Saint François d'Assise — Le fils de marchand qui épousa Dame

Il avait tout pour devenir un riche négociant en tissus. Il a tout donné — ses vêtements y compris, en plein tribunal, devant son père furieux. François d’Assise est l’homme qui a pris l’Évangile au pied de la lettre, et le monde ne s’en est jamais remis.
Le fêtard devenu mendiant
Giovanni di Pietro Bernardone naît en 1181 à Assise, en Ombrie. Son père, Pietro, est un prospère marchand de tissus. Sa mère, francophone, lui donne le surnom de Francesco — « le petit Français ». Le jeune homme profite de sa fortune : fêtes, vêtements raffinés, rêves de chevalerie. Il part même à la guerre, où il est fait prisonnier pendant un an.
C’est dans cette captivité que quelque chose bascule. De retour à Assise, malade et troublé, François multiplie les rencontres qui le transforment. Un jour, lui qui avait horreur des lépreux, descend de cheval et embrasse l’un d’eux. Puis vient la scène fondatrice : dans la chapelle en ruine de San Damiano, il entend une voix lui dire « Répare mon Église ». Il prend l’ordre au sens littéral et commence à rebâtir les murs. Mais c’est bien l’Église tout entière qu’il va secouer.
Pour financer les réparations, il vend les tissus de son père. Pietro, hors de lui, le traîne devant l’évêque. François se déshabille intégralement, rend tout à son père et déclare : « Désormais, je ne dirai plus mon père Pietro, mais Notre Père qui êtes aux cieux. » La rupture est totale, spectaculaire, définitive.
L’homme qui parlait aux oiseaux et aux loups
François fonde un ordre religieux d’un genre nouveau : les Frères mineurs, qui ne possèdent rien. Pas de monastère, pas de rentes, pas de bibliothèques — rien que la route et la charité des passants. Saint Antoine de Padoue sera l’un de ses disciples les plus brillants.
Les légendes qui entourent François disent quelque chose de profond sur sa manière d’être au monde. Il prêche aux oiseaux, qui l’écoutent en silence. Il négocie avec le loup de Gubbio, terrorisant une ville entière, et obtient la paix. Naïf ? Peut-être. Mais cette fraternité avec la création fait de lui, huit siècles plus tard, le patron des écologistes — un titre que le pape actuel a remis en lumière avec son encyclique Laudato Si’.
En 1224, sur le mont Alverne, François reçoit les stigmates — les marques des plaies du Christ. C’est le premier cas documenté en Occident. Épuisé, presque aveugle, il compose pourtant le Cantique des créatures, considéré comme le premier grand texte de la littérature italienne. Un hymne à la vie, écrit par un homme qui souffre : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre Mère la Terre. »
Il meurt le 3 octobre 1226, à même le sol, nu, comme il l’avait demandé. Il est canonisé deux ans plus tard.
Pourquoi François fascine encore
François d’Assise dépasse largement le cadre religieux. Il parle aux croyants comme aux non-croyants, aux militants écologistes comme aux amoureux de poésie. Sainte Rita, qui rejoindra plus tard un ordre augustin, s’inspirera elle aussi de cet idéal de dépouillement.
Son message reste d’une simplicité désarmante : posséder moins pour vivre plus. À l’époque des cathédrales et des croisades, c’était révolutionnaire. À l’heure de la surconsommation, ça l’est tout autant. Assise reste un haut lieu de pèlerinage où des millions de visiteurs viennent chaque année chercher cette paix franciscaine.
Prière à Saint François d’Assise
Découvrez le texte complet et les variantes de la prière à Saint François d’Assise
Le saviez-vous ?
- Le Cantique des créatures (ou Cantique du Soleil) est considéré comme le premier texte poétique écrit en langue italienne vernaculaire, et non en latin. François a inventé une littérature.
- François a tenté de rencontrer le sultan Al-Kamil en Égypte en pleine croisade (1219). Au lieu de combattre, il a choisi le dialogue — une démarche inouïe pour l’époque.
- Sa canonisation en 1228, seulement deux ans après sa mort, est l’une des plus rapides de l’histoire. Mais le record absolu revient à Saint Antoine de Padoue : moins d’un an.