Saint Olivier Plunkett — Le dernier martyr catholique

Portrait de saint Olivier Plunkett, archevêque d'Armagh, martyr irlandais du XVIIe siècle

Le 1er juillet 1681, à Tyburn, un homme de cinquante-six ans est traîné sur une claie, pendu, éviscéré vivant, puis décapité. Son crime : être archevêque catholique. Olivier Plunkett est le dernier catholique exécuté en Angleterre pour sa foi. Sa tête, conservée comme une relique, vous regarde encore aujourd’hui depuis une vitrine de Drogheda, en Irlande.

L’étudiant de Rome

Olivier Plunkett naît en 1625 dans le comté de Meath, en Irlande, dans une famille de la vieille aristocratie gaélique. L’Irlande est sous domination anglaise, et être catholique y est déjà un acte de résistance. À seize ans, Plunkett part étudier à Rome, où il restera vingt-cinq ans — ordonné prêtre, puis professeur de théologie au Collège de la Propagande.

Rome est pour lui un refuge. L’Irlande est alors ravagée par les guerres cromwelliennes : les catholiques sont persécutés, les terres confisquées, les prêtres traqués. Plunkett aurait pu rester tranquillement dans la Ville éternelle, enseigner, écrire, vieillir en paix. En 1669, le pape le nomme archevêque d’Armagh, primat d’Irlande. Plunkett accepte. Il sait ce qui l’attend.

L’archevêque clandestin

De retour en Irlande, Plunkett découvre une Église en ruines. Les évêques sont en exil, les prêtres se cachent, les fidèles pratiquent en secret. Il se met au travail avec une énergie méthodique : il confirme des milliers de fidèles, ordonne des prêtres, réorganise les diocèses, ouvre des écoles. Il parcourt son diocèse déguisé en laïc, célébrant la messe dans des granges et des champs.

Pendant une brève période de tolérance, sous Charles II, Plunkett peut agir presque au grand jour. Il tente même de rapprocher catholiques et protestants, correspondant avec les évêques anglicans dans un esprit de dialogue rare pour l’époque. Comme Saint Thomas More un siècle et demi plus tôt, Plunkett croit qu’on peut être fidèle à Rome sans être traître à la Couronne.

Le complot papiste

En 1678, un mythomane nommé Titus Oates invente de toutes pièces un « complot papiste » : les catholiques prépareraient l’assassinat du roi Charles II et l’invasion de l’Angleterre par les armées du pape. Le mensonge est grotesque, mais l’Angleterre y croit. Une vague de panique antichrétienne déferle. Des dizaines de catholiques sont arrêtés, jugés, exécutés.

Plunkett est dénoncé par des prêtres irlandais — certains agissent par peur, d’autres par jalousie. Arrêté en 1679, il est transféré à Londres pour être jugé. Le procès est une farce : les témoins se contredisent, les accusations sont absurdes, le jury est protestant et hostile. Plunkett est condamné pour haute trahison. Le juge lui-même semble mal à l’aise.

À Tyburn, le lieu d’exécution traditionnel de Londres, Plunkett pardonne publiquement ses accusateurs et prie pour le roi. Il est le dernier catholique à mourir sur cet échafaud qui avait déjà vu tomber tant de têtes, depuis Saint Thomas More en 1535.

Une mémoire partagée

La tête d’Olivier Plunkett fut sauvée du bûcher par des fidèles et finit par arriver à l’église Saint-Pierre de Drogheda, en Irlande, où elle est exposée depuis. Ce n’est pas un spectacle pour âmes sensibles, mais c’est un témoignage brut de ce que la haine religieuse peut produire.

Plunkett fut béatifié en 1920 et canonisé en 1975 — le premier Irlandais à être canonisé en près de sept cents ans.

Le saviez-vous ?

  • La tête de Saint Olivier Plunkett, conservée dans un reliquaire à Drogheda, est l’une des reliques les plus visitées d’Irlande. Elle est étonnamment bien préservée, et les traits du visage sont encore reconnaissables après plus de trois siècles.
  • Titus Oates, l’inventeur du « complot papiste », fut finalement démasqué et condamné pour parjure en 1685. Il fut fouetté publiquement et emprisonné, mais ne fut jamais exécuté — ironie amère pour les dizaines d’innocents morts à cause de ses mensonges.
  • Plunkett parlait couramment cinq langues : l’irlandais, l’anglais, le latin, l’italien et le français. Ses lettres, conservées aux archives du Vatican, sont une source précieuse sur la vie des catholiques irlandais au XVIIe siècle.