Challain-la-Potherie
Maine-et-Loire · Pays de la Loire
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La commune et son patrimoine religieux
Histoire de Challain-la-Potherie
Challain-la-Potherie est une commune de Maine-et-Loire, en Pays de la Loire, qui compte 792 habitants. Le nom de la commune est composé de deux appellations concurrentes réunies. Le village s'appelle à l'origine Challain, mais lorsque Urbain Leroy de La Potherie obtient le titre de comte de Challain en 1747, il fait rebaptiser la localité de son propre nom. Challain devint donc La Potherie.
Sous l'Ancien régime, il n'est pas rare pour les seigneurs de rebaptiser leurs propriétés pour qu'elles portent le même nom qu'eux. Ainsi, le village de Chambrais en Normandie est renommé « Broglie » en 1742 lorsque le seigneur, Victor-Maurice de Broglie, obtint le titre de duc, et Warty dans le Beauvaisis devient « Fitz-James » lorsqu'il est acquis par les ducs de Fitz-James en 1710. Dans le cas de La Potherie, le nom de « Challain » restera en usage parmi la population.
Ainsi la carte de Cassini, dessinée au mentionne le village comme « La Potherie alias Chalain ». Sous la Révolution française, le nom officiel revient à « Châlain », dont l'orthographe est fixée à « Challain » en 1793.
Le territoire de la commune est occupé à partir du Néolithique au moins, comme en témoigne le menhir de la Maussionnaie et trois haches en pierre polie. Ces pièces ont été attribuées à la tribu des Namnètes, mais il est possible qu'elles aient été frappées par les Andécaves. Le Haut-Anjou est au début du Moyen Âge une région très peu peuplée, et le Christianisme est encore mal implanté. Alors que certains villages comme Angrie se forment dès l'époque carolingienne, la plupart n'apparaissent qu'autour de l'an mil, soit pendant la mise en place du système féodal. À cause de son isolement des routes principales, le bourg de Challain est probablement un des derniers villages du Haut-Anjou à être fondé.
Le territoire de la paroisse ne semble avoir été défriché qu'à la fin du, alors que la plupart des autres paroisses de la région ont surtout été défrichées à la fin du et au début. D'autres paroisses voisines, comme Loiré et Chazé-sur-Argos, montrent un même défrichement tardif. À Challain, les défrichements médiévaux semblent avoir suivi un schéma concentrique au départ du bourg. Les textes médiévaux renseignent très peu sur l'histoire de la paroisse. Celle-ci est dédiée à la Bienheureuse Marie, une titulature commune au et s, mais dont le culte est surtout important. La paroisse du Tremblay, située au nord de Challain, a fait partie de cette dernière jusqu'en 1636, date de la fondation de l'église paroissiale du Tremblay.
L'église de Challain est mentionnée pour la première fois dans une bulle du pape Lucien III datée de 1184, dans laquelle elle est donnée à l'abbaye de Nyoiseau. Jusqu'à la Révolution française, c'est d'ailleurs l'abbesse de Nyoiseau qui présentait le curé de Challain lors de la nomination des évêques d'Angers. Les seigneurs de Challain avaient le titre de fondateurs de la paroisse, et à ce titre, ils pouvaient être enterrés dans l'église, et y avoir leur banc et leurs armoiries. Sur le territoire de Challain, des mottes existaient à la Thibaudaie (détruite au ) et à la Cour des Aulnays (remplacée par un manoir). Le lieu dit La Motte, situé près de la Thibaudaie, possédait peut-être une autre motte, sans que cela soit certain. Une motte à conils non identifiée est également mentionnée dans un aveu.
Aucun document ne mentionne Challain avant le. Le village appartient alors à Guillaume de Thouars, également seigneur de Candé et du Lion-d'Angers. À sa mort, toutes ses possessions passèrent à la famille de Châteaubriant. Néanmoins, à la fin du siècle, Geoffroy V de Châteaubriant divisa sa succession entre deux fils, l'aîné Geoffroy VI, recevant Châteaubriant, Candé et toutes les autres grandes propriétés, et le cadet, Jehan, héritant de Challain et du Lion. L'histoire seigneuriale de Challain se redétacha donc de celle de Candé. Un aveu rendu en 1407 détaille l'état de Challain à cette époque: la terre comprend un château, un étang, trois métairies, le seigneur possède entre autres le droit de tenir un marché, d'arrêter les malfaiteurs, et d'utiliser basse, moyenne et haute justice.
