Saint Fabien : le pape élu par une colombe, martyr sous Dèce

Portrait de saint Fabien, pape martyr du IIIe siècle

Rome, janvier 236. Les chrétiens de la ville se réunissent pour élire un nouveau pape après la mort d’Antère. Parmi les candidats, des prêtres respectés, des diacres influents. Et puis il y a Fabien, un laïc que personne n’attendait. Soudain, une colombe descend du ciel et se pose sur sa tête. L’assemblée, stupéfaite, y voit un signe de l’Esprit Saint. Fabien est élu à l’unanimité. Il ne sait pas encore qu’il vient d’accepter un poste qui le mènera au martyre.

Une élection que personne n’avait prévue

L’épisode de la colombe est rapporté par Eusèbe de Césarée, le premier grand historien de l’Église, ce qui lui confère une certaine crédibilité. Fabien n’était vraisemblablement pas un inconnu total — il appartenait sans doute à la communauté chrétienne romaine — mais il n’était certainement pas parmi les favoris. Son élection illustre à merveille la nature encore informelle et charismatique de l’Église du IIIe siècle, où le clergé et le peuple choisissaient ensemble leur évêque.

Ce que l’on sait de Fabien avant son élection tient en quelques lignes. Ce que l’on sait de son pontificat, en revanche, est considérable pour l’époque. Il dirige l’Église de Rome pendant quatorze ans (236-250), une période de paix relative sous les empereurs Gordien III et Philippe l’Arabe.

Un organisateur de génie

Fabien ne se contente pas de maintenir la communauté : il la structure. Sa réforme la plus importante est la division de Rome en sept régions ecclésiastiques, chacune confiée à un diacre. Cette organisation administrative, inspirée des divisions civiles de la ville, permet une gestion efficace des œuvres de charité, des cimetières et du patrimoine de l’Église. Les sept diacres de Rome deviendront des personnages puissants, préfigurant les cardinaux des siècles suivants.

Fabien s’occupe aussi des catacombes. C’est sous son pontificat que les grands cimetières souterrains chrétiens de Rome sont agrandis et organisés. Il fait rapatrier le corps du pape Pontien, mort en déportation en Sardaigne, pour lui offrir une sépulture digne dans la catacombe de Saint-Calixte. Ce geste, apparemment simple, témoigne d’une conscience aiguë de l’importance de la mémoire et de la continuité institutionnelle.

Son pontificat correspond aussi à une période d’expansion missionnaire. Des évêques sont envoyés en Gaule pour évangéliser les campagnes — la tradition rattache à cette initiative les missions de saint Dénis à Paris et de saint Saturnin à Toulouse.

La persécution de Dèce et le martyre

Tout bascule en 249 quand l’empereur Dèce arrive au pouvoir. Contrairement aux persécutions sporadiques précédentes, Dèce lance la première persécution systématique et universelle contre les chrétiens. Un édit impérial oblige chaque citoyen à sacrifier aux dieux de Rome et à obtenir un certificat le prouvant. Ceux qui refusent sont emprisonnés, torturés ou exécutés.

Fabien est l’une des premières victimes. En tant qu’évêque de Rome, il est une cible prioritaire. Il meurt le 20 janvier 250, probablement exécuté. Saint Cyprien de Carthage, dans une lettre célèbre, salue sa mort « glorieuse » et le qualifie d’homme « incomparable ». Sa pierre tombale, retrouvée dans la catacombe de Saint-Calixte, porte simplement l’inscription grecque : « Fabianos, évêque, martyr. »

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Le saviez-vous ?

  • La pierre tombale originale de saint Fabien a été retrouvée en 1850 dans la catacombe de Saint-Calixte à Rome, brisée en quatre morceaux. L’inscription en grec, d’une sobriété émouvante, constitue l’un des plus anciens témoignages épigraphiques d’un pape.

  • L’élection de Fabien par la colombe rappelle directement le baptême du Christ dans le Jourdain, où l’Esprit Saint descend sous forme de colombe. Les chrétiens du IIIe siècle y virent immédiatement ce parallèle, ce qui explique l’unanimité du vote.

  • La persécution de Dèce en 250 fut si violente qu’après la mort de Fabien, le siège épiscopal de Rome resta vacant pendant plus d’un an. Les chrétiens n’osaient tout simplement pas élire un nouveau pape, de peur qu’il soit immédiatement arrêté.