Sainte Marie-Madeleine : l'apôtre des apôtres

Portrait de sainte Marie-Madeleine, disciple du Christ et apôtre des apôtres

C’est une femme qui a vu ce qu’aucun homme n’a osé aller voir. Au matin de Pâques, quand les apôtres se terrent derrière leurs portes fermées, elle marche seule vers le tombeau. Et c’est à elle — à elle la première — que le Christ ressuscité adresse la parole.

Une identité longtemps brouillée

Pendant des siècles, l’Occident chrétien a confondu trois femmes en une : Marie de Magdala, Marie de Béthanie et la pécheresse anonyme qui oint les pieds de Jésus chez Simon le pharisien. Le pape Grégoire le Grand, en 591, a scellé cette fusion dans un sermon célèbre. Il faudra attendre 1969 pour que Rome distingue officiellement Marie-Madeleine de la pécheresse repentie.

Cette confusion n’est pas anodine. Elle a réduit pendant quatorze siècles une figure majeure du christianisme à l’image d’une femme de mauvaise vie rachetée par les larmes. Or les Évangiles disent autre chose : Marie de Magdala est une disciple fidèle, présente aux moments décisifs — la Crucifixion, la mise au tombeau et, surtout, la Résurrection.

La femme qui a porté la nouvelle

Ce que les textes racontent est limpide. Tandis que Saint Pierre a renié Jésus trois fois et que les autres apôtres ont fui, Marie-Madeleine est restée au pied de la croix. Le dimanche matin, elle se rend au tombeau pour embaumer le corps. Elle le trouve vide. C’est alors que Jésus lui apparaît et lui dit : « Va vers mes frères et dis-leur… » Elle devient ainsi la messagère de la Résurrection.

Saint Paul, dans ses épîtres, ne la mentionne pas. Mais Thomas d’Aquin, au XIIIe siècle, lui donnera le titre qui dit tout : Apostolorum Apostola, l’apôtre des apôtres. En 2016, le pape François a élevé sa fête liturgique au rang de fête, au même niveau que celle des apôtres masculins. Une réhabilitation tardive mais significative.

La légende provençale

La tradition provençale raconte qu’après l’Ascension, Marie-Madeleine, accompagnée de Lazare et Marthe, aurait été jetée sur un bateau sans voile ni rame et aurait débarqué aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Elle aurait ensuite vécu trente ans en ermite dans la grotte de la Sainte-Baume, dans les collines entre Marseille et Toulon.

Que l’on croie ou non à cette tradition, la Sainte-Baume est un lieu de pèlerinage majeur depuis le Ve siècle. La grotte, nichée dans une falaise calcaire à 860 mètres d’altitude, attire encore des dizaines de milliers de visiteurs chaque année. Les dominicains en assurent la garde depuis le XIIIe siècle.

Pourquoi Marie-Madeleine parle encore

Marie-Madeleine fascine parce qu’elle incarne un paradoxe. Elle est la plus fidèle des disciples et pourtant la moins reconnue. Elle porte l’annonce la plus importante de l’histoire chrétienne, et pourtant son témoignage a été minimisé pendant des siècles. Son histoire pose une question qui résonne bien au-delà du cadre religieux : à qui donne-t-on le droit de témoigner ?

Le saviez-vous ?

  • Le mot « madeleine » en français — le petit gâteau en forme de coquillage — doit probablement son nom à Sainte Marie-Madeleine. Les petits gâteaux étaient confectionnés par les pèlerins de Vézelay et de la Sainte-Baume pour honorer la sainte.
  • La ville de Magdala, en Galilée, dont Marie tire son nom, a été redécouverte par les archéologues en 2009. Les fouilles ont mis au jour une synagogue du Ier siècle, l’une des plus anciennes jamais trouvées.
  • Vézelay, en Bourgogne, prétend conserver les reliques de Marie-Madeleine depuis le XIe siècle. C’est de cette basilique que Saint Bernard de Clairvaux a prêché la deuxième croisade en 1146, et que Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste sont partis pour la troisième.