-d’œuvre d’orfèvrerie médiévale, est toujours conservée dans la cathédrale d’Uppsala. En 2014, une équipe scientifique a ouvert le reliquaire et analysé les ossements : ils appartiennent bien à un homme d’environ quarante ans, mort de blessures multiples, cohérentes avec le récit de l’assassinat.
  • Le 18 mai, jour de la fête de saint Éric, était un jour férié en Suède jusqu’à la Réforme. Une procession solennelle portait ses reliques à travers Uppsala. Aujourd’hui, la date n’est plus fériée, mais la cathédrale organise toujours un office spécial en mémoire du roi-martyr.