Saint Jacques le Majeur — L'apôtre patron du plus long chemin

Portrait de saint Jacques le Majeur, apôtre du Ier siècle, patron de Saint-Jacques-de-Compostelle

Chaque année, des centaines de milliers de marcheurs enfilent leurs chaussures, ajustent leur sac et prennent la route vers une cathédrale du nord-ouest de l’Espagne. Ce qu’ils cherchent — la paix, le dépassement, le sens — ils le doivent en partie à un pêcheur galiléen décapité à Jérusalem vers l’an 44. Saint Pierre a eu Rome. Jacques, lui, a eu un chemin.

Fils du tonnerre

Jacques est fils de Zébédée et frère de Jean. Des pêcheurs du lac de Tibériade, comme Saint André et Simon-Pierre. Jésus les surnomme « Boanergès » — les fils du tonnerre — à cause de leur tempérament de feu. Un jour, vexés par un village samaritain qui refuse de les accueillir, Jacques et Jean proposent à Jésus de faire descendre le feu du ciel sur ces inhospitaliers. Jésus refuse, évidemment. Mais l’anecdote dessine un caractère : Jacques est impétueux, entier, passionné.

Il fait partie du cercle intime, les trois apôtres que Jésus emmène dans les moments cruciaux : la Transfiguration sur le mont Thabor, l’agonie à Gethsémani. Il voit ce que les autres ne voient pas. Il est présent dans la lumière comme dans l’obscurité.

Le premier martyr des Douze

En l’an 44, le roi Hérode Agrippa Ier lance une persécution contre la communauté chrétienne de Jérusalem. Jacques est arrêté et décapité — sans procès élaboré, sans long supplice. Les Actes des Apôtres le mentionnent en une phrase, presque sèche : « Il fit périr par l’épée Jacques, frère de Jean. » Ce laconisme contraste avec le destin immense que la postérité lui réservera. Premier des apôtres à mourir pour sa foi, il ouvre la longue liste des martyrs.

De Jérusalem à Compostelle

Comment un apôtre mort à Jérusalem se retrouve-t-il patron de l’Espagne ? La tradition veut que Jacques ait évangélisé la péninsule ibérique avant de revenir mourir en Judée. Après sa mort, ses disciples auraient transporte son corps en barque jusqu’en Galice. Au IXe siècle, un ermite nommé Pelayo découvre un tombeau dans un champ — le « campus stellae », le champ de l’étoile. Compostelle est née.

Le pèlerinage de Compostelle devient en quelques décennies le plus important de la chrétienté occidentale avec Rome et Jérusalem. Des routes se structurent à travers la France — Le Puy, Vézelay, Tours, Arles. Des hospices s’ouvrent, des ponts se construisent. La coquille Saint-Jacques, que les pèlerins accrochent à leur besace, devient le signe de ralliement d’une Europe en marche.

Un chemin toujours vivant

Aujourd’hui, plus de 400 000 pèlerins arrivent chaque année à la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle pour embrasser la statue de l’apôtre et recevoir la Compostela. Certains marchent pour la foi, d’autres pour le sport, d’autres encore pour fuir quelque chose ou trouver autre chose. Le Camino est devenu un phénomène culturel qui dépasse largement le cadre religieux.

La coquille, elle, est partout : sur les panneaux indicateurs du chemin, sur les façades des églises, dans les logos touristiques. Jacques, le pêcheur emporté qui voulait faire pleuvoir le feu, est devenu le saint de la lenteur et du pas après le pas.

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Le saviez-vous ?

  • La coquille Saint-Jacques tire bien son nom du saint. Au Moyen Âge, les pèlerins la ramassaient sur les plages de Galice comme preuve de leur voyage accompli. Elle servait aussi de récipient pour boire dans les fontaines le long du chemin — usage pratique devenu symbole universel.

  • L’Ordre de Saint-Jacques, fondé au XIIe siècle en Espagne, est l’un des plus anciens ordres militaires de chevalerie. Sa croix rouge en forme d’épée orne encore aujourd’hui des édifices dans toute la péninsule ibérique.

  • Quand le botafumeiro — le gigantesque encensoir de la cathédrale de Compostelle — se met en mouvement, il pèse 54 kilos et file à près de 70 km/h dans la nef. Il fallait à l’origine huit hommes pour le manœuvrer. Son rôle premier, dit la légende, était de masquer l’odeur des pèlerins arrivant après des semaines de marche.