Sainte Edith de Barking — La princesse qui choisit le voile

Portrait de sainte Édith de Barking, princesse anglo-saxonne et moniale du Xe siècle

Imaginez une fillette de deux ans franchissant les portes d’un couvent, sans comprendre encore que ce geste scellera son destin. Edith de Wilton n’a jamais connu les fastes de la cour de son père, le roi Edgar d’Angleterre. Et pourtant, elle aurait pu régner.

Une enfance entre cloître et couronne

Nous sommes en 961, dans une Angleterre où les royaumes saxons viennent à peine de s’unifier. Le roi Edgar le Pacifique, souverain puissant et réformateur, a une liaison avec Wulfthryth, une jeune femme de noble lignage. De cette union naît Edith, probablement en 961 ou 962. Mais Wulfthryth ne restera pas à la cour : elle se retire au monastère de Wilton, emmenant sa fille avec elle.

C’est dans ce couvent du Wiltshire que la petite princesse grandit. On pourrait imaginer une enfance austère, mais les sources médiévales racontent une jeune fille vive, cultivée, qui apprit le latin, les arts et même l’enluminure. Son père le roi Edgar ne l’oublia pas : il lui rendit visite, lui envoya des cadeaux, et tenta même de la convaincre de quitter le voile pour une vie plus conforme à son rang.

Le refus d’une couronne

L’épisode le plus marquant de la vie d’Edith survient après l’assassinat de son demi-frère, le roi Édouard le Martyr, en 978. Certaines chroniques rapportent que la couronne lui fut proposée, ou du moins que des nobles envisagèrent sa candidature. Edith refusa. Elle qui avait grandi entre les murs du couvent ne voyait pas le trône comme un privilège, mais comme un fardeau.

Ce refus n’avait rien d’un calcul politique. Les chroniqueurs de l’époque, notamment Goscelin de Canterbury qui rédigea sa hagiographie un siècle plus tard, insistent sur la sincérité de son choix. Edith n’était pas une recluse triste : elle aimait porter de beaux vêtements sous sa bure, ce qui lui valut les reproches de saint Ethelwold, l’évêque de Winchester. Elle lui répondit, dit-on, que Dieu regardait le cœur et non les habits.

Une mort prématurée et une gloire posthume

Edith fit construire l’église Saint-Denis dans l’enceinte de son monastère, qu’elle décora avec un soin particulier. Elle consacra ses journées à l’étude, à la prière, mais aussi au service des pauvres qui affluaient aux portes du couvent. Sa charité était connue bien au-delà du Wiltshire.

Elle mourut le 16 septembre 984, à l’âge de vingt-trois ans seulement. La cause exacte de sa mort reste inconnue. Mais c’est après sa disparition que sa renommée explosa véritablement. Lorsqu’on ouvrit son tombeau quelques années plus tard, on découvrit son corps intact, un signe de sainteté dans la tradition médiévale. Le roi Canut le Grand, pourtant d’origine danoise, fut l’un des plus fervents promoteurs de son culte au XIe siècle.

Son pèlerinage attira des fidèles de toute l’Angleterre. Wilton devint l’un des monastères féminins les plus prestigieux du royaume, et la mémoire d’Edith contribua largement à cette renommée.

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Le saviez-vous ?

  • Edith est l’une des rares saintes à avoir été critiquée pour sa coquetterie : elle portait des vêtements élégants même au couvent, ce qui choquait certains évêques mais ne l’empêcha pas d’être canonisée.
  • Son père Edgar le Pacifique fut lui-même un grand réformateur de la vie monastique en Angleterre, ce qui rend d’autant plus symbolique le choix de sa fille de prendre le voile.
  • Lors de l’ouverture de son tombeau, la tradition rapporte que son pouce était resté intact, celui-là même avec lequel elle faisait le signe de croix : ce détail alimenta la dévotion populaire pendant des siècles.