Saints Nabor et Félix — Les soldats maures martyrisés à Milan

Portrait de saints Nabor et Félix, soldats martyrs de Milan au IIIe siècle

Deux soldats originaires d’Afrique du Nord servent dans les légions romaines à la fin du IIIe siècle. Ils sont morts, chrétiens, à Milan, sous les coups de la persécution de Dioclétien. L’histoire de Nabor et Félix est celle d’un double passage de frontière — géographique et spirituel — qui les a menés du Sahara au martyre, en traversant tout l’Empire romain.

Des Maures dans les légions

Nabor et Félix sont originaires de Maurétanie, cette région d’Afrique du Nord qui correspond approximativement au Maroc et à l’Algérie actuels. Au IIIe siècle, l’armée romaine recrute largement parmi les populations de ses provinces. Les soldats maures sont réputés pour leur bravoure et leur endurance. Nabor et Félix font partie de ces milliers de Nord-Africains qui servent sous les aigles de Rome, loin de leur terre natale.

Comment sont-ils devenus chrétiens ? Les sources ne le précisent pas avec certitude. L’Afrique du Nord est, au IIIe siècle, l’un des foyers les plus dynamiques du christianisme naissant. C’est la terre de Tertullien, de Saint Cyprien de Carthage et bientôt de Saint Augustin. Il est probable que Nabor et Félix ont été évangélisés avant même de quitter l’Afrique, ou au contact d’autres soldats chrétiens dans les casernes de l’Empire.

La grande persécution

En 303, l’empereur Dioclétien lance la plus terrible des persécutions contre les chrétiens. Quatre édits successifs ordonnent la destruction des églises, la confiscation des Écritures, l’interdiction des assemblées et, finalement, l’obligation pour tous les citoyens de sacrifier aux dieux de l’Empire. Dans l’armée, la persécution est particulièrement féroce : un soldat chrétien est un soldat désobéissant, et l’armée romaine ne tolère pas l’insubordination.

Nabor et Félix sont stationnés à Milan, alors l’une des capitales de l’Empire — Dioclétien a divisé le pouvoir entre quatre empereurs, et Milan est la résidence de Maximien. Les deux soldats refusent de sacrifier aux idoles. Ils sont arrêtés, jugés et condamnés.

La tradition rapporte qu’ils subirent des tortures avant d’être décapités, probablement à Lodi, près de Milan. Leurs corps furent ramenés à Milan, où les chrétiens les ensevelirent avec vénération.

Le culte milanais

Le culte de Nabor et Félix s’enracine profondément à Milan. Quand Saint Ambroise, le grand évêque de Milan au IVe siècle, découvre les reliques des saints Gervais et Protais, il fait également transférer les restes de Nabor et Félix dans une basilique dédiée. Ce geste est politique autant que spirituel : Ambroise utilise le culte des martyrs pour affirmer l’identité chrétienne de Milan face à l’arianisme.

Les reliques de Nabor et Félix voyageront ensuite à travers l’Europe. On en retrouve à Cologne, à Paris, dans plusieurs villes italiennes. Au Moyen Âge, les deux saints sont patrons de plusieurs localités, notamment San Nazzaro dei Burgondi et d’autres communes de Lombardie.

Leur histoire illustre la diversité ethnique de l’Église primitive. Des soldats maures, venus d’Afrique, meurent pour le Christ à Milan et deviennent des saints vénérés dans toute l’Europe. Le christianisme des premiers siècles était bien plus cosmopolite qu’on ne l’imagine souvent.

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Le saviez-vous ?

  • Saint Ambroise de Milan fit bâtir une basilique en l’honneur de Nabor et Félix au IVe siècle. C’est sur son emplacement que fut édifiée plus tard la célèbre basilique Sant’Ambrogio, l’un des joyaux de l’art roman lombard.
  • La Maurétanie romaine, d’où étaient originaires Nabor et Félix, a donné à l’Église un nombre considérable de saints et de théologiens, dont Augustin d’Hippone, le plus influent penseur chrétien de l’Antiquité.
  • Les reliques de Nabor et Félix furent parmi les premières à être « élevées » solennellement par Ambroise de Milan, inaugurant une pratique qui deviendra centrale dans la piété médiévale : la translation des reliques.