Saint François-Xavier — L'Évangile porté au bout du monde

En dix ans, il a parcouru plus de cent mille kilomètres — à pied, à cheval, en bateau. Il a baptisé trente mille personnes sur trois continents. Il est mort seul, à quarante-six ans, sur une île déserte aux portes de la Chine, les yeux tournés vers ce pays immense qu’il n’atteindrait jamais. François-Xavier est le plus grand missionnaire de l’histoire chrétienne, et peut-être le plus grand voyageur de son siècle.
Le jeune noble navarrais
Francisco de Jasso y Azpilicueta naît en 1506 au château de Xavier, en Navarre. Fils de famille, il est envoyé à Paris pour étudier à la Sorbonne. Brillant, sportif, ambitieux, il rêve d’une carrière universitaire. À la résidence Sainte-Barbe, il partage sa chambre avec un étudiant basque plus âgé, qui boite et qui parle sans arrêt de Dieu : Ignace de Loyola.
François résiste longtemps. Ignace le travaille avec une patience infinie, répétant une seule question : « Que sert à l’homme de gagner le monde entier s’il perd son âme ? » En 1534, François cède. Avec Ignace de Loyola, Pierre Favre et quatre autres compagnons, il prononce les vœux de Montmartre. La Compagnie de Jésus est née.
L’appel des Indes
En 1541, le roi du Portugal cherche un prêtre pour accompagner ses marins vers les comptoirs des Indes. Ignace désigne François. En treize mois de navigation, celui-ci arrive à Goa, sur la côte ouest de l’Inde. Ce qu’il découvre le révolte : les colons portugais traitent les Indiens comme des sous-hommes, et les missionnaires en place se contentent de baptiser sans instruire.
François change de méthode. Il apprend le tamoul, traduit les prières en langues locales, compose des chansons catéchétiques que les enfants reprennent en chœur. Il parcourt la côte de la Pêcherie, le sud de l’Inde, Ceylan, les Moluques. Partout, il baptise, enseigne, soigne. Saint Paul, dont il admire les épîtres, est son modèle explicite : aller toujours plus loin, ne jamais s’installer.
Le Japon : la grande surprise
En 1549, François débarque au Japon avec deux compagnons et un interprète japonais. Il s’attend à rencontrer des « barbares ». Il découvre une civilisation raffinée, avec des universités, une littérature, une philosophie. Les Japonais lui posent des questions théologiques auxquelles il n’a pas de réponse. Il comprend que le modèle missionnaire doit s’adapter à chaque culture.
En deux ans, il fonde plusieurs communautés chrétiennes qui compteront, à leur apogée, jusqu’à 300 000 fidèles. Le christianisme japonais survivra à deux siècles de persécution féroce — un héritage direct de François-Xavier.
Mourir aux portes de la Chine
Convaincu que la Chine est la clef de l’Asie, François organise une expédition vers Canton. Mais les autorités chinoises interdisent l’accès aux étrangers. Il attend sur l’île de Sancian, à quelques kilomètres de la côte, qu’un passeur accepte de le faire entrer clandestinement. Le passeur ne vient pas. François tombe malade, probablement de paludisme.
Il meurt le 3 décembre 1552, dans une hutte, assisté d’un seul compagnon chinois. Il avait quarante-six ans. Son corps, retrouvé intact plusieurs mois plus tard, est ramené à Goa où il repose encore dans la basilique du Bom Jésus.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, qui n’a jamais quitté son Carmel de Lisieux, est co-patronne des missions avec François-Xavier. Ce paradoxe dit quelque chose de profond : la mission se vit aussi dans l’immobilité.
Le saviez-vous ?
- François-Xavier écrivait énormément. Ses lettres, envoyées depuis l’Inde, le Japon et les Moluques, étaient recopiées et diffusées dans toute l’Europe. Elles sont devenues les premiers reportages ethnographiques sur l’Asie et ont provoqué des centaines de vocations missionnaires.
- Le bras droit de François-Xavier, celui avec lequel il a baptisé des dizaines de milliers de personnes, a été détaché de son corps en 1614 et ramené à Rome. Il est conservé dans un reliquaire à l’église du Gesù, maison-mère des jésuites.
- Au Japon, François-Xavier est connu sous le nom de « Zabieru ». La ville de Xavier, en Navarre, reçoit encore aujourd’hui des milliers de pèlerins japonais chaque année — un lien culturel vieux de près de cinq siècles.