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Notre Père — La prière que Jésus lui-même a enseignée

C'est la seule prière que Jésus ait directement enseignée à ses disciples. Depuis deux mille ans, le Notre Père est récité chaque jour par plus de deux milliards de chrétiens à travers le monde — catholiques, protestants, orthodoxes. Quelques lignes à peine, mais elles contiennent tout : la relation à Dieu, le rapport aux autres, le pain, le pardon, la tentation, le mal. Il n'existe pas de texte plus universel dans l'histoire du christianisme.

Publié le Mis à jour le

Prière du Notre Père enseignée par le Christ à ses disciples
Sommaire de la fiche

Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation,
mais délivre-nous du mal.
Amen.

En pratique

Intention : Prière universelle, relation filiale à Dieu

Quand prier : Chaque jour, à chaque messe, en toute circonstance

Comment prier : Debout ou à genoux, seul ou en assemblée

Introduction

Le Notre Père occupe une place absolument unique dans la foi chrétienne. Ce n'est pas une prière composée par un théologien, un moine ou un concile — c'est une prière dictée par le Christ lui-même. L'Évangile de Matthieu (6, 9-13) la situe au cœur du Sermon sur la Montagne, ce grand discours où Jésus expose l'essentiel de son enseignement. Luc (11, 2-4) la rapporte dans un contexte plus intime : les disciples, voyant Jésus prier, lui demandent simplement « Seigneur, apprends-nous à prier ». La réponse est le Notre Père.

Dès les premières communautés chrétiennes, celles-là mêmes que Saint Pierre et les apôtres ont fondées après la Pentecôte, cette prière est devenue le socle de la liturgie. La Didachè, un texte d'instruction datant de la fin du Ier siècle, recommandait déjà de la réciter trois fois par jour. Vingt siècles plus tard, elle reste la prière que tout chrétien connaît par cœur, celle que l'on murmure aussi bien dans les cathédrales que dans les chambres d'hôpital.

Notre Père — Texte complet

Voici le texte intégral du Notre Père dans sa version liturgique actuelle, en usage dans l'Église catholique depuis le premier dimanche de l'Avent 2017 :

Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation,
mais délivre-nous du mal.
Amen.

La modification la plus notable par rapport à l'ancienne version concerne la sixième demande. Pendant des décennies, les francophones priaient « ne nous soumets pas à la tentation ». Cette formulation posait un problème théologique : elle pouvait laisser entendre que Dieu lui-même soumet les hommes à la tentation, ce qui contredit l'épître de Jacques (1, 13) : « Que personne, lorsqu'il est tenté, ne dise : c'est Dieu qui me tente. » La nouvelle traduction — « ne nous laisse pas entrer en tentation » — rend mieux le sens du grec original eisenenkès, qui exprime l'idée de « ne pas laisser tomber dans » plutôt que de « soumettre à ».

Explication du Notre Père ligne par ligne

Le Notre Père se compose de sept demandes, précédées d'une invocation. Chacune porte un enseignement précis.

« Notre » — Le tout premier mot est déjà un programme. Jésus ne dit pas « mon Père », il dit « notre ». La prière chrétienne n'est jamais un monologue solitaire. Même récité seul dans sa chambre, le Notre Père est communautaire : on prie au nom de tous.

« Père » — En araméen, Jésus utilisait le mot Abba, un terme familier, presque enfantin — plus proche de « papa » que du solennel « Père ». C'était une audace inouïe dans le judaïsme de l'époque. Jésus invite ses disciples à entrer dans une relation de confiance filiale avec Dieu, pas dans une relation de crainte.

« Qui es aux cieux » — Cette précision n'est pas géographique. Elle exprime la transcendance : Dieu est proche comme un père, mais il dépasse infiniment notre compréhension. Il est à la fois intime et insaisissable.

« Que ton nom soit sanctifié » — Dans la culture biblique, le nom désigne la personne elle-même. Sanctifier le nom de Dieu, c'est reconnaître qu'il est saint, c'est-à-dire radicalement autre. C'est la première demande, et elle ne concerne pas nos besoins — elle concerne Dieu. L'ordre est significatif.

« Que ton règne vienne » — Le Royaume de Dieu n'est pas un territoire. C'est un état du monde où la justice, la paix et l'amour l'emportent. En priant « que ton règne vienne », le chrétien exprime à la fois un espoir et un engagement : il demande à Dieu d'agir, mais il s'engage aussi à contribuer à l'avènement de ce Royaume.

« Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » — C'est la demande la plus exigeante. Elle implique d'accepter que la volonté de Dieu prime sur la nôtre, même quand on ne la comprend pas. Sainte Bernadette, à qui l'on demandait si les apparitions de Lourdes l'avaient rendue heureuse, répondait : « La Sainte Vierge ne m'a pas promis le bonheur en ce monde, mais dans l'autre. »

« Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour » — Après trois demandes tournées vers Dieu, la prière se tourne vers les besoins humains. Le pain désigne à la fois la nourriture matérielle et la nourriture spirituelle. Le mot « aujourd'hui » est capital : il ancre la prière dans le présent. On ne demande pas des réserves pour l'année, on demande le nécessaire pour la journée. C'est une école de confiance quotidienne.

« Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » — C'est la seule demande conditionnelle du Notre Père. Le pardon de Dieu est lié à notre capacité à pardonner aux autres. La formule est redoutable : elle nous engage autant qu'elle implore.

« Et ne nous laisse pas entrer en tentation » — La tentation, dans le vocabulaire biblique, n'est pas seulement la gourmandise ou la paresse. C'est l'épreuve qui peut faire perdre la foi, le moment où l'on risque de se détourner de Dieu. On ne demande pas à être épargné de toute difficulté, mais à ne pas sombrer quand l'épreuve survient.

« Mais délivre-nous du mal » — La dernière demande est un cri. Le mot grec ponèros peut se traduire par « le mal » ou « le Malin ». Les deux lectures coexistent dans la tradition chrétienne. On demande à être protégé du mal sous toutes ses formes — la souffrance, l'injustice, mais aussi la tentation du désespoir.

Origine et histoire du Notre Père

Les deux versions évangéliques du Notre Père ne sont pas identiques. Celle de Matthieu, plus longue, comporte sept demandes. Celle de Luc, plus courte, n'en comporte que cinq et omet « que ta volonté soit faite » et « délivre-nous du mal ». Les spécialistes considèrent généralement que la version de Luc est plus proche de la formulation originale, et que Matthieu l'a développée pour les besoins de sa communauté.

La Didachè, rédigée probablement entre 70 et 100 après Jésus-Christ, reprend le texte de Matthieu presque mot pour mot et recommande de le réciter trois fois par jour — à l'aube, à midi et au coucher du soleil. Dès le IIe siècle, les Pères de l'Église — Saint Augustin, Tertullien, Origène, Saint Jean Chrysostome — ont rédigé des commentaires détaillés de chaque demande.

En latin, le Notre Père est devenu le Pater Noster, pilier de la liturgie romaine pendant plus de mille ans. La traduction française a connu plusieurs versions au fil des siècles. La plus récente modification, entrée en vigueur le 3 décembre 2017, a remplacé « ne nous soumets pas à la tentation » par « ne nous laisse pas entrer en tentation ». Ce changement, validé par l'épiscopat francophone après des années de débat, a été l'un des plus médiatisés de l'histoire liturgique récente.

En français, la version précédente datait de 1966 et avait été adoptée de manière œcuménique avec les Églises protestantes. La nouvelle formulation a été reprise par la plupart des communautés francophones, bien que certaines Églises réformées conservent l'ancienne version.

Le Notre Père dans les autres traditions chrétiennes

Si le texte du Notre Père est largement commun à toutes les confessions chrétiennes, sa récitation diffère sur un point majeur : la doxologie. Dans les traditions protestantes et orthodoxes, la prière se termine par une conclusion solennelle :

Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire,
pour les siècles des siècles. Amen.

Cette doxologie ne figure pas dans les manuscrits les plus anciens de l’Évangile selon Matthieu, ce qui explique que l’Église catholique ne l’intègre pas directement au texte de la prière. Elle est toutefois bien présente dans la liturgie de la messe, prononcée par l’assemblée après une prière intermédiaire du prêtre (l’embolisme « Délivre-nous de tout mal, Seigneur… »).

Dans la tradition orthodoxe, le Notre Père est chanté lors de la Divine Liturgie, souvent selon des mélodies anciennes qui varient selon les rites (byzantin, slavon, copte), tout en restant fidèle au texte grec des origines.

Le Pater Noster en latin reste en usage dans certaines célébrations catholiques, notamment à Rome et lors des messes en forme extraordinaire. Au couvent du Pater Noster, sur le mont des Oliviers à Jérusalem — lieu traditionnel où Jésus aurait enseigné cette prière —, le texte est affiché dans plus de 1 500 langues sur des plaques de céramique qui tapissent le cloître.

Pourquoi le Notre Père est-il si important ?

Le Notre Père est bien plus qu'une prière parmi d'autres. C'est la colonne vertébrale de la vie de prière chrétienne. Saint Thomas d'Aquin le considérait comme « la plus parfaite des prières », parce qu'elle contient tout ce qu'il est légitime de demander à Dieu, dans l'ordre exact où il convient de le demander : d'abord la gloire de Dieu, ensuite les besoins de l'homme.

À chaque messe, le Notre Père est récité par toute l'assemblée juste avant la communion — un moment où la communauté se rassemble dans une même voix. C'est aussi la prière que l'on enseigne en premier aux enfants du catéchisme, celle que l'on récite au chevet des mourants, celle que l'on murmure quand on ne sait plus quoi dire.

Son caractère œcuménique en fait un pont entre les confessions. Catholiques, protestants, orthodoxes, anglicans — tous reconnaissent cette prière comme leur patrimoine commun. Dans un monde chrétien souvent divisé, le Notre Père est l'un des rares textes sur lesquels tout le monde s'accorde. C'est peut-être là son plus grand miracle : une prière de cinquante mots qui traverse les siècles, les langues, les schismes et les réformes sans jamais perdre sa force. Comme l'écrivait Sainte Thérèse de Lisieux, « la prière est un élan du cœur, un simple regard jeté vers le ciel ». Le Notre Père est ce regard, offert à tous.

Le saviez-vous ?

  • Le changement de 2017 a fait couler beaucoup d'encre. Quand les évêques francophones ont annoncé le passage de « ne nous soumets pas à la tentation » à « ne nous laisse pas entrer en tentation », la polémique a dépassé largement les cercles ecclésiaux. Des chroniqueurs, des philosophes et même des humoristes s'en sont emparés. Pourtant, le débat théologique durait depuis les années 1960. Il aura fallu plus de cinquante ans pour que la modification soit adoptée — preuve que toucher au Notre Père, c'est toucher à l'intime de millions de croyants.
  • La doxologie « car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire » est absente de la prière catholique. Les protestants l'ajoutent systématiquement, les orthodoxes également. Les catholiques ne l'omettent pas par oubli : elle est prononcée à la messe, mais après un embolisme du prêtre. Cette différence, minuscule en apparence, est l'un des marqueurs les plus immédiats pour distinguer une célébration catholique d'un culte protestant.
  • Au couvent du Pater Noster, sur le mont des Oliviers à Jérusalem, le Notre Père est affiché en plus de 1 500 langues et dialectes. Des plaques de faïence tapissent les murs du cloître, du français au quechua, du japonais au basque, du braille au langage des signes. C'est l'un des lieux les plus visités de Terre sainte — et la collection continue de s'enrichir chaque année, à mesure que de nouvelles traductions sont proposées par des communautés du monde entier.

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