Saint Épipode — Le martyr de Lyon fidèle jusqu'à la mort

Portrait de saint Épipode, martyr lyonnais du IIe siècle, compagnon de saint Alexandre

Lyon, 178 après Jésus-Christ. L’empereur-philosophe Marc Aurèle a autorisé la persécution des chrétiens. Deux amis d’enfance, Épipode et Alexandre, tentent de fuir. Ils seront rattrapés, séparés, et mourront à quelques jours d’intervalle. Leur histoire est celle d’une amitié que même la mort n’a pas pu défaire.

Épipode et Alexandre, deux amis dans la tourmente

Épipode et Alexandre sont des chrétiens lyonnais, probablement issus de familles aisées de la colonie romaine de Lugdunum. Ils ont grandi ensemble, partageant leur foi dans une ville où la communauté chrétienne, encore jeune, se structure autour de figures comme l’évêque Saint Pothin et la célèbre Sainte Blandine.

En 177, la persécution éclate. Marc Aurèle, le plus lettré des empereurs romains, a paradoxalement autorisé l’une des répressions les plus brutales contre les chrétiens de Gaule. Les martyrs de Lyon — Pothin, Blandine, Maturus, Sanctus, Attale — meurent dans l’amphithéâtre des Trois Gaules. Épipode et Alexandre assistent probablement de loin à cette horreur. Ils savent qu’ils sont en danger.

Les deux amis décident de fuir. Ils quittent Lyon et se cachent dans une maison à l’extérieur de la ville. Mais la délation fait son œuvre. Un chrétien, peut-être sous la torture, révèle leur cachette. On les arrête.

Le procès et la mort

Le gouverneur sépare les deux amis, espérant sans doute que l’isolement brisera leur résolution. Épipode est interrogé le premier. On lui demande de sacrifier aux dieux romains. Il refuse. Le récit de son martyre rapporte qu’il répond avec une fermeté tranquille, sans provocation, sans grandiloquence. On le frappe à la bouche pour le faire taire, puis on le décapite.

Alexandre est exécuté quelques jours plus tard, crucifié selon certaines traditions. Il n’a pas fléchi non plus.

Ce qui frappe dans leur histoire, c’est l’inséparabilité de ces deux hommes. L’hagiographie les présente toujours ensemble, comme un couple d’amis indissociable. Le christianisme primitif accorde une place immense à l’amitié spirituelle — cette philia que les Grecs considéraient comme la plus haute forme d’amour. Épipode et Alexandre en sont l’illustration.

Lyon au IIe siècle, berceau des martyrs chrétiens

La persécution de 177-178 fait de Lyon la ville martyre par excellence du christianisme gaulois. Les récits de ces supplices, transmis dans une lettre des chrétiens de Lyon aux Églises d’Asie, constituent l’un des plus anciens documents de l’Église de France.

Épipode et Alexandre sont commentés moins souvent que Blandine ou Pothin, mais ils rappellent que les martyrs de Lyon ne furent pas tous des figures publiques. Certains étaient des gens ordinaires qui avaient simplement deux choses à perdre : leur vie et leur ami.

Fêtés le 22 avril, leur mémoire est particulièrement vivace dans la région lyonnaise, où une église leur fut dédiée dès l’Antiquité.

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Le saviez-vous ?

  • Marc Aurèle, qui autorisa la persécution des chrétiens de Lyon, est considéré comme l’un des empereurs les plus sages de Rome. Ses Pensées pour moi-même sont un classique de la philosophie stoïcienne. Ce paradoxe — un philosophe de la tolérance qui persécute — n’a jamais cessé de troubler les historiens.
  • Lors de leur fuite, Épipode aurait perdu une chaussure. Cette sandale fut retrouvée et conservée comme relique pendant des siècles dans une église de Lyon. C’est l’une des reliques les plus insolites de l’hagiographie.
  • Les martyrs de Lyon en 177 sont les premiers martyrs documentés de la Gaule. La lettre qui raconte leur supplice est si détaillée que les historiens la considèrent comme un témoignage de première main, rare pour cette époque.