Saint Athanase d'Alexandrie — Seul contre tous pour la foi

On l’a exilé cinq fois. Quatre empereurs différents ont tenté de le faire taire. Il a passé dix-sept ans loin de son siège épiscopal. Et pourtant, à chaque fois, il est revenu. L’histoire d’Athanase d’Alexandrie est celle d’un homme que rien ni personne n’a pu faire plier.
Le jeune diacre de Nicée
Né vers 296 à Alexandrie, Athanase grandit dans la capitale intellectuelle du monde antique. Très jeune, il attire l’attention de l’évêque Alexandre, qui l’emmène au concile de Nicée en 325. Athanase n’a même pas trente ans, il n’est que diacre, mais son intelligence théologique impressionne déjà. C’est à Nicée que se joue la grande bataille contre l’arianisme — cette doctrine d’Arius qui affirme que le Christ n’est pas vraiment Dieu, mais une créature supérieure. Le concile tranche : le Fils est « de même nature que le Père ». Athanase en sera le défenseur le plus acharné pour le reste de sa vie.
Athanasius contra mundum
En 328, Athanase devient patriarche d’Alexandrie. Mais la victoire de Nicée est fragile. L’arianisme revient en force, soutenu par des empereurs successifs qui trouvent cette version du christianisme plus commode politiquement. Commence alors un incroyable bras de fer. Saint Basile le Grand et les autres Pères cappadociens le soutiennent, mais Athanase se retrouve souvent seul face au pouvoir impérial.
Cinq exils ponctuent sa vie : à Trèves, à Rome, dans le désert égyptien auprès des moines. À chaque fois, il écrit, il argumente, il refuse de céder. La formule latine « Athanasius contra mundum » — Athanase contre le monde — résume cette résistance extraordinaire. Quand on lui fait remarquer que le monde entier est contre lui, il répond simplement : « Alors, c’est Athanase contre le monde. »
Le théologien qui fixa le canon
Athanase n’est pas qu’un polémiste. C’est aussi un penseur de premier ordre. Son ouvrage « Sur l’Incarnation du Verbe », écrit alors qu’il avait à peine vingt ans, reste l’un des textes fondateurs de la théologie chrétienne. Saint Augustin et Saint Jérôme le citeront abondamment.
En 367, dans sa Lettre festale, Athanase dresse la première liste complète des 27 livres du Nouveau Testament tels que nous les connaissons aujourd’hui. Cette liste deviendra la référence pour toute la chrétienté. Autrement dit, c’est en partie grâce à Athanase que votre Bible contient exactement ces textes-là, et pas d’autres.
Les dernières années et la victoire posthume
Athanase meurt en 373 à Alexandrie, après avoir enfin retrouvé son siège pour les sept dernières années de sa vie. Huit ans plus tard, en 381, le concile de Constantinople confirmera définitivement la doctrine de Nicée. L’arianisme disparaîtra progressivement. L’Église le reconnaîtra comme Docteur de l’Église, l’un des quatre grands Docteurs de l’Église d’Orient.
Pourquoi Athanase nous parle encore
Dans un monde qui valorise le consensus et la diplomatie, Athanase rappelle que certaines convictions méritent qu’on y sacrifie son confort, sa carrière et sa sécurité. Son histoire pose une question toujours actuelle : quand tout le monde pense autrement, avez-vous le courage de tenir bon ?
Le saviez-vous ?
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L’inventeur de votre Bible. En 367, Athanase est le premier à lister exactement les 27 livres du Nouveau Testament dans l’ordre que nous connaissons. Avant lui, les communautés chrétiennes utilisaient des listes variables selon les régions.
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Dix-sept ans d’exil. Sur ses 45 années comme patriarche d’Alexandrie, Athanase en a passé 17 en exil — soit plus d’un tiers de son épiscopat. Cinq exils ordonnés par quatre empereurs différents : Constantin, Constance II, Julien l’Apostat et Valens.
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Il a popularisé le monachisme. Réfugié dans le désert lors de ses exils, Athanase a écrit la « Vie de saint Antoine », biographie du premier ermite chrétien. Ce texte est devenu un best-seller de l’Antiquité et a inspiré la vocation monastique dans tout l’Occident, jusqu’à influencer la conversion de saint Augustin.