La terre de Challain comprend plusieurs seigneuries vassales, la terre des Aulnays, du Tremblay, de Danepôt, de Fresnay, de Glorieux, du Petit-Marcé, des Moulinets et de Villatte. Au début du, la branche des Châteaubriant de Challain s'éteignit, et la seigneurie passa par mariage à la famille de Chambes. Celle-ci était alors une des plus grandes familles de l'Ouest de la France, possédant notamment le titre de comte de Montsoreau. Les Chambes possédaient de très nombreuses terres, et Challain était pour eux une propriété subalterne. Ils essayèrent de s'en séparer une première fois en 1552, avant de la vendre définitivement en 1574 à Antoine d'Espinay, seigneur de Broons en Bretagne. Ce dernier mourut lors des Guerres de religion et sa veuve revendit Challain à Christophe Fouquet, issu de la même famille que Nicolas Fouquet, surintendant de Louis XIV.
Christophe Fouquet, déjà président du Parlement de Bretagne, s'occupa avec soin de sa terre de Challain où il élit résidence. Il pensa faire reconstruire le château, qui était alors en très mauvais état, mais choisit plutôt de fonder un couvent de Carmes. L'édifice fut inauguré en 1617 et prit le nom de « couvent Saint-Joseph ». Il possédait de nombreuses terres, mais en raison de querelles avec le clergé séculier, il ne réussit jamais à prospérer, et ne comptait que quatre ou cinq religieux cent ans après sa fondation. Le petit-fils de Christophe Fouquet, également appelé Christophe, fut fait vicomte de Challain en 1650. Le roi tenait ainsi à le remercier de ses services lors de batailles à Thionville, Piombino et Porto-Longone, et à faire hommage à son père et son grand-père pour leur charge de président du Parlement de Bretagne.
Sept ans plus tard, le roi éleva à nouveau la seigneurie de Challain, cette fois au titre de comté. Christophe fut remplacé par son fils Bernadin, mais ce dernier n'eut pas d'enfants et divisa Challain entre divers héritiers. À sa mort en 1722, ceux-ci affermèrent la terre à un intendant avant de décider de tout vendre en 1747. Challain fut vendue à Urbain Le Roy, seigneur de La Potherie, contre livres tournois. Le titre de comte de Challain s'était éteint avec Bernardin Fouquet, mais Urbain Le Roy obtint du roi la recréation du titre en 1748. La seigneurie changea cependant de nom et les lettres patentes donnent à Urbain Le Roy le titre de « comte de La Potherie », ce qui entraîne le changement de nom du village.
Le dernier seigneur de Challain avant la Révolution française fut Louis Le Roy de La Potherie, né en 1762. Il émigra en 1790 et rejoint l'Armée des Princes avec l'espoir de rétablir la monarchie. Le village prit lui-aussi parti pour les royalistes et soutint la Chouannerie. Son prêtre refusa de prêter serment à la Constitution civile du clergé et fut envoyé en Espagne en 1792. En 1796, sur le chemin de la Tuasse, en limite du Tremblay près de la Blamerie, un bataillon de 400 soldats républicains est surpris dans un chemin par 3 000 chouans dirigés par Mathurin Ménard, dit Sans-Peur. Les républicains perdent 300 hommes, tandis les pertes des chouans sont faibles.
Le manoir de la Cour des Aulnays, refuge royaliste, fut plusieurs fois attaqué par les Républicains, notamment en 1794. Pendant les Cent-Jours, les hommes de Challain reprirent les armes sous le commandement de Sans-Peur et s'avancèrent jusqu'aux environs de Belligné, sans mener combat. Ils abandonnèrent les armes au retour de Louis XVIII. Le comte de La Potherie, rentré d'exil en 1801, participa à l'Expédition d'Espagne en 1823, et fut élu député royaliste de Maine-et-Loire en 1825. Refusant de prêter serment à la monarchie de Juillet, il dut abandonner son siège en 1830. Louis Le Roy de La Potherie mourut en 1847 et laissa le château et les terres de Challain à sa fille Louise-Ida, épouse La Rochefoucauld.
C'est elle et son mari qui ont fait démolir le vieux château et fait bâtir l'immense édifice néogothique à la place. Le nouveau château de Challain, terminé en 1854, est l'un des plus grands châteaux du département, et le symbole d'une aristocratie locale encore puissante. Pendant la Première Guerre mondiale, 70 habitants perdent la vie. Lors de la Seconde Guerre mondiale, 5 habitants sont tués.
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