Sainte Marthe, Marie et Lazare — Les trois amis de Jésus

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Jésus avait des amis. Pas seulement des disciples, des foules ou des contradicteurs — des amis, chez qui il venait dîner, se reposer, parler librement. Ce sont Marthe, Marie et Lazare, trois frère et sœurs de Béthanie, un village à trois kilomètres de Jérusalem. Leur maison est le seul endroit des Évangiles où l’on voit Jésus pleurer, rire et se mettre à table sans arrière-pensée.

La maison de Béthanie

Béthanie — aujourd’hui el-Azariyeh, « le village de Lazare » en arabe — se niche sur le versant oriental du mont des Oliviers. C’est là que vit cette fratrie singulière. Marthe, l’aînée, tient la maison. Marie écoute. Lazare, on ne sait pas très bien ce qu’il fait — jusqu’au jour où il meurt, et où tout bascule.

L’épisode le plus célèbre est celui du repas. Jésus arrive. Marthe s’affaire en cuisine, prépare, sert, s’agite. Marie, elle, s’assied aux pieds du maître et l’écoute. Marthe s’impatiente : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui de m’aider ! » La réponse de Jésus — « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes de beaucoup de choses. Marie a choisi la meilleure part » — a alimenté des siècles de débat sur la supériorité supposée de la contemplation sur l’action.

Deux sœurs, deux tempéraments

Ce serait pourtant une erreur de réduire Marthe à la « mauvaise élève » de l’Évangile. Quand Lazare tombe malade et meurt, c’est Marthe qui court au-devant de Jésus. C’est elle qui prononce l’une des plus belles professions de foi du Nouveau Testament : « Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu. » Saint Pierre n’a pas dit mieux.

Marie, elle, reste à la maison. Quand elle finit par rejoindre Jésus, elle pleure. Et Jésus pleure avec elle. Ce passage — « Jésus pleura » (Iohannes 11:35), le verset le plus court de la Bible — est l’un des plus bouleversants. Dieu incarné pleure la mort d’un ami. Pas par faiblesse, mais par amitié.

La résurrection de Lazare

Puis vient le miracle le plus spectaculaire des Évangiles. Lazare est mort depuis quatre jours. Marthe objecte : « Seigneur, il sent déjà. » Jésus fait ouvrir le tombeau et crie : « Lazare, viens dehors ! » Le mort sort, encore enveloppé de ses bandelettes.

Ce miracle est le point de bascule du récit évangélique. C’est après la résurrection de Lazare que les autorités de Jérusalem décident de tuer Jésus. L’amitié a un prix. En ressuscitant son ami, Jésus signe son propre arrêt de mort.

Après les Évangiles

La tradition provençale — apparue au Moyen Âge et historiquement douteuse mais culturellement puissante — veut que Marthe, Marie et Lazare aient débarqué en Provence après la Résurrection. Marthe aurait vaincu la Tarasque à Tarascon, Lazare serait devenu évêque de Marseille, Marie se serait retirée dans la grotte de la Sainte-Baume. En 2021, le pape François a réuni les trois noms dans une même fête liturgique, le 29 juillet, reconnaissant ce que l’Évangile montrait déjà : on ne peut pas les séparer.

Le saviez-vous ?

  • Le village de Béthanie s’appelle aujourd’hui el-Azariyeh en arabe, du nom de Lazare (al-Azar). On peut y visiter le tombeau traditionnel de Lazare — une grotte accessible par un escalier de 24 marches, vénérée depuis le IVe siècle.

  • Vermeer, le peintre de Delft, a consacré l’un de ses rares tableaux religieux à la scène de Marthe et Marie. C’est sa plus grande toile et l’une de ses premières œuvres (vers 1655). Elle est aujourd’hui conservée à la National Gallery d’Écosse, à Édimbourg.

  • Jusqu’en 2021, seule Marthe avait sa fête au calendrier romain (le 29 juillet). Le pape François y a ajouté Marie et Lazare, créant une fête commune — la première fois qu’un trio d’amis est ainsi célébré ensemble dans le calendrier liturgique catholique.