Sainte Nino — L'esclave qui convertit la Géorgie au christianisme

Portrait de sainte Nino, apôtre de la Géorgie au IVe siècle, croix de vigne

Elle arrive en Géorgie comme captive, sans armée, sans richesse, sans mandat officiel. Elle repart — ou plutôt elle reste — comme l’apôtre d’une nation entière. L’histoire de Nino de Cappadoce est l’une des plus extraordinaires de l’Antiquité chrétienne : celle d’une esclave qui, par la seule force de sa conviction et de ses guérisons, transforme un royaume païen en l’un des premiers États chrétiens du monde.

Une captive venue de Cappadoce

Les sources géorgiennes, notamment la Vie de Nino rapportée par les chroniques médiévales, situent sa naissance vers 296 en Cappadoce, dans l’actuelle Turquie centrale. Selon la tradition, Nino est la nièce du patriarche de Jérusalem et grandit dans un milieu chrétien cultivé. Mais les circonstances de son arrivée en Géorgie restent mystérieuses : capturée lors d’un raid, vendue comme esclave, elle se retrouve dans le royaume d’Ibérie (la Géorgie orientale) vers 320.

Ce qu’on sait avec certitude, c’est que la Géorgie du début du IVe siècle est un pays païen, coincé entre l’Empire romain et l’Empire perse, où cohabitent le zoroastrisme, les cultes locaux et quelques communautés juives. C’est dans ce contexte que Nino commence à prêcher — d’abord discrètement, parmi les femmes et les esclaves de la capitale Mtskheta.

Des guérisons qui changent le cours d’un royaume

La réputation de Nino se construit sur des guérisons. Les chroniques rapportent qu’elle soigne un enfant malade en le posant sur sa couche de branchages et en priant. Puis un autre. Puis d’autres encore. Le bouche-à-oreille fait le reste. Bientôt, la reine Nana, elle-même malade, fait appel à cette esclave étrangère qui guérit au nom d’un dieu inconnu. La reine est guérie et se convertit.

Le roi Mirian III résiste plus longtemps. C’est un homme politique pragmatique, allié des Perses, et changer de religion signifie bouleverser ses alliances. Mais lors d’une partie de chasse, selon la tradition, il est frappé par une obscurité soudaine et ne retrouve la vue qu’après avoir invoqué le « Dieu de Nino ». Convaincu, il se convertit et déclare le christianisme religion officielle du royaume vers 337 — à peine quelques années après l’Arménie et l’Empire romain.

Mirian envoie une ambassade à Constantinople pour demander des prêtres et des évêques. L’empereur Constantin, ravi de cette conversion stratégique dans le Caucase, envoie un clergé complet. La première cathédrale est construite à Mtskheta, à l’emplacement que Nino elle-même aurait désigné.

La croix de vigne, symbole d’une nation

L’attribut le plus célèbre de Nino est sa croix faite de sarments de vigne, liés par ses propres cheveux. Cette croix aux branches légèrement tombantes est devenue le symbole national de la Géorgie chrétienne, présente sur les drapeaux, les églises et les bijoux. Nino meurt vers 338-340 à Bodbe, dans la région de Kakhétie, où son tombeau est vénéré depuis plus de seize siècles.

En Géorgie, Nino n’est pas simplement une sainte parmi d’autres : elle est la figure fondatrice, l’équivalent de saint Patrick pour l’Irlande. Sa fête, le 14 janvier, est un jour férié national. Les Géorgiens l’appellent « égale aux apôtres » — un titre qu’aucune autre femme ne porte dans leur tradition.

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Le saviez-vous ?

  • La Géorgie est l’un des plus anciens pays chrétiens du monde, avec l’Arménie et l’Éthiopie. La conversion attribuée à Nino vers 337 fait du royaume d’Ibérie le deuxième État chrétien de l’histoire, juste après l’Arménie (301).

  • La croix de Nino, faite de sarments de vigne liés par ses cheveux, est conservée dans la cathédrale de Sion à Tbilissi. Les branches légèrement affaissées de cette croix sont devenues le symbole distinctif du christianisme géorgien, différent de toutes les autres croix chrétiennes.

  • Nino est vénérée aussi bien par les orthodoxes que par les catholiques, mais avec des dates différentes. Les orthodoxes géorgiens la fêtent le 14 janvier et le 1er juin, tandis que le martyrologe romain retient le 14 janvier.