Sainte Maria Goretti — Le pardon qui bouleversa un meurtrier

Portrait de sainte Maria Goretti, vierge martyre italienne du XXe siècle, patronne des jeunes

Le 5 juillet 1902, dans une ferme misérable des Marais Pontins, à deux heures de Rome, une petite fille de onze ans est poignardée quatorze fois par un voisin de dix-huit ans. Transportée à l’hôpital de Nettuno, elle agonise vingt heures. Avant de mourir, elle prononce ces mots : « Je lui pardonne, et je veux qu’il vienne avec moi au Paradis. » Quarante-huit ans plus tard, le meurtrier sera présent, au premier rang, lors de la canonisation de sa victime. L’histoire de Maria Goretti n’est pas une leçon de morale. C’est un récit sur la puissance déroutante du pardon.

La misère des Marais Pontins

Maria naît le 16 octobre 1890 à Corinaldo, dans les Marches italiennes. Son père, Luigi, est un métayer endetté. La famille déménage dans les Marais Pontins, une région insalubre au sud de Rome, pour trouver du travail. Ils partagent une ferme avec la famille Serenelli. Luigi meurt de la malaria en 1900. Maria, à dix ans, prend en charge la maison et ses cinq frères et sœurs pendant que sa mère, Assunta, travaille aux champs. L’enfance de Maria ressemble à celle de milliers de petites filles pauvres de l’Italie rurale. Comme Sainte Bernadette Soubirous, elle ne sait ni lire ni écrire.

Alessandro

Alessandro Serenelli, dix-huit ans, fils du colocataire, est un jeune homme brutal, marqué par une enfance difficile et une mère morte jeune. Il harcèle Maria depuis des mois, lui faisant des avances qu’elle repousse. Le 5 juillet 1902, profitant de l’absence des adultes, il l’attire dans la maison et tente de la violer. Maria résiste. Il la poignarde quatorze fois avec un poinçon.

On la trouve baignant dans son sang. Transportée à l’hôpital, elle survit vingt heures dans des souffrances atroces — les chirurgiens opèrent sans anesthésie. Quand le prêtre lui demande si elle pardonne à Alessandro, elle répond sans hésitation. Elle meurt le 6 juillet 1902.

La conversion du meurtrier

Alessandro est condamné à trente ans de réclusion — le minimum, car il est mineur. En prison, il est violent, fermé, impénétrable. Puis, selon son propre témoignage, il fait un rêve : Maria, dans un jardin, lui offre des lys blancs qui deviennent des flammes dans ses mains. À son réveil, il est un autre homme. Il écrit une lettre de repentir à l’évêque, se confesse, et passe le reste de sa peine dans le silence et la prière.

Libéré en 1929, il se rend d’abord chez Assunta, la mère de Maria. C’est la veille de Noël. « Si Maria a pu vous pardonner, dit Assunta, je le peux aussi. » Ils assistent ensemble à la messe de minuit. Alessandro entre ensuite comme jardinier dans un couvent capucin, où il vivra jusqu’à sa mort en 1970.

La canonisation de 1950

Le 24 juin 1950, Pie XII canonise Maria Goretti sur la place Saint-Pierre, devant la plus grande foule jamais rassemblée pour une canonisation à cette date : environ 500 000 personnes. Assunta, sa mère, est présente — c’est la première fois qu’un parent assiste à la canonisation de son enfant. Alessandro est là aussi, au premier rang, les larmes aux yeux.

Maria est la plus jeune sainte canonisée de l’ère moderne. Son histoire a longtemps été présentée sous l’angle de la « pureté défendue », mais les lectures contemporaines insistent davantage sur le pardon. Sainte Agnès de Rome, autre très jeune martyre, et Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, morte à vingt-quatre ans, partagent avec elle cette sainteté précoce qui interroge nos catégories d’adultes.

Le saviez-vous ?

  • Alessandro Serenelli a vécu jusqu’en 1970, soit soixante-huit ans après le meurtre. Il a passé ses vingt-sept dernières années comme jardinier au couvent des Capucins de Macerata, menant une vie de pénitence silencieuse.
  • Lors de la canonisation en 1950, la mère de Maria, Assunta Goretti, âgée de quatre-vingt-quatre ans, a été présentée au pape Pie XII. C’est le seul cas connu dans l’histoire récente où un parent a pu assister à la canonisation de son propre enfant.
  • Le corps de Maria Goretti, conservé dans la basilique Notre-Dame-des-Grâces à Nettuno, est en réalité un modèle en cire recouvrant ses ossements. Son visage, reconstitué, montre une enfant aux traits paisibles — très loin de l’imagerie doloriste qui entoure souvent les martyrs.