Saint Léon le Grand — Le pape qui arrêta Attila

Portrait de saint Léon le Grand, pape du Ve siècle, défenseur de Rome face à Attila

Nous sommes en 452, quelque part dans la plaine du Pô, au nord de l’Italie. L’Empire romain d’Occident est en ruines. Attila, le roi des Huns — celui que les chroniqueurs appellent le « fléau de Dieu » — marche sur Rome avec son armée. L’empereur Valentinien III est impuissant. Alors c’est un évêque qui sort des murs de la Ville éternelle pour parlementer : Léon, pape depuis douze ans, sans armée ni escorte militaire. Et contre toute attente, Attila fait demi-tour.

Un pape pour les temps de chaos

On sait peu de chose sur les origines de Léon. Né probablement en Toscane à la fin du IVe siècle, il est élu pape en 440, à une époque où l’Empire romain se disloque. Les Vandales tiennent l’Afrique du Nord, les Wisigoths l’Espagne, les Burgondes une partie de la Gaule. Le pouvoir impérial, réfugié à Ravenne, ne contrôle presque plus rien.

Dans ce vide politique, Léon comprend que l’évêque de Rome doit être autre chose qu’un chef religieux. Il devient le véritable administrateur de la ville, organise le ravitaillement, négocie avec les envahisseurs. C’est le premier pape à exercer un rôle politique de premier plan — et le premier à porter le titre « le Grand », que seuls deux autres papes recevront après lui, dont Saint Grégoire le Grand au VIe siècle.

La rencontre légendaire avec Attila en 452

L’épisode d’Attila reste le plus célèbre de son pontificat. En juin 452, le roi des Huns a déjà ravagé Aquilée et Milan. Rome semble condamnée. Léon part à sa rencontre, accompagné d’une délégation sénatoriale, près du lac de Garde. Ce qui se passe exactement lors de cette entrevue reste un mystère.

Les chroniqueurs chrétiens rapportent qu’Attila vit, derrière le pape, les silhouettes menaçantes de Saint Pierre et de saint Paul brandissant des épées. Raphaël a immortalisé la scène dans une fresque célèbre au Vatican. Les historiens, plus prosaïques, avancent d’autres raisons : une épidémie de malaria décimait l’armée hunnique, et les troupes de l’empereur d’Orient menaçaient le flanc d’Attila.

Peu importe : le résultat est là. Attila repart, et Rome est épargnée. Trois ans plus tard, Léon tentera la même chose avec les Vandales de Genséric. Cette fois, il ne pourra pas empêcher le sac de la ville — mais il obtiendra qu’on épargne les habitants et qu’on ne brûle pas les basiliques.

Le Tome de Léon — un texte fondateur de la christologie

Au-delà du politique, Léon est un théologien de premier ordre. En 449, il rédige une lettre doctrinale — le « Tome de Léon » — adressée à Flavien, patriarche de Constantinople. Le texte affirme que le Christ possède deux natures, divine et humaine, unies en une seule personne « sans confusion, sans changement, sans division, sans séparation ».

Ce texte est présenté au Concile de Chalcédoine en 451, devant six cents évêques. Quand il est lu à haute voix, les Pères du concile s’exclament : « Pierre a parlé par la bouche de Léon ! » La définition de Chalcédoine, adoptée sur la base du Tome, reste aujourd’hui la formulation officielle de la christologie dans les Églises catholique et orthodoxe.

Léon meurt en 461 après vingt et un ans de pontificat. Il a été proclamé Docteur de l’Église en 1754. Son héritage est double : il a sauvé Rome par la diplomatie et défini le Christ par la raison.

Le saviez-vous ?

  • La fresque de la Rencontre de Léon le Grand avec Attila, peinte par Raphaël dans les Chambres du Vatican, montre les apôtres Pierre et Paul flottant dans le ciel avec des épées. On dit que Raphaël s’est représenté lui-même parmi les porteurs de la litière papale.

  • Le Concile de Chalcédoine (451) est le quatrième concile œcuménique. Sa définition christologique est encore rejetée par les Églises dites « pré-chalcédoniennes » — copte, éthiopienne, arménienne et syriaque — qui réunissent environ 80 millions de fidèles. Ce désaccord vieux de seize siècles fait toujours l’objet de dialogues théologiques.

  • Léon le Grand est l’un des rares papes dont les sermons ont été intégralement conservés — 96 homélies et 143 lettres. On y trouve la première formulation claire de la primauté romaine : l’évêque de Rome, successeur de Pierre, est le chef de toute l’Église.