Saint Paul Miki — Le jésuite japonais qui prêcha depuis sa croix

Portrait de saint Paul Miki, jésuite japonais du XVIe siècle, martyr crucifié de Nagasaki

Le 5 février 1597, vingt-six hommes sont crucifiés sur une colline de Nagasaki, face à la mer. Le plus éloquent d’entre eux, un jésuite japonais de trente-trois ans, transforme sa croix en chaire et prononce son dernier sermon devant la foule rassemblée. Paul Miki meurt à l’âge du Christ, dans un Japon qui hésite entre fascination et terreur face à cette religion venue d’Occident.

Le fils de samouraï devenu prêtre

Paul Miki naît vers 1562 dans une famille de samouraïs japonais convertis au christianisme. Il entre au séminaire jésuite d’Azuchi à l’âge de dix ans — à peine deux décennies après l’arrivée de Saint François Xavier au Japon en 1549. Brillant, passionné, Miki devient l’un des prédicateurs les plus efficaces de la mission japonaise. Sa connaissance intime de la culture locale et du bouddhisme lui permet des arguments que les missionnaires européens ne maîtrisent pas.

Le christianisme connaît alors un succès spectaculaire au Japon : on estime à 300 000 le nombre de convertis à la fin du XVIe siècle, dont plusieurs daimyos (seigneurs féodaux). Mais cette expansion inquiète le pouvoir central.

Le basculement

En 1587, le shogun Toyotomi Hideyoshi promulgue un premier édit d’expulsion des missionnaires, reste largement inappliqué. Mais en décembre 1596, l’incident du galion San Felipe change tout : un navire espagnol échoué sur les côtes japonaises laisse entendre que les missionnaires préparent une conquête coloniale. Hideyoshi, furieux, ordonne l’arrestation de tous les chrétiens de Kyoto et Osaka.

Vingt-six hommes sont condamnés : six franciscains espagnols, trois jésuites japonais dont Paul Miki, et dix-sept laïcs japonais — parmi lesquels trois adolescents. On leur coupe une oreille à Kyoto, puis on les force à marcher pendant un mois, en plein hiver, à travers le Japon jusqu’à Nagasaki, pour que leur supplice serve d’exemple.

Le sermon de la croix

Le 5 février 1597, les vingt-six sont attachés à des croix dressées sur la colline de Nishizaka, à Nagasaki. C’est depuis sa croix que Paul Miki prononce ses derniers mots, rapportés par les témoins : « Je suis japonais et jésuite. Je n’ai commis aucun crime. La seule raison pour laquelle je meurs est que j’ai enseigné la doctrine du Christ. Je pardonne à ceux qui sont responsables de ma mort. » Puis il ajoute, paraphrasant le Christ : « Il n’y a pas d’autre chemin de salut que celui des chrétiens. »

Les bourreaux achèvent les condamnés à coups de lance. La foule, selon les témoignages, recueille leur sang comme des reliques.

Après le martyre : les chrétiens cachés

La persécution ne fait que commencer. Pendant plus de deux cent cinquante ans, le christianisme est interdit au Japon. Mais à Nagasaki et dans les îles voisines, des communautés secrètes — les « kakure kirishitan » — transmettent leur foi de génération en génération, sans prêtres, sans sacrements, sans livres. En 1865, quand le Japon s’ouvre enfin, des missionnaires français découvrent avec stupeur que des milliers de chrétiens ont survécu dans la clandestinité. Saint Ignace de Loyola avait fondé un ordre pour aller au bout du monde ; Paul Miki a prouvé que la foi pouvait survivre au bout du silence.

Les vingt-six martyrs ont été canonisés en 1862 par Pie IX. Leur mémorial se dresse toujours sur la colline de Nishizaka, à Nagasaki.

Le saviez-vous ?

  • Trois adolescents parmi les martyrs. Les vingt-six crucifiés comptaient trois garçons : Louis Ibaraki (12 ans), Antoine Deynan (13 ans) et Thomas Kozaki (14 ans). Tous trois refusèrent le pardon offert en échange de leur apostasie. Louis chanta un psaume sur sa croix.

  • La marche de mille kilomètres. Avant leur exécution, les condamnés furent contraints de traverser le Japon à pied, de Kyoto à Nagasaki, en plein hiver — environ un mois de marche –, afin que leur sort serve d’avertissement dans chaque ville traversée.

  • Le lien avec Saint Étienne. Paul Miki est souvent comparé au premier martyr chrétien pour avoir, comme Étienne, prêché et pardonné à ses bourreaux dans ses derniers instants. La ressemblance était si frappante que les missionnaires de l’époque le surnommèrent « l’Étienne du Japon ».