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Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s'est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Son amour s'étend d'âge en âge
sur ceux qui le craignent.
Déployant la force de son bras,
il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes,
il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères,
en faveur d'Abraham et sa descendance à jamais.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit,
pour les siècles des siècles. Amen.
En pratique
Intention : Louange, action de grâce, prière mariale
Quand prier : Le soir (vêpres), le 15 août (Assomption), le mois de mai
Comment prier : Debout, en chantant si possible, seul ou en communauté
Le Magnificat — du latin magnificat, "elle exalte", premier mot du texte — est le cantique de louange que Marie prononce lors de la Visitation, quand elle rend visite à sa cousine Élisabeth enceinte de Jean-Baptiste. On le trouve dans l'Évangile de Luc (1, 46-55). C'est l'unique long discours attribué à Marie dans tout le Nouveau Testament, et l'un des rares moments où une femme parle en son nom propre dans la Bible. Dans la liturgie catholique, il est chanté ou récité chaque soir à l'heure des vêpres depuis le VIe siècle au moins. Pour apprendre qui est Marie dans les Évangiles, notre article Marie dans la Bible vous donnera toutes les clés.
Le Magnificat en latin — texte complet
La version latine est celle de la Vulgate, la traduction de la Bible réalisée par saint Jérôme à la fin du IVe siècle. C'est elle qui a été chantée dans toute l'Église d'Occident pendant quinze siècles, et qui a inspiré les plus grandes compositions musicales. Le mot magnificat qui ouvre le texte est devenu tellement associé à ce cantique qu'il en est devenu le titre universel.
Magnificat anima mea Dominum,
et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo,
quia respexit humilitatem ancillae suae.
Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes,
quia fecit mihi magna qui potens est,
et sanctum nomen eius,
et misericordia eius a progenie in progenies
timentibus eum.
Fecit potentiam in brachio suo,
dispersit superbos mente cordis sui.
Deposuit potentes de sede
et exaltavit humiles.
Esurientes implevit bonis
et divites dimisit inanes.
Suscepit Israel puerum suum,
recordatus misericordiae suae,
sicut locutus est ad patres nostros,
Abraham et semini eius in saecula.
Quelques mots-clés pour suivre le texte latin : anima = âme, ancillae = servante, potentes = les puissants, humiles = les humbles, esurientes = les affamés, divites = les riches, inanes = les mains vides.
Signification du Magnificat verset par verset
"Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur." Le cantique s'ouvre sur un double mouvement de joie — l'âme (anima) et l'esprit (spiritus). Ce n'est pas une joie tranquille : le verbe exsultavit évoque un bond, un élan du corps entier. Marie prie avec tout ce qu'elle est.
"Il s'est penché sur son humble servante." Le mot grec tapeinosis (humilité, bassesse) est central. Marie ne parle pas de sa vertu : elle parle de sa condition. Elle est une jeune femme de province, sans pouvoir, sans richesse. Et c'est précisément vers elle que Dieu a regardé. C'est le paradoxe du Magnificat : la grandeur vient d'en bas.
"Désormais tous les âges me diront bienheureuse." Marie anticipe ici sa propre vénération — non par orgueil, mais comme reconnaissance de l'œuvre de Dieu. Cette phrase a souvent surpris les lecteurs : c'est la seule fois dans les Évangiles où Marie parle d'elle-même à la troisième personne des générations futures.
"Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles." Le Magnificat bascule ici vers quelque chose d'inattendu pour une prière mariale : un discours de renversement social. Les verbes sont au passé en grec — comme si l'action était déjà accomplie. Dieu a déjà renversé les puissants. Pas dans un futur hypothétique : dans le mouvement même de l'incarnation qui commence.
"Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides." Ce verset a nourri des siècles de théologie sociale. La théologie de la libération du XXe siècle y a vu un programme politique. D'autres y lisent une promesse spirituelle. Les deux lectures ne s'excluent pas : dans la Bible, la faim est toujours à la fois physique et spirituelle.
"En faveur d'Abraham et sa descendance à jamais." Le Magnificat se termine en ancrant Marie dans la grande histoire d'Israël et la promesse faite à Abraham. Elle ne parle pas en son nom seulement : elle parle au nom de tout un peuple qui attendait cette promesse depuis des siècles.
Origine biblique et contexte du Magnificat
Le Magnificat se trouve dans l'Évangile de Luc, au chapitre 1, versets 46 à 55. La scène est la suivante : Marie vient de recevoir l'annonce de l'ange Gabriel. Elle part aussitôt visiter sa cousine Élisabeth, qui porte Jean-Baptiste dans son sein. Quand Élisabeth entend la salutation de Marie, l'enfant tressaille, et Élisabeth s'écrie : "Tu es bénie entre toutes les femmes." C'est en réponse à cette salutation que Marie entonne le Magnificat.
Les exégètes ont noté depuis longtemps les ressemblances frappantes entre le Magnificat et le cantique d'Anne dans le Premier Livre de Samuel (1 S 2, 1-10). Anne, elle aussi, était une femme humiliée — stérile, moquée — que Dieu a visitée en lui donnant un fils, Samuel. Marie s'inscrit consciemment dans cette tradition des femmes que Dieu relève. Anne, Sara, Élisabeth, Marie : la Bible aligne plusieurs femmes humiliées que Dieu visite avant qu'aucun puissant ne s'en aperçoive.
Une note pour les lecteurs curieux : dans quelques manuscrits anciens, le Magnificat est attribué non à Marie mais à Élisabeth. Cette variante reste ultra-minoritaire et n'est pas retenue par les exégètes, mais elle témoigne de l'attention que les copistes portaient à ce texte.
Le Magnificat dans la liturgie et la musique
Dans la Liturgie des Heures catholique, le Magnificat est le cantique des vêpres — la prière du soir. Il est chanté ou récité chaque jour sans exception depuis au moins le VIe siècle. Cette fidélité quotidienne en fait l'un des textes les plus récités de toute l'histoire de l'humanité. Des moines bénédictins le chantent ce soir dans leurs abbayes, exactement comme leurs prédécesseurs le faisaient au temps de Charlemagne.
Le Magnificat a aussi inspiré certaines des plus grandes compositions de la musique classique occidentale. Jean-Sébastien Bach a composé son célèbre Magnificat BWV 243 en 1723, pour l'office de Noël à Leipzig — une œuvre pour chœur, solistes et orchestre d'une beauté renversante. Antonio Vivaldi en a composé deux versions. Giovanni Pierluigi da Palestrina, Marc-Antoine Charpentier, Claudio Monteverdi — presque tous les grands compositeurs sacrés s'y sont mesurés. Hors les Psaumes, peu de textes bibliques ont autant occupé les ateliers de la musique sacrée.
Dans la tradition anglicane, le Magnificat fait partie des Evening Prayer depuis la Réforme — Thomas Cranmer l'a conservé dans le Book of Common Prayer de 1549. C'est l'un des textes que catholiques, anglicans et protestants luthériens partagent dans leur liturgie quotidienne.
Le saviez-vous ?
Le Magnificat a été censuré. En 1980, lors de la visite de Jean-Paul II au Brésil, le gouvernement militaire avait interdit l'affichage public du Magnificat. Les mots "il renverse les puissants de leurs trônes" étaient jugés subversifs dans le contexte de la dictature. Ce n'est pas la première fois : en Inde sous la colonisation britannique, certains missionnaires avaient reçu l'ordre de ne pas le traduire de peur qu'il n'excite les populations locales.
Luther en a écrit le plus beau commentaire. Martin Luther, le réformateur qui s'est pourtant séparé de Rome, a consacré en 1521 un long commentaire au Magnificat — l'un des textes les plus tendres qu'il ait jamais écrits. Il y voyait dans ce cantique le sommet de la spiritualité mariale et le modèle de toute prière chrétienne. Ce commentaire reste une référence, lu aussi bien par les catholiques que par les protestants.
"Magnificat" est entré dans d'autres langues. Le mot latin est passé tel quel dans plusieurs langues européennes pour désigner ce cantique — en français, anglais, allemand, espagnol, italien. C'est l'un des mots latins les plus universellement reconnus dans le monde chrétien. Il est aussi entré dans le vocabulaire musical général : on parle d'un "magnificat" pour désigner toute mise en musique de ce texte.
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