Saint Firmin — L'évêque qui inspira les fêtes de Pampelune

Chaque année, des millions de téléspectateurs regardent les lâchers de taureaux dans les rues de Pampelune. Ce qu’ils ignorent souvent, c’est que cette fête délirante porte le nom d’un évêque gaulois du IVe siècle, un Navarrais qui traversa les Pyrénées pour aller prêcher dans les brumes de Picardie et y fut décapité. De Pampelune à Amiens, voici l’histoire de Firmin, un saint dont la mémoire se partage entre la cathédrale gothique et l’arène.
Un fils de Pampelune
Firmin naît vers 272 à Pampelune, en Navarre, dans une famille de notables récemment convertis au christianisme. Selon la tradition, c’est l’évêque Honestus, lui-même disciple de Saint Saturnin de Toulouse, qui baptise le jeune Firmin et lui transmet la foi. Le garçon se révèle doué pour l’étude et la prédication. Ordonné prêtre, puis évêque, il reçoit une mission ambitieuse : porter l’Évangile au nord de la Gaule, dans des régions où le christianisme n’a pas encore pénétré.
Firmin remonte la vallée du Rhône, prêche dans le Beauvaisis, l’Amiénois, et finit par s’installer à Amiens, une ville gallo-romaine prospère mais encore largement païenne. Il y fonde la première communauté chrétienne et en devient le premier évêque.
L’évangélisateur de la Picardie
Le travail de Firmin à Amiens est celui d’un pionnier. Il ne s’adresse pas à une communauté déjà constituée mais à une population qui découvre le christianisme. Il baptise, organise, construit. La tradition lui attribue des milliers de conversions dans la région, un chiffre sans doute exagéré mais qui traduit l’ampleur de son impact. Comme Saint Martin de Tours, cet autre grand évangélisateur des campagnes gauloises, Firmin parcourt les villages, détruit les idoles et fonde des lieux de culte.
Son succès finit par inquiéter les autorités romaines. Vers 303, sous la persécution de Dioclétien — ou peut-être un peu plus tôt –, le gouverneur romain fait arrêter Firmin. L’évêque refuse de sacrifier aux dieux. Il est décapité. Son corps est enterré secrètement par un chrétien nommé Faustinien.
La cathédrale et les taureaux
Trois siècles plus tard, en 615, l’évêque Salve d’Amiens fait rechercher les reliques de Firmin. La découverte du corps, miraculeusement intact selon la légende, provoque un immense émoi. Les reliques sont transférées solennellement dans la cathédrale. C’est ce Firmin-là — le premier évêque, le martyr fondateur — qui figure en gloire sur le portail occidental de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, l’une des plus grandes cathédrales gothiques du monde.
Mais c’est à Pampelune que Firmin connaît sa seconde vie. La ville natale du saint l’adopte comme patron et lui consacre une fête le 7 juillet, les Sanfermines. Au fil des siècles, cette célébration religieuse se transforme en la fiesta la plus spectaculaire d’Espagne, avec ses encierros — les courses de taureaux dans les rues — immortalisés par Hemingway dans « Le soleil se lève aussi ». Le lien entre l’évêque décapité et les taureaux furieux est ténu, mais l’histoire a ses logiques propres.
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Le saviez-vous ?
- Les fêtes de San Fermín à Pampelune attirent chaque année plus d’un million de visiteurs. Elles commencent le 6 juillet par le « chupinazo » (un pétard lancé depuis le balcon de la mairie) et s’achèvent le 14 juillet par le chant « Pobre de mí » (pauvre de moi), qui marque la fin des festivités.
- La cathédrale d’Amiens, construite à partir de 1220, possède sur son portail occidental une série de sculptures représentant la vie de Saint Firmin. C’est l’un des ensembles sculptés les plus complets du XIIIe siècle. Des traces de polychromie originale ont été retrouvées : les statues étaient autrefois peintes de couleurs vives.
- Il existe en réalité deux Saint Firmin d’Amiens : Firmin le martyr (le premier évêque, fêté le 25 septembre) et Firmin le Confesseur (un évêque du Ve siècle, fêté le 1er septembre). La confusion entre les deux a compliqué le travail des historiens pendant des siècles